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LISTE
GÉNÉRALE DES
LAURÉATS DU PRIX MÉMORIAL
COMTE DE LAS CASES |
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PRÉSENTATION
Par Eduardo Garzón-Sobrado
Président-fondateur
de l’Institut
Napoléonien Mexique-France
Fondateur et Directeur
Général
du Prix Mémorial
Comte de Las Cases
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«
Les peuples qui ne
reconnaissent pas leurs
véritables bienfaiteurs
ne sont pas dignes d'être
libres, et ne le seront
jamais ». Simon
Bolívar |
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C’est
un grand honneur pour nous que
de présenter l’écrit
suivant, essai lauréat
de notre II Prix Mémorial
Comte de Las Cases,
dans sa 2ème édition
2007.
Congratulé de manière
unanime par le jury international,
cette inestimable dissertation,
Le chemin vers
la Liberté,
revêt bien sûr un
intérêt particulier
en ce qui touche à son
contenu littéral, mais
possède aussi, sans aucun
doute, une valeur très
spéciale en étant
signalé à un moment
historique de grande importance
pour le Mexique, lorsque commencent
officiellement les préparatifs
pour la commémoration
du Bicentenaire du début
de la lutte pour l’Indépendance
de notre pays, qui sera célébrée
en 2010.
Dans ce contexte inégalable,
et face à l’avancée
malheureusement inévitable
de contre-mémoire
officialisée qui s’approche
de manière incontournable,
il nous apparaît comme
une nécessité
particulière, d’un
côté, de profiter
la conjoncture de ces célébrations
pour souligner fermement la
puissante influence qu’ont
exercés l’héritage
napoléonien, et à
travers lui l’ascendant
bénéfique de la
France généreuse,
sur les hommes et les évènements
qui à long terme ont
consommé notre Indépendance
en 1821, et qui ont donné
naissance à notre pays
en tant que nation libre et
souveraine. D’un autre
côté, et principalement,
il nous est nécessaire
de consolider et de revendiquer
la glorieuse mémoire
et l’immortel héritage
de S.M.I. Augustin I,
Empereur et libérateur
de notre Patrie, objectif que
notre texte – nous en
sommes convaincus – contribue
brillamment à atteindre.
En effet, à l’heure
ou notre pays traverse des moments
d’une forte crise identitaire,
proie des assauts continuels
de modèles culturels
et sociaux étrangers
qui remettent en question nos
valeurs et nos traditions essentielles,
il s’avère primordial
de tirer au clair et de diffuser
l’histoire de notre libérateur
et premier monarque, dont la
mémoire a été
brouillée et entachée
à travers tant de décennies
de désinformation et
d’iniquités. Dans
cette tâche essentielle
pour la récupération
et la revivification de cette
partie fondamentale de notre
patrimoine et de notre identité
nationaux, le débat historique,
l’analyse académique,
mais avant tout l’expression
libre, sont nos bases les plus
solides en faveur de la revendication
de la Patrie par le biais de
la juste rétribution
d’une dette d’honneur
que tous les Mexicains avons
vis-à-vis de la mémoire
du Père et libérateur
de notre pays.
Aussi, grâce à
cette union renouvelée,
et par dessus des idéologies
sectaires et les divisions partisanes
qui n’ont fait que déchirer
notre pays pendant deux siècles,
nous pourrons cimenter la réconciliation
de notre peuple avec son passé
le plus glorieux, un héritage
et une tradition toujours vivantes
et aujourd’hui incarnées
dans l’illustre personne
de S.A.I. le
Comte Maximilien de
Götzen-Iturbide,
Prince Impérial du Mexique.
Cela dit, cédons le pas
à notre auteur non sans
évoquer préalablement,
puisqu’ainsi l’exigent
la vérité et la
justice, les derniers mots que
le héros d’Iguala
exprima dans ses mémoires:
« Lorsque vous instruirez
vos enfants sur l’histoire
de la Patrie, inspirez-leur
de l’amour pour le chef
de l’Armée Trigarante
(...) qui employa le meilleur
temps de sa vie pour que vous
fussiez heureux ».
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S.M.I.
Don Agustín
I
Par la Divine
Providence, Empereur
Constitutionnel
du Mexique |
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| Armes
du Premier Empire du Mexique |
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“Comme celle-ci,
est l’histoire de beaucoup d’esprits
de notre temps,
nous croyons utile d’en suivre, pas à
pas, toutes les phases ”.
Víctor Hugo.
D’un
point de vue historique et social, le XIXe siècle
peut être défini comme la césure
qui marque l’avènement de l’Âge
Moderne. De grandes épopées et de
grands rêves ont retenti d’un côté
du monde et en ont atteint l’autre, que ce
soit à travers la plume, l’épée
ou le canon.
De
nouvelles idées sont nées, qui
ont forgé de nouveaux hommes. De grands
hommes en ont fait leur étendard, offrant
leur paix et jusqu’à leur vie
même afin qu’elles pussent se
transformer en œuvres palpables, sinon
parfaites, à l’usage des générations
présentes et futures, de leurs concitoyens
mais aussi des peuples étrangers.
La liberté,
source d’où jaillissent les plus
nobles principes, s’érige en
souveraine, et devient bientôt l’étendard
brandi par des êtres prodigues qui,
malgré les limites de leur espace,
parviennent à déceler, dans
la nuit des temps, une lueur grande et nouvelle.
Ceci n’est
ni fortuit ni contre nature. Chaque époque
se traduit en une série d’événements
finement enchaînés les uns aux
autres, où chaque maillon précède
l’autre: chaque pas détermine
le pas suivant, et même, par une étrange
subversion (qui, en réalité,
n’en est pas une), chaque pas en avant
qui est fait au nom du progrès des
nations comme du destin des peuples permet
en même temps de justifier les pas qui
le précèdent, donnant à
l’échelon suivant une plus grande
importance. C’est ainsi que l’Histoire
se forge.
Les hommes
sont les enfants de leur temps, voilà
une vérité irréfutable.
Mais, souvent, ceux qui croient en cet axiome
ont tendance à oublier une autre vérité,
aussi grande que la première et qui
en est inséparable: il y a des hommes
qui engendrent de nouveaux temps. C’est
à l’un de ces hommes qu’est
consacré cet essai.
Vainqueur,
restaurateur, réformateur et créateur,
génie singulier du verbe comme de l’action,
ces quelques pages sont consacrées
à un grand homme et à l’influence,
aussi vivante que palpable, qu’il a
eue dans l’esprit de l’Europe
et de l’Amérique.
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| S.M.I.
l’Empereur Augustin 1er du
Mexique |
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Dans le Vieux Continent,
il a remis sur pied la Nation Française sur
les ruines de l’Ancien Régime, et lui
a imprimé une splendeur qui, à son
époque et encore aujourd’hui, nous
semble incroyable. Mais il a été encore
plus prodigue, car il a consacré sa vie non
seulement à la grandeur de sa patrie, mais
à celle des nations auxquelles elle était
liée, y laissant cette grandeur et cet esprit
noble qui caractérise l’Europe que
nous connaissons aujourd’hui. Créateur
d’institutions inspirées du Siècle
des Lumières, aussi importantes qu’elles
l’ont été par le passé,
il a remporté des victoires bien au-delà
de l’honneur et du champ de bataille: dans
le monde des Arts, de la science et dans la pensée
de plusieurs générations.
En Amérique,
dans notre Amérique, sa voix a trouvé
un écho fertile dans les épopées
libératrices des peuples qui, privés
pendant trois cents ans de liberté d’expression,
avaient forgé une identité qui, de
par sa nature même, impliquait l’autonomie
et l’égalité pour tous ceux
qui naissaient sur son sol. Son image et sa gloire
ont également trouvé un digne reflet
dans le cœur de ces grands hommes (Iturbide,
Bolivar, San Martin) qui, par amour et pour la gloire
de leur patrie, ont lancé un défi
au monde entier et ont entrepris, avec héroïsme,
la lutte pour l’Indépendance, venant
à bout d’obstacles presque infranchissables.
Il fait, en effet,
partie de ces quelques géants à qui
nous devons le monde moderne tel que nous le connaissons.
L’évocation de son seul nom nous décrit
aussi bien son œuvre que sa personne: Napoléon
Ier.
Je voudrais dédier
ce texte au génie tutélaire de la
Nation Française ainsi qu’au Libérateur
de la Nation Mexicaine: Don Augustin I de Iturbide.
Je dédie
également ces pages à la mémoire
du Dr. Enrique (« Henri ») Sada Quiroga,
Mexicain décoré, en 1947, de la Médaille
de Bronze de la Reconnaissance Française,
qui, s’inspirant sans doute du grand homme
d’Austerlitz et poussé par l’amour
de la liberté, s’est joint à
l’effort de beaucoup d’hommes de son
temps pour briser le joug de l’usurpation
et de la tyrannie qui déchirait le cœur
et la grandeur du peuple français pendant
l’occupation allemande. C’est à
lui que s’adressent, également, ces
mots.
Torréon,
Coahuila-México, D.F.,
Le 18 mai 2007,
203ème anniversaire
de la proclamation impériale au trône
de France;
185ème anniversaire de la proclamation impériale
au trône du Mexique.

| L’ÈRE
NAPOLÉONIENNE: L’EUROPE
AU TOURNANT DU XIXe SIÈCLE |
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“Je veux
que vos descendants conservent mon souvenir
et disent: il est le régénérateur
de notre Patrie”
Napoléon.
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Napoléon
traversant les Alpes
Tableau de Jacques-Louis David.
Première version de Versailles
(détail). |
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Le
dernier tiers du XVIIIe siècle et le premier
du XIXe siècle ont vu la fin de l’Ancien
Régime et la transition vers l’âge
moderne. Les révolutions politiques qui ont
eu lieu durant cette période ont mis fin
à l’absolutisme et l’ont remplacé
par de nouvelles formes de gouvernement fondées
sur l’égalité devant la
loi, la démocratie et la liberté individuelle.
La France est l’exemple le plus clair de la
suppression des modèles ancestraux: elle
assiste à l’effondrement de ses institutions
sociales féodales caduques et voit la chute
violente de sa monarchie. Les raisons étaient
naturelles et évidentes.
Sur le plan légal,
la société française était
constituée comme une monarchie absolue, incarnée
par un roi « de droit divin » et un
État fortement centralisé qui s’appuyait
sur la division en états fondés sur
les privilèges et l’inégalité
sociale. Les seuls bénéficiaires de
cet ordre étaient la noblesse et le clergé,
tous deux détenteurs d’exemptions.
Face à ces deux groupes, il y en avait un
troisième qui était constitué
de bourgeois, artisans, paysans et autres groupements
marginaux qui regroupaient la grande majorité
de la population. C’est sur cet ensemble hétérogène
que pesaient les impôts et les autres charges
qui permettaient de financer l’État.
Mais, autour de
1789, cette forme d’organisation était
devenue obsolète, et l’appareil administratif
et judiciaire ne marchait plus correctement. Pour
beaucoup, une profonde réforme était
nécessaire, réforme à laquelle
les états privilégiés étaient
peu enclins. L’Illustration a souligné
ces contradictions, les a critiquées et dénoncées,
contribuant par là à miner les bases
sociales et politiques de l’Ancien Régime.
Les théories de Montesquieu et de Rousseau,
fondées sur la séparation des
pouvoirs, la souveraineté nationale et l’égalité
de tous les citoyens devant la loi, y ont contribué
particulièrement.
C’est ainsi
que le 14 juillet 1789 commence en France un soulèvement
qui servira d’exemple dans le monde ancien
: la prise de la Bastille marquera le début
de la Révolution française. Peu de
temps après, les bannières bourboniennes
seront remplacées par le drapeau tricolore
qui, empruntant les couleurs de la ville de Paris
(bleu et rouge), et en ajoutant le blanc royal,
incarnera désormais les garanties que le
peuple libre accueillera comme des droits fondamentaux
face au « despotisme »: Liberté,
Égalité et Fraternité.
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| Avant
et après: Napoléon
sur le pont d’Arcole
par le Baron Gros, et en Empereur
des français, représenté
ici sur le Trône impérial
de France, par Jean-Baptiste Ingres. |
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La Révolution
Française a été la première
révolution politique bourgeoise du continent
européen. Elle a permis l’établissement
du libéralisme, et elle a représenté
un coup décisif pour l’absolutisme
monarchique, qu’elle a remplacé par
des principes tels que la souveraineté nationale,
le partage des pouvoirs et la reconnaissance des
libertés individuelles. C’est l’abus
du pouvoir royal ainsi que la tyrannie d’une
noblesse décadente qui avaient provoqué
l’insurrection. Celle-ci entraînerait
à son tour, néanmoins, d’autres
réactions d’une nature aussi contradictoire
que désastreuse. La France est passée
de l’excès du pouvoir à l’excès
de la liberté, qui a bientôt dégénéré
en anarchie et mort avec l’instauration de
la période de la Terreur. Il n’y avait
pas d’issue. Ni le présent ni le passé
n’assuraient l’avenir: la révolution
semblait destinée à tyranniser et
à dévorer aussi bien le bas peuple
que ses propres enfants.
Malgré leurs
erreurs et leurs échecs, les gouvernements
très différents qui se sont succédé
au pouvoir entre 1789 et 1800 ont contribué
à quelque chose de positif: l’intégrité
et l’indépendance de la Nation Française
ont été préservées malgré
les assauts et les menaces des puissances européennes
voisines, qui voyaient en elle une menace en puissance;
le système féodal décadent
représenté par l’Ancien régime
a été annulé et les meilleurs
principes des Lumières ont pu être
diffusés dans de nombreux endroits. Cependant,
les institutions qui permettraient de sauvegarder
les principes et les intérêts du peuple
restaient à faire.
L’esprit de
Liberté tout juste jailli de la Révolution
faisait peur aussi bien aux peuples qu’aux
souverains. Mais la peur a pris fin lorsque cet
esprit, qui suivait les bataillons français,
a été brandi par un homme doué
de génie militaire, d’un grand talent
politique naturel et d’un courage sans égal:
Napoléon Bonaparte. C’est à
Arcole que commence l’épopée
d’une nouvelle ère. Elle continue d’un
pas rapide jusqu’aux campagnes d’Égypte
et retourne en France, qui attendait avec impatience
le retour de l’homme qui semblait le dépositaire
de la gloire et du triomphe.
Une fois au pouvoir
grâce au soutien du peuple, Napoléon
a procédé rapidement à l’abolition
de toutes les lois et les divisions sociales arbitraires.
Il a refermé les plaies, récompensé
le mérite ainsi que le courage individuel
et s’est tenu aux meilleurs idéaux
de la République, conduisant les français
à s’unir pour la grandeur et la prospérité
de leur Patrie. Au moment de paraître sur
scène, « il a compris qu’il devait
représenter aussi bien aux yeux de ses compatriotes
qu’à ceux du monde entier le rôle
d’exécuteur testamentaire des meilleurs
principes de la Révolution et de l’Illustration
» (1).
L’héritage
napoléonien s’est matérialisé
à différents niveaux: au niveau politico-social
et militaire, il a permis la diffusion des formes
révolutionnaires, des libertés civiles
(consacrées par le Code Civil de 1804) et
l’anéantissement définitif des
structures féodales. Cette œuvre s’est
concrétisée dans l’apparition
d’une série de constitutions libérales
modérées telles que la Constitution
de Bayonne, la montée de la bourgeoisie en
tant que nouvelle classe dominante face à
la noblesse et au clergé, l’introduction
du Droit moderne et des innovations dans les armées
et la tactique militaire. Ses réalisations
les plus remarquables se sont concrétisées
dans la création d’une administration
locale à la structure centralisée,
une organisation judiciaire où les juges
sont devenus des fonctionnaires et la restructuration
de l’appareil bureaucratique. Le corollaire
de cette politique apparaît dans son Code
Civil qui garantissait la liberté individuelle,
l’égalité devant la loi, la
propriété privée et la liberté
économique.
Le résultat
a été la création d’un
large empire en Europe conduit par la France, organisé
et gouverné en personne, ou à travers
des membres de sa famille ou des militaires qui
avaient sa confiance, avec la collaboration des
classes éclairées des pays conquis,
où des constitutions et des codes semblables
à ceux de la France ont été
promulgués.
Le nationalisme
aussi s’est vu renforcé. Face aux liens
personnels sur lesquels se fondait la loyauté
envers le seigneur féodal ou la soumission
au monarque absolu, il a ouvert la voie à
un nouveau genre de rapport: celui du citoyen libre
dans le cadre de l’État-nation, lequel
constituait une unité autour d’éléments
communs tels que la langue, la culture et l’histoire,
et où les limites territoriales étaient
le siège d’un État formé
par une collectivité nettement différente
des autres.
La Révolution
Française a renforcé cette tendance
comme un moyen d’exalter la nation face à
l’absolutisme. Napoléon a encouragé
les nationalismes: en Italie, il a critiqué
la présence des autrichiens et a soutenu
la création d’un royaume autonome de
Naples sous l’égide de Murat. Les promoteurs
de l’unification allemande ont invoqué
ce type de nationalisme qui, plus tard, serait également
brandi et adopté par les nations hispano-américaines,
et tout particulièrement par l’Empire
Mexicain au moment de proclamer son Indépendance
face à la vieille Espagne.
Il ne fait aucun
doute que l’Empereur a contribué plus
qu’aucun autre homme de son temps à
hâter le pas de la Liberté et de l’Égalité,
en préservant l’influence morale de
la Révolution et en atténuant les
craintes qu’elle pouvait susciter. Sans le
Consulat et sans l’Empire, celle-ci n’aurait
été qu’une secousse historique
et conséquente qui aurait laissé une
empreinte mais peu d’œuvres concrètes.
C’est grâce à la montée
de Napoléon, et au fait qu’il ait établi
solidement son pouvoir, que la révolution
a pu survivre et se propager en Europe et en Amérique.
Voilà la
raison pour laquelle (en plus du rétablissement
du culte religieux) la transition de la République
à l’Empire, loin de produire de l’incertitude
et de la méfiance, a établi la paix
et la sécurité, puisqu’elle
correspondait aux besoins et aux souhaits des masses.
C’est ainsi qu’on constate qu’ont
été introduits, comme jamais auparavant,
d’aussi grands changements avec si peu d’efforts.
Dans
le cas de Napoléon, il a fallu, pour
palier cette absence de stabilité et
de continuité nationale, constamment
menacée par les intérêts
de factions ou par le retour au passé,
instaurer un nouvel ordre héréditaire
dont le pouvoir devait se fonder sur l’esprit
démocratique. Il n’est donc pas
étonnant qu’un homme tel que
lui ait acquis aussi facilement un immense
ascendant, et cela pour deux raisons: parce
qu’il était nécessaire
dans l’ordre historique conséquent
et parce que personne ne pouvait représenter
mieux que lui les principes les plus positifs
du pouvoir ainsi que les meilleures idées
de son temps (2).
Les lois qui
ont régi l’Empire ainsi que les
nations qui étaient sous sa protection
se fondaient sur les principes suivants: l’égalité
civile, en accord avec les principes démocratiques;
et une hiérarchie en accord avec les
principes de l’ordre et de la stabilité.
Le pouvoir de la famille constituait alors
la seule dignité héréditaire,
aucun autre poste ou métier ne l’a
été au cours de cette période.
C’est la supériorité du
mérite, du courage et de la vertu personnelle
qui prévalait, comme en témoigne
la création de l’Ordre
de la Légion d'Honneur ; tous
les métiers, sans exception d’aucune
sorte, étaient donc à la portée
de tous les citoyens.
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| L’instauration
et la reconnaissance d’une
nouvelle noblesse
fondée sur le courage,
le mérite
et la vertu personnels
furent l’œuvre de l’inspiration
napoléonienne, adoptée
par l’empereur Augustin I
et l’Empire mexicain: L’Ordre
de la Légion d’Honneur
et l’Ordre Impérial
de Notre Dame de Guadeloupe;
sa divise: Religion, Indépendance,
Union. |
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Si on analyse l’esprit
des lois qui ont été créées
par la main d’un seul homme, à une
époque où les différends étaient
réglés davantage en fonction de l’esprit
de faction que de celui de justice, à un
moment où le reste du monde constituait une
menace pour les principes de Liberté et d’Égalité,
on constate que Napoléon avait pour projet
l’établissement d’un système
pluraliste, précurseur de nos démocraties
contemporaines, fondé sur des institutions
effectives et permanentes, qui constituait la meilleure
garantie pour les générations futures.
Le système
napoléonien hors de France a consisté
à convoquer le pouvoir ecclésiastique,
les magistratures, les administrations provinciales,
municipales, industrielles, académiques,
commerciales et même militaires, afin que
toutes les classes qui constituaient la société
se sentent représentées (3).
La politique napoléonienne
assurait ainsi la primauté du bien commun
sur les intérêts individuels et les
ambitions des factions, plaçant ces derniers
sous un même esprit, qui allait très
bientôt trouver écho dans la mentalité
des peuples hispano-américains en lutte pour
leur Liberté.
| LE
CRÉPUSCULE DE L’EMPIRE
ESPAGNOL |
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“La gloire
de l’Europe s’est éteinte à
tout jamais”
Edmund Burke.
À l’apogée de la France sous
l’Empire Napoléonien s’oppose,
en Europe, le crépuscule de l’Empire
Espagnol, drame historique qui deviendra la principale
cause de l’indépendance du Mexique
et du reste de l’Amérique. Certains
font remonter ce déclin au règne de
Philippe IV, qui commence à souffrir des
défaites militaires, ainsi qu’une perte
d’influence sur son propre territoire, après
la séparation du royaume du Portugal. Néanmoins,
les historiens –y compris les plus récalcitrants–
sont d’accord pour affirmer que le déclin
de l’Empire qui, autrefois, ne voyait jamais
le coucher du soleil, commence avec l’avènement
d’une nouvelle dynastie: les Bourbons.
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| Dans
notre première image, le
dernier des Autriche,
Charles II “l’ensorcelé”
(1665-1700),
face au despotisme sans lustre
(portraits suivants): les Bourbons
Charles
II (1665-1700), Charles
III (1716–1788),
Charles IV (1748-1819),
et Ferdinand VII
(1784-1833). |
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La mort de Charles
II, « l’ensorcelé », met
fin au chapitre glorieux de la maison des Habsbourg
espagnols. En raison de changements de dernière
minute, la succession au trône du royaume
d’Espagne retombe sur le duc d’Anjou,
qui sera connu plus tard comme Philippe V de Bourbon,
petit-fils de Louis XIV et premier de cette dynastie
à gouverner les deux mondes. Durant la première
moitié du XVIIe siècle, l’Empire
Espagnol, mis à part ses victoires sur le
royaume de Naples, restera dans une espèce
d’immobilité face à ses colonies
américaines, où les sciences, la production
et les arts commencent à se développer
et à rayonner devant le reste du monde, mettant
en évidence la naissance de ce qui constituera
plus tard une identité propre face à
celle de l’espagnol de la métropole,
identité que même le créole
ou espagnol né en Amérique, revendiquera.
Même si les privilèges dont jouissaient
les espagnols face aux créoles avaient déjà
donné lieu à des différends,
la situation s’aggrave après la mort
de Ferdinand VI, premier-né de Philippe V,
qui n’a pas de successeur, et l’accès
au trône de son demi-frère, Charles
VII, roi de Naples, qui sera désormais roi
d’Espagne et des Indes sous le nom de Charles
III.
Viendront
ensuite les réformes appelées
à tort « bourboniennes »,
d’origine maçonnique, maladroitement
promues par Charles III et ses ministres non
espagnols. Ces réformes limitaient,
d’un point de vue économique
et social, les colonies américaines,
leur imposant des restrictions productives
et des surcharges, face aux natifs de l’Espagne
métropolitaine. Elles ont été
mal accueillies et ont provoqué, quand
bien même elles n’ont pas toutes
été appliquées, la méfiance
et la suspicion des sujets américains,
qui y voyaient une certaine injustice. Mais
ceci n’était que le prélude
de ce qui devait arriver.
L’attitude
du roi et de ses ministres envers la Nouvelle
Espagne et les autres colonies, loin de se
corriger, empira après la désignation
de José de Gálvez comme Ministre
des Indes. Galvez n’a fait preuve, en
tant que visiteur et comme ministre, qu’une
profonde ignorance quant à l’importance
du Nouveau monde, et de la Nouvelle Espagne
en particulier, en tant que principal soutien
de l’Empire espagnol des deux côtés
de l’Atlantique. Il a également
montré un grand mépris envers
ses habitants. Il n’est pas étonnant
qu’il ait mis en place une politique
consistant à empêcher que les
créoles et les métis n’occupent
des postes importants dans l’administration.
L’une
des plus grandes offenses faites par Galvez
et les Bourbons fut l’expulsion des
jésuites et la suppression de la Compagnie
de Jésus dans le reste de l’Empire.
Cette mesure provoqua de graves dommages,
ainsi que le mécontentement de la population,
qui s’est vue privée non seulement
de soutien moral et spirituel, mais aussi
de quatre-vingt-dix pour cent des éducateurs
de la Nouvelle Espagne. Les missions furent
abandonnées et, avec elles, les progrès
civilisateurs qui avaient déjà
été accomplis auprès
des indiens barbares dans les lointaines provinces
Internes et d’Orient.
Le ban du
vice-roi Marques de Croix au moyen duquel
était exécutée la pragmatique
royale de Charles III n’a pas seulement
affligé les habitants de la Nouvelle
Espagne, il les a également offensés:
«Désormais, les sujets du grand
monarque qui occupe le trône d’Espagne
doivent savoir qu’ils sont nés
pour se taire et obéir, et non
pas pour discuter ni donner leur avis sur
les affaires du gouvernement» (4).
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José
de Gálvez y Gallardo
(1720-1787)
Marquis de Sonora, ministre
et sbire de Charles III, ennemi
naturel de l’Amérique
espagnole. |
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Vers la fin du XVIIIe
siècle, la situation générale
dans les colonies était inquiétante.
Divers facteurs convergeaient dans une situation
qui aller préparer le terrain à la
guerre d’indépendance. Trois observateurs
différents, particulièrement lucides,
nous ont laissé leur point de vue sur cette
période critique. En 1783, le Comte d’Aranda,
ambassadeur d’Espagne en France, écrivit
au roi un rapport secret sur la situation des colonies
après l’indépendance des Etats
Unis. Il avait l’impression que l’appareil
politique était affaibli et qu’une
réforme politique radicale était urgente
afin d’éviter que l’Espagne ne
perde de manière définitive sa souveraineté
sur ces territoires. Il anticipait également
que les États-Unis allaient devenir une menace
pour le monde hispanique, et plus spécifiquement
pour le Mexique.
En 1799, Monseigneur
Abad y Queipo, évêque de Valladolid,
envoya au roi un rapport sur la situation de la
Nouvelle Espagne. Il soulignait les énormes
inégalités économiques et sociales
et affirmait qu’il fallait une réforme
sociale au profit des plus pauvres si on ne voulait
pas que la haine entre les castes continue à
germer. Enfin, en 1806, le baron Alexandre Von Humboldt
acheva de rassembler les informations en vue de
la rédaction de son œuvre monumentale,
Essai Politique sur le Royaume de la Nouvelle
Espagne. Bien qu’elle fût publiée
quinze ans plus tard, le diagnostic était
exact: le Mexique était le pays des grandes
inégalités économiques et des
grandes opportunités, mais il fallait une
réforme économique afin que la majorité
du peuple puisse profiter de la prospérité.
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| Nobles
visionnaires favorables à
l’Amérique espagnole:
le Baron Alexander von
Humboldt (1769-1859)
et le Comte d’Aranda
(1719-1798). |
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Le premier rapport
a été perçu comme alarmiste
et n’a pas été écouté.
Le second l’a été mais n’a,
en fin de comptes, abouti à rien de concret.
Quand au livre de Humboldt, il a paru lorsque le
Mexique était déjà, virtuellement,
indépendant, et n’a servi qu’à
attirer l’attention des puissances sur les
richesses du pays. En somme, la croissance économique
au XVIIIe siècle, l’inégale
distribution de la richesse et le manque de flexibilité
politique du régime ont conduit les créoles
à disputer aux espagnols de la métropole
la jouissance des richesses du vaste territoire
de la Nouvelle Espagne, comme le montre David Brading
(5). C’est en réaction
à l’absolutisme bourbon que ce qu’on
a appelé le nationalisme créole,
précurseur direct du nationalisme mexicain,
a surgi, avec une force irrépressible, dans
toute la Nouvelle Espagne. Ce nationalisme avait
pour caractéristique un grand attachement
au territoire de la Nouvelle Espagne et à
ses habitants, mêlé à un esprit
de libéralisme intellectuel et économique
à caractère autonomiste.
Vers 1788, l’écroulement
semble imminent. Charles IV accède au trône,
où il se montre faible et encore moins intelligent
que son père, à tel point qu’il
permet à un parvenu, Manuel Godoy, son garde
du corps et l’amant de sa femme, de tenir
les rênes du pouvoir. Au cours de son règne,
la position de l’Espagne face à l’Angleterre,
d’un côté, et à la France,
de l’autre, se fit moins avantageuse. Le résultat
de ses politiques était inévitable
: il entama une guerre contre l’Angleterre
et une autre contre la France, toutes deux ruineuses
pour le royaume. Charles IV dût céder
à l’Angleterre l’île de
la Trinité et subit une défaite à
Trafalgar, le 21 octobre 1805, bataille au cours
de laquelle l’amiral Nelson a démoli
la flotte espagnole et française.
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| La
décadence bourbonienne:
Manuel Godoy Álvarez
de Faría (1767-1851),
“Prince de
la Paix”, Ministre
principal du roi Charles III et
amant de la femme
de ce dernier, la reine
Marie-Louise de Parme
(1751-1819). |
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Pendant ce temps,
la guerre entre la France et le Portugal a donné
à Napoléon l’occasion, à
laquelle il ne s’attendait pas, d’établir
les meilleurs idéaux de la Révolution
Française aussi bien dans la métropole
espagnole que dans ses colonies, de l’autre
côté de l’Atlantique. L’influence
de Napoléon, qui bâtissait un puissant
empire sur les décombres de la Révolution
Française, ainsi que d’autres circonstances,
ont jeté le discrédit sur Charles
IV ainsi que sur la dynastie des Bourbon. Les nouvelles
des brouilles conjugales de ce dernier, ainsi que
de la corruption de Godoy et de son régime,
sont arrivées au Mexique.
Il faut noter que,
vers 1810, la Nouvelle Espagne avait une population
d’environ six millions d’habitants:
un million de créoles, quarante mille espagnols,
trois millions et demi d’indiens purs, un
million et demi de métis et un peu moins
d’un demi-million de noirs. Le malaise de
la population autochtone était alors évident.
Il y avait à cela plusieurs causes : les
anciens rois et empereurs de la Maison d’Autriche
en Espagne, qui avaient conquis et apporté
la civilisation au Nouveau Monde, avaient toujours
considéré l’Amérique,
et le Mexique en particulier, comme un royaume ou
une province de la métropole espagnole. Les
Bourbons, au contraire, à partir de 1699,
avec Philippe V, l’ont tenue pour une colonie
et l’ont traitée comme telle.
| INTERLUDE:
LA VOIX DE L’AUMÔNIER DU
DIEU MARS
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“Waterloo
a eu pour seul effet que le travail
révolutionnaire continue d’un autre
côté ”
Víctor Hugo.
Pour parler la
Liberté comme l’idéal caressé
par les hommes de l’Amérique espagnole
du XIXe siècle, ou pour parler de l’Indépendance
comme l’émanation naturelle de l’esprit
napoléonien, il faut évoquer un précédent
et mentionner un personnage clé. S’il
est un homme qui puisse être considéré
comme l’idéologue attitré de
Napoléon en ce qui concerne l’idée
de l’indépendance du Mexique et de
l’Amérique espagnole et de sa nécessité,
cet homme est Dominique de Pradt.
Son intérêt
pour le sort des colonies ainsi que pour leur avenir
potentiel a été aussi sincère
que constant tout au long de sa vie. Il n’a
même pas attendu que l’Europe s’intéresse
au thème. Dès 1798, Pradt affirmait
dans ses œuvres que les colonies étaient
les enfants des métropoles et c’est
pourquoi, en grandissant, elles s’émancipaient,
ce qui devait leur être accordé si
elles avaient atteint la majorité.
Après la
parution, en 1802, de son livre Les trois âges
des colonies ou de leur état passé,
présent et à venir, ce prêtre
d’origine noble a réussi à influencer
Napoléon et la mentalité de son temps.
Ses analyses profondes sur le sort des Amériques
en tant que nations indépendantes, ainsi
que sur l’avenir prometteur qu’elles
offriraient à la France et au monde, ont
traversé les frontières et les océans.
L’Empereur éprouva une profonde sympathie
pour la vivacité de l’abbé,
à tel point qu’il décida d’en
faire son aumônier, l’appelant «
mon petit aumônier »; à quoi
l’abbé répondait en se désignant
lui même comme « l’aumônier
du dieu Mars » (6).
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| L’aumônier
du dieu Mars: l’abbé
Dominique de Pradt
(1759-1837),
précédant à
Francisco Primo Verdad y Ramos
(1760-1808), et au vice-roi
José de Iturrigaray y Aróstegui
(1742-1815),
précurseurs de l’Indépendance
mexicaine. |
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L’un des faits
les plus remarquables dans la vie de l’abbé
a été sa participation aux négociations
de Bayonne. Pradt raconte lui-même dans ses
Mémoires historiques sur la révolution
d’Espagne (1816) comment, étant
à Poitiers, il reçut avec surprise
l’ordre de l’Empereur de le suivre à
Bayonne. Il affirme que sa mission consista à
convaincre le Prince des Asturies d’abdiquer
en faveur de son père, et qu’il alla
même jusqu’à suggérer
à Napoléon de nommer Ferdinand VII
comme empereur de la Nouvelle Espagne afin de stimuler
l’indépendance des colonies.
Ceci illustre clairement
l’influence réciproque de l’abbé
sur Napoléon et de l’esprit napoléonien
sur l’œuvre du premier. On perçoit
également l’influence de Montesquieu
sur les deux hommes. L’auteur de L’esprit
des lois a affirmé que l’indépendance
des colonies était inscrite dans le cours
inévitable des événements.
Les Indes et l’Espagne « sont deux puissances
gouvernées par un seul souverain, mais les
Indes sont l’essentiel tandis que l’Espagne
est l’accessoire. C’est en vain que
la politique prétendra subordonner le principal
au secondaire: ce n’est pas l’Espagne
qui attire les Indes, ce sont les Indes qui attirent
l’Espagne » (7).
La lecture des œuvres
de l’abbé par les caudillos
américains les plus éclairés,
tels qu’Iturbide, Bolivar, San Martin et Pueyrredon,
nous montre l’importance accordée par
les patriotes au fait d’avoir un allié
et un défenseur de leur cause en Europe même.
Grâce à l’esprit napoléonien
et à la présence idéologique
de Pradt, nos libérateurs se sentent compris
et légitimés face au monde.
Une idée
prépondérante qui parcourt ses œuvres
est la foi dans les constitutions et l’importance
des institutions pour que l’homme agisse et
se développe au mieux. Pour Pradt, il est
évident que l’Espagne ne dispose d’aucun
moyen pour retenir ses colonies américaines,
car elle s’est transformée en une mère
qui « extermine en même temps dans cette
lutte... ses enfants d’Amérique pour
ceux d’Europe... en un seul acte de suicide
et de parricide » (8).
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| Avides
lecteurs de Pradt, admirateurs
de Napoleón I et amis libérateurs:
Simon Bolivar et
Agustin d’Iturbide en
1821. |
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Une fois l’indépendance
des nouveaux pays acquise, ce qui inquiétait
Pradt, de même que Napoléon, c’était
l’incapacité des américains
pour se gouverner, ce qui pouvait dériver
en anarchie, ou en un nouvel esclavage aussi ignominieux
que celui de la colonie, s’ils ne faisaient
pas appel à l’expérience et
aux institutions européennes: « Les
uns voudront une monarchie, les autres une république,
d’autres encore des chefs absolus: quelle
multiplicité de choses, que de confusion,
que de sang et de disgrâces avant qu’un
arrangement bien cimenté ne parvienne à
régler toutes ces difficultés... à
excès d’oppression est suivi, bien
souvent, peut-être toujours, de celui de liberté
et le despotisme d’un seul du despotisme de
plusieurs, qui est le pire de tous les despotismes
» (9).
Il est indéniable
que l’influence que l’abbé français,
en tant que conseiller de Napoléon, a eu
en Amérique en a fait un visionnaire, un
précurseur et le « prophète
» de l’émancipation pour beaucoup
d’américains illustres. On voit que
Bolivar a établi une correspondance cordiale
avec lui ; le Chili, le Rio de la Plata, la Grande
Colombie et d’autres pays l’ont tenu
pour un défenseur de leur cause en Europe
et pour un homme possédant le « feu
sacré » tant loué par l’Empereur.
On peut néanmoins
affirmer que c’est au Mexique, dans l’ancien
Vice-royaume de la Nouvelle Espagne, où les
desseins propres à l’esprit napoléonien
et, par conséquent, à la pensée
pradtienne, ont été menés à
bien. Comme disait Fray Servando teresa Mier : «
En août 1821 le vice-roi O’Donoju et
Augustin de Iturbide ont signé les Traités
de Cordoue. Ce nouveau document, comme le dit le
préambule, a voulu délier sans les
rompre les liens qui s’étaient établis
entre l’Espagne et l’Amérique.
Il reconnaissait l’indépendance absolue.
Le gouvernement serait monarchique, constitutionnel
modéré, et on ferait appel à
Ferdinand pour occuper le trône. Pradt remportait
là un triomphe” (10)