Armas del Emperador Napoleón I.
Honneur et Patrie
Texto en castellano.
LE CHEMIN VERS LA LIBERTÉ
Texte en Français.
English version.
L’influence de Napoléon 1er dans l’indépendance du Mexique
Par lE.S. ENRIQUE F. SADA SANDOVAL
Chevalier de l’Ordre Royal de Saint Michel de l’Aile

Essai lauréat du II Prix Mémorial Comte de Las Cases
Ville de Mexico, du 2 au 31 décembre 2007.
Instituto Napoleónico México-Francia.
INMF
Traduction de l’Institut Napoléonien Mexique-France ©
E.S. Enrique F. Sada Sandoval
 
Edition Année
TITRE DE L’ESSAI
NOM DE L’AUTEUR ORIGINE PHOTO POINTS % Evaluación más recurrente.
II 2007 Le chemin vers la Liberté: l'influence de Napoléon dans l'indépendance du Mexique E.S. Enrique Sada Sandoval  Torreón, Coahuila; Mexique- Premio Memorial Conde de las Cases, México. E.S. Lic. Enrique F. Sada Sandoval. 107 (/128) 83,5 Trabajo destacado, vale 3 puntos.
Eduardo Garzón-Sobrado.

PRÉSENTATION
Par Eduardo Garzón-Sobrado
Président-fondateur de l’Institut Napoléonien Mexique-France
Fondateur et Directeur Général du Prix Mémorial Comte de Las Cases

Ordre Impérial de Notre Dame de Guadeloupe.
« Les peuples qui ne reconnaissent pas leurs véritables bienfaiteurs ne sont pas dignes d'être libres, et ne le seront jamais ». Simon Bolívar

C’est un grand honneur pour nous que de présenter l’écrit suivant, essai lauréat de notre II Prix Mémorial Comte de Las Cases, dans sa 2ème édition 2007.
Congratulé de manière unanime par le jury international, cette inestimable dissertation, Le chemin vers la Liberté, revêt bien sûr un intérêt particulier en ce qui touche à son contenu littéral, mais possède aussi, sans aucun doute, une valeur très spéciale en étant signalé à un moment historique de grande importance pour le Mexique, lorsque commencent officiellement les préparatifs pour la commémoration du Bicentenaire du début de la lutte pour l’Indépendance de notre pays, qui sera célébrée en 2010.
Dans ce contexte inégalable, et face à l’avancée malheureusement inévitable de contre-mémoire officialisée qui s’approche de manière incontournable, il nous apparaît comme une nécessité particulière, d’un côté, de profiter la conjoncture de ces célébrations pour souligner fermement la puissante influence qu’ont exercés l’héritage napoléonien, et à travers lui l’ascendant bénéfique de la France généreuse, sur les hommes et les évènements qui à long terme ont consommé notre Indépendance en 1821, et qui ont donné naissance à notre pays en tant que nation libre et souveraine. D’un autre côté, et principalement, il nous est nécessaire de consolider et de revendiquer la glorieuse mémoire et l’immortel héritage de S.M.I. Augustin I, Empereur et libérateur de notre Patrie, objectif que notre texte – nous en sommes convaincus – contribue brillamment à atteindre.
En effet, à l’heure ou notre pays traverse des moments d’une forte crise identitaire, proie des assauts continuels de modèles culturels et sociaux étrangers qui remettent en question nos valeurs et nos traditions essentielles, il s’avère primordial de tirer au clair et de diffuser l’histoire de notre libérateur et premier monarque, dont la mémoire a été brouillée et entachée à travers tant de décennies de désinformation et d’iniquités. Dans cette tâche essentielle pour la récupération et la revivification de cette partie fondamentale de notre patrimoine et de notre identité nationaux, le débat historique, l’analyse académique, mais avant tout l’expression libre, sont nos bases les plus solides en faveur de la revendication de la Patrie par le biais de la juste rétribution d’une dette d’honneur que tous les Mexicains avons vis-à-vis de la mémoire du Père et libérateur de notre pays.
Aussi, grâce à cette union renouvelée, et par dessus des idéologies sectaires et les divisions partisanes qui n’ont fait que déchirer notre pays pendant deux siècles, nous pourrons cimenter la réconciliation de notre peuple avec son passé le plus glorieux, un héritage et une tradition toujours vivantes et aujourd’hui incarnées dans l’illustre personne de S.A.I. le Comte Maximilien de Götzen-Iturbide, Prince Impérial du Mexique.
Cela dit, cédons le pas à notre auteur non sans évoquer préalablement, puisqu’ainsi l’exigent la vérité et la justice, les derniers mots que le héros d’Iguala exprima dans ses mémoires: « Lorsque vous instruirez vos enfants sur l’histoire de la Patrie, inspirez-leur de l’amour pour le chef de l’Armée Trigarante (...) qui employa le meilleur temps de sa vie pour que vous fussiez heureux ».

S.M.I. Don Agustín I
Par la Divine Providence, Empereur Constitutionnel du Mexique

Instituto Napoleónico México-Francia , INMF.

INTRODUCTION
Armes du Premier Empire du Mexique

Comme celle-ci, est l’histoire de beaucoup d’esprits de notre temps,
nous croyons utile d’en suivre, pas à pas, toutes les phases
”.
Víctor Hugo.

D’un point de vue historique et social, le XIXe siècle peut être défini comme la césure qui marque l’avènement de l’Âge Moderne. De grandes épopées et de grands rêves ont retenti d’un côté du monde et en ont atteint l’autre, que ce soit à travers la plume, l’épée ou le canon.

De nouvelles idées sont nées, qui ont forgé de nouveaux hommes. De grands hommes en ont fait leur étendard, offrant leur paix et jusqu’à leur vie même afin qu’elles pussent se transformer en œuvres palpables, sinon parfaites, à l’usage des générations présentes et futures, de leurs concitoyens mais aussi des peuples étrangers.

La liberté, source d’où jaillissent les plus nobles principes, s’érige en souveraine, et devient bientôt l’étendard brandi par des êtres prodigues qui, malgré les limites de leur espace, parviennent à déceler, dans la nuit des temps, une lueur grande et nouvelle.

Ceci n’est ni fortuit ni contre nature. Chaque époque se traduit en une série d’événements finement enchaînés les uns aux autres, où chaque maillon précède l’autre: chaque pas détermine le pas suivant, et même, par une étrange subversion (qui, en réalité, n’en est pas une), chaque pas en avant qui est fait au nom du progrès des nations comme du destin des peuples permet en même temps de justifier les pas qui le précèdent, donnant à l’échelon suivant une plus grande importance. C’est ainsi que l’Histoire se forge.

Les hommes sont les enfants de leur temps, voilà une vérité irréfutable. Mais, souvent, ceux qui croient en cet axiome ont tendance à oublier une autre vérité, aussi grande que la première et qui en est inséparable: il y a des hommes qui engendrent de nouveaux temps. C’est à l’un de ces hommes qu’est consacré cet essai.

Vainqueur, restaurateur, réformateur et créateur, génie singulier du verbe comme de l’action, ces quelques pages sont consacrées à un grand homme et à l’influence, aussi vivante que palpable, qu’il a eue dans l’esprit de l’Europe et de l’Amérique.

S.M.I. l’Empereur Augustin 1er du Mexique

Dans le Vieux Continent, il a remis sur pied la Nation Française sur les ruines de l’Ancien Régime, et lui a imprimé une splendeur qui, à son époque et encore aujourd’hui, nous semble incroyable. Mais il a été encore plus prodigue, car il a consacré sa vie non seulement à la grandeur de sa patrie, mais à celle des nations auxquelles elle était liée, y laissant cette grandeur et cet esprit noble qui caractérise l’Europe que nous connaissons aujourd’hui. Créateur d’institutions inspirées du Siècle des Lumières, aussi importantes qu’elles l’ont été par le passé, il a remporté des victoires bien au-delà de l’honneur et du champ de bataille: dans le monde des Arts, de la science et dans la pensée de plusieurs générations.

En Amérique, dans notre Amérique, sa voix a trouvé un écho fertile dans les épopées libératrices des peuples qui, privés pendant trois cents ans de liberté d’expression, avaient forgé une identité qui, de par sa nature même, impliquait l’autonomie et l’égalité pour tous ceux qui naissaient sur son sol. Son image et sa gloire ont également trouvé un digne reflet dans le cœur de ces grands hommes (Iturbide, Bolivar, San Martin) qui, par amour et pour la gloire de leur patrie, ont lancé un défi au monde entier et ont entrepris, avec héroïsme, la lutte pour l’Indépendance, venant à bout d’obstacles presque infranchissables.

Il fait, en effet, partie de ces quelques géants à qui nous devons le monde moderne tel que nous le connaissons. L’évocation de son seul nom nous décrit aussi bien son œuvre que sa personne: Napoléon Ier.

Je voudrais dédier ce texte au génie tutélaire de la Nation Française ainsi qu’au Libérateur de la Nation Mexicaine: Don Augustin I de Iturbide.

Je dédie également ces pages à la mémoire du Dr. Enrique (« Henri ») Sada Quiroga, Mexicain décoré, en 1947, de la Médaille de Bronze de la Reconnaissance Française, qui, s’inspirant sans doute du grand homme d’Austerlitz et poussé par l’amour de la liberté, s’est joint à l’effort de beaucoup d’hommes de son temps pour briser le joug de l’usurpation et de la tyrannie qui déchirait le cœur et la grandeur du peuple français pendant l’occupation allemande. C’est à lui que s’adressent, également, ces mots.

Torréon, Coahuila-México, D.F.,

Le 18 mai 2007, 203ème anniversaire
de la proclamation impériale au trône de France;
185ème anniversaire de la proclamation impériale
au trône du Mexique.

Placa de la Orden Imperial de Nuestra Señora de Guadalupe.

 

L’ÈRE NAPOLÉONIENNE: L’EUROPE AU TOURNANT DU XIXe SIÈCLE

Je veux que vos descendants conservent mon souvenir
et disent: il est le régénérateur de notre Patrie

Napoléon.

Napoléon traversant les Alpes
Tableau de Jacques-Louis David. Première version de Versailles (détail).

Le dernier tiers du XVIIIe siècle et le premier du XIXe siècle ont vu la fin de l’Ancien Régime et la transition vers l’âge moderne. Les révolutions politiques qui ont eu lieu durant cette période ont mis fin à l’absolutisme et l’ont remplacé par de nouvelles formes de gouvernement fondées sur l’égalité devant la loi, la démocratie et la liberté individuelle. La France est l’exemple le plus clair de la suppression des modèles ancestraux: elle assiste à l’effondrement de ses institutions sociales féodales caduques et voit la chute violente de sa monarchie. Les raisons étaient naturelles et évidentes.

Sur le plan légal, la société française était constituée comme une monarchie absolue, incarnée par un roi « de droit divin » et un État fortement centralisé qui s’appuyait sur la division en états fondés sur les privilèges et l’inégalité sociale. Les seuls bénéficiaires de cet ordre étaient la noblesse et le clergé, tous deux détenteurs d’exemptions. Face à ces deux groupes, il y en avait un troisième qui était constitué de bourgeois, artisans, paysans et autres groupements marginaux qui regroupaient la grande majorité de la population. C’est sur cet ensemble hétérogène que pesaient les impôts et les autres charges qui permettaient de financer l’État.

Mais, autour de 1789, cette forme d’organisation était devenue obsolète, et l’appareil administratif et judiciaire ne marchait plus correctement. Pour beaucoup, une profonde réforme était nécessaire, réforme à laquelle les états privilégiés étaient peu enclins. L’Illustration a souligné ces contradictions, les a critiquées et dénoncées, contribuant par là à miner les bases sociales et politiques de l’Ancien Régime. Les théories de Montesquieu et de Rousseau, fondées sur la séparation des pouvoirs, la souveraineté nationale et l’égalité de tous les citoyens devant la loi, y ont contribué particulièrement.

C’est ainsi que le 14 juillet 1789 commence en France un soulèvement qui servira d’exemple dans le monde ancien : la prise de la Bastille marquera le début de la Révolution française. Peu de temps après, les bannières bourboniennes seront remplacées par le drapeau tricolore qui, empruntant les couleurs de la ville de Paris (bleu et rouge), et en ajoutant le blanc royal, incarnera désormais les garanties que le peuple libre accueillera comme des droits fondamentaux face au « despotisme »: Liberté, Égalité et Fraternité.

 
Avant et après: Napoléon sur le pont d’Arcole par le Baron Gros, et en Empereur des français, représenté ici sur le Trône impérial de France, par Jean-Baptiste Ingres.

La Révolution Française a été la première révolution politique bourgeoise du continent européen. Elle a permis l’établissement du libéralisme, et elle a représenté un coup décisif pour l’absolutisme monarchique, qu’elle a remplacé par des principes tels que la souveraineté nationale, le partage des pouvoirs et la reconnaissance des libertés individuelles. C’est l’abus du pouvoir royal ainsi que la tyrannie d’une noblesse décadente qui avaient provoqué l’insurrection. Celle-ci entraînerait à son tour, néanmoins, d’autres réactions d’une nature aussi contradictoire que désastreuse. La France est passée de l’excès du pouvoir à l’excès de la liberté, qui a bientôt dégénéré en anarchie et mort avec l’instauration de la période de la Terreur. Il n’y avait pas d’issue. Ni le présent ni le passé n’assuraient l’avenir: la révolution semblait destinée à tyranniser et à dévorer aussi bien le bas peuple que ses propres enfants.

Malgré leurs erreurs et leurs échecs, les gouvernements très différents qui se sont succédé au pouvoir entre 1789 et 1800 ont contribué à quelque chose de positif: l’intégrité et l’indépendance de la Nation Française ont été préservées malgré les assauts et les menaces des puissances européennes voisines, qui voyaient en elle une menace en puissance; le système féodal décadent représenté par l’Ancien régime a été annulé et les meilleurs principes des Lumières ont pu être diffusés dans de nombreux endroits. Cependant, les institutions qui permettraient de sauvegarder les principes et les intérêts du peuple restaient à faire.

L’esprit de Liberté tout juste jailli de la Révolution faisait peur aussi bien aux peuples qu’aux souverains. Mais la peur a pris fin lorsque cet esprit, qui suivait les bataillons français, a été brandi par un homme doué de génie militaire, d’un grand talent politique naturel et d’un courage sans égal: Napoléon Bonaparte. C’est à Arcole que commence l’épopée d’une nouvelle ère. Elle continue d’un pas rapide jusqu’aux campagnes d’Égypte et retourne en France, qui attendait avec impatience le retour de l’homme qui semblait le dépositaire de la gloire et du triomphe.

Une fois au pouvoir grâce au soutien du peuple, Napoléon a procédé rapidement à l’abolition de toutes les lois et les divisions sociales arbitraires. Il a refermé les plaies, récompensé le mérite ainsi que le courage individuel et s’est tenu aux meilleurs idéaux de la République, conduisant les français à s’unir pour la grandeur et la prospérité de leur Patrie. Au moment de paraître sur scène, « il a compris qu’il devait représenter aussi bien aux yeux de ses compatriotes qu’à ceux du monde entier le rôle d’exécuteur testamentaire des meilleurs principes de la Révolution et de l’Illustration » (1).

L’héritage napoléonien s’est matérialisé à différents niveaux: au niveau politico-social et militaire, il a permis la diffusion des formes révolutionnaires, des libertés civiles (consacrées par le Code Civil de 1804) et l’anéantissement définitif des structures féodales. Cette œuvre s’est concrétisée dans l’apparition d’une série de constitutions libérales modérées telles que la Constitution de Bayonne, la montée de la bourgeoisie en tant que nouvelle classe dominante face à la noblesse et au clergé, l’introduction du Droit moderne et des innovations dans les armées et la tactique militaire. Ses réalisations les plus remarquables se sont concrétisées dans la création d’une administration locale à la structure centralisée, une organisation judiciaire où les juges sont devenus des fonctionnaires et la restructuration de l’appareil bureaucratique. Le corollaire de cette politique apparaît dans son Code Civil qui garantissait la liberté individuelle, l’égalité devant la loi, la propriété privée et la liberté économique.

Le résultat a été la création d’un large empire en Europe conduit par la France, organisé et gouverné en personne, ou à travers des membres de sa famille ou des militaires qui avaient sa confiance, avec la collaboration des classes éclairées des pays conquis, où des constitutions et des codes semblables à ceux de la France ont été promulgués.

Le nationalisme aussi s’est vu renforcé. Face aux liens personnels sur lesquels se fondait la loyauté envers le seigneur féodal ou la soumission au monarque absolu, il a ouvert la voie à un nouveau genre de rapport: celui du citoyen libre dans le cadre de l’État-nation, lequel constituait une unité autour d’éléments communs tels que la langue, la culture et l’histoire, et où les limites territoriales étaient le siège d’un État formé par une collectivité nettement différente des autres.

La Révolution Française a renforcé cette tendance comme un moyen d’exalter la nation face à l’absolutisme. Napoléon a encouragé les nationalismes: en Italie, il a critiqué la présence des autrichiens et a soutenu la création d’un royaume autonome de Naples sous l’égide de Murat. Les promoteurs de l’unification allemande ont invoqué ce type de nationalisme qui, plus tard, serait également brandi et adopté par les nations hispano-américaines, et tout particulièrement par l’Empire Mexicain au moment de proclamer son Indépendance face à la vieille Espagne.

Il ne fait aucun doute que l’Empereur a contribué plus qu’aucun autre homme de son temps à hâter le pas de la Liberté et de l’Égalité, en préservant l’influence morale de la Révolution et en atténuant les craintes qu’elle pouvait susciter. Sans le Consulat et sans l’Empire, celle-ci n’aurait été qu’une secousse historique et conséquente qui aurait laissé une empreinte mais peu d’œuvres concrètes. C’est grâce à la montée de Napoléon, et au fait qu’il ait établi solidement son pouvoir, que la révolution a pu survivre et se propager en Europe et en Amérique.

Voilà la raison pour laquelle (en plus du rétablissement du culte religieux) la transition de la République à l’Empire, loin de produire de l’incertitude et de la méfiance, a établi la paix et la sécurité, puisqu’elle correspondait aux besoins et aux souhaits des masses. C’est ainsi qu’on constate qu’ont été introduits, comme jamais auparavant, d’aussi grands changements avec si peu d’efforts.

Dans le cas de Napoléon, il a fallu, pour palier cette absence de stabilité et de continuité nationale, constamment menacée par les intérêts de factions ou par le retour au passé, instaurer un nouvel ordre héréditaire dont le pouvoir devait se fonder sur l’esprit démocratique. Il n’est donc pas étonnant qu’un homme tel que lui ait acquis aussi facilement un immense ascendant, et cela pour deux raisons: parce qu’il était nécessaire dans l’ordre historique conséquent et parce que personne ne pouvait représenter mieux que lui les principes les plus positifs du pouvoir ainsi que les meilleures idées de son temps (2).

Les lois qui ont régi l’Empire ainsi que les nations qui étaient sous sa protection se fondaient sur les principes suivants: l’égalité civile, en accord avec les principes démocratiques; et une hiérarchie en accord avec les principes de l’ordre et de la stabilité. Le pouvoir de la famille constituait alors la seule dignité héréditaire, aucun autre poste ou métier ne l’a été au cours de cette période. C’est la supériorité du mérite, du courage et de la vertu personnelle qui prévalait, comme en témoigne la création de l’Ordre de la Légion d'Honneur ; tous les métiers, sans exception d’aucune sorte, étaient donc à la portée de tous les citoyens.

 
L’instauration et la reconnaissance d’une nouvelle noblesse fondée sur le courage, le mérite et la vertu personnels furent l’œuvre de l’inspiration napoléonienne, adoptée par l’empereur Augustin I et l’Empire mexicain: L’Ordre de la Légion d’Honneur et l’Ordre Impérial de Notre Dame de Guadeloupe; sa divise: Religion, Indépendance, Union.

Si on analyse l’esprit des lois qui ont été créées par la main d’un seul homme, à une époque où les différends étaient réglés davantage en fonction de l’esprit de faction que de celui de justice, à un moment où le reste du monde constituait une menace pour les principes de Liberté et d’Égalité, on constate que Napoléon avait pour projet l’établissement d’un système pluraliste, précurseur de nos démocraties contemporaines, fondé sur des institutions effectives et permanentes, qui constituait la meilleure garantie pour les générations futures.

Le système napoléonien hors de France a consisté à convoquer le pouvoir ecclésiastique, les magistratures, les administrations provinciales, municipales, industrielles, académiques, commerciales et même militaires, afin que toutes les classes qui constituaient la société se sentent représentées (3).

La politique napoléonienne assurait ainsi la primauté du bien commun sur les intérêts individuels et les ambitions des factions, plaçant ces derniers sous un même esprit, qui allait très bientôt trouver écho dans la mentalité des peuples hispano-américains en lutte pour leur Liberté.

 

LE CRÉPUSCULE DE L’EMPIRE ESPAGNOL

La gloire de l’Europe s’est éteinte à tout jamais
Edmund Burke.


À l’apogée de la France sous l’Empire Napoléonien s’oppose, en Europe, le crépuscule de l’Empire Espagnol, drame historique qui deviendra la principale cause de l’indépendance du Mexique et du reste de l’Amérique. Certains font remonter ce déclin au règne de Philippe IV, qui commence à souffrir des défaites militaires, ainsi qu’une perte d’influence sur son propre territoire, après la séparation du royaume du Portugal. Néanmoins, les historiens –y compris les plus récalcitrants– sont d’accord pour affirmer que le déclin de l’Empire qui, autrefois, ne voyait jamais le coucher du soleil, commence avec l’avènement d’une nouvelle dynastie: les Bourbons.

Dans notre première image, le dernier des Autriche, Charles IIl’ensorcelé(1665-1700), face au despotisme sans lustre (portraits suivants): les Bourbons Charles II (1665-1700), Charles III (1716–1788), Charles IV (1748-1819), et Ferdinand VII (1784-1833).

La mort de Charles II, « l’ensorcelé », met fin au chapitre glorieux de la maison des Habsbourg espagnols. En raison de changements de dernière minute, la succession au trône du royaume d’Espagne retombe sur le duc d’Anjou, qui sera connu plus tard comme Philippe V de Bourbon, petit-fils de Louis XIV et premier de cette dynastie à gouverner les deux mondes. Durant la première moitié du XVIIe siècle, l’Empire Espagnol, mis à part ses victoires sur le royaume de Naples, restera dans une espèce d’immobilité face à ses colonies américaines, où les sciences, la production et les arts commencent à se développer et à rayonner devant le reste du monde, mettant en évidence la naissance de ce qui constituera plus tard une identité propre face à celle de l’espagnol de la métropole, identité que même le créole ou espagnol né en Amérique, revendiquera. Même si les privilèges dont jouissaient les espagnols face aux créoles avaient déjà donné lieu à des différends, la situation s’aggrave après la mort de Ferdinand VI, premier-né de Philippe V, qui n’a pas de successeur, et l’accès au trône de son demi-frère, Charles VII, roi de Naples, qui sera désormais roi d’Espagne et des Indes sous le nom de Charles III.

Viendront ensuite les réformes appelées à tort « bourboniennes », d’origine maçonnique, maladroitement promues par Charles III et ses ministres non espagnols. Ces réformes limitaient, d’un point de vue économique et social, les colonies américaines, leur imposant des restrictions productives et des surcharges, face aux natifs de l’Espagne métropolitaine. Elles ont été mal accueillies et ont provoqué, quand bien même elles n’ont pas toutes été appliquées, la méfiance et la suspicion des sujets américains, qui y voyaient une certaine injustice. Mais ceci n’était que le prélude de ce qui devait arriver.

L’attitude du roi et de ses ministres envers la Nouvelle Espagne et les autres colonies, loin de se corriger, empira après la désignation de José de Gálvez comme Ministre des Indes. Galvez n’a fait preuve, en tant que visiteur et comme ministre, qu’une profonde ignorance quant à l’importance du Nouveau monde, et de la Nouvelle Espagne en particulier, en tant que principal soutien de l’Empire espagnol des deux côtés de l’Atlantique. Il a également montré un grand mépris envers ses habitants. Il n’est pas étonnant qu’il ait mis en place une politique consistant à empêcher que les créoles et les métis n’occupent des postes importants dans l’administration.

L’une des plus grandes offenses faites par Galvez et les Bourbons fut l’expulsion des jésuites et la suppression de la Compagnie de Jésus dans le reste de l’Empire. Cette mesure provoqua de graves dommages, ainsi que le mécontentement de la population, qui s’est vue privée non seulement de soutien moral et spirituel, mais aussi de quatre-vingt-dix pour cent des éducateurs de la Nouvelle Espagne. Les missions furent abandonnées et, avec elles, les progrès civilisateurs qui avaient déjà été accomplis auprès des indiens barbares dans les lointaines provinces Internes et d’Orient.

Le ban du vice-roi Marques de Croix au moyen duquel était exécutée la pragmatique royale de Charles III n’a pas seulement affligé les habitants de la Nouvelle Espagne, il les a également offensés: «Désormais, les sujets du grand monarque qui occupe le trône d’Espagne doivent savoir qu’ils sont nés pour se taire et obéir, et non pas pour discuter ni donner leur avis sur les affaires du gouvernement» (4).

José de Gálvez y Gallardo (1720-1787)
Marquis de Sonora, ministre et sbire de Charles III, ennemi naturel de l’Amérique espagnole.

Vers la fin du XVIIIe siècle, la situation générale dans les colonies était inquiétante. Divers facteurs convergeaient dans une situation qui aller préparer le terrain à la guerre d’indépendance. Trois observateurs différents, particulièrement lucides, nous ont laissé leur point de vue sur cette période critique. En 1783, le Comte d’Aranda, ambassadeur d’Espagne en France, écrivit au roi un rapport secret sur la situation des colonies après l’indépendance des Etats Unis. Il avait l’impression que l’appareil politique était affaibli et qu’une réforme politique radicale était urgente afin d’éviter que l’Espagne ne perde de manière définitive sa souveraineté sur ces territoires. Il anticipait également que les États-Unis allaient devenir une menace pour le monde hispanique, et plus spécifiquement pour le Mexique.

En 1799, Monseigneur Abad y Queipo, évêque de Valladolid, envoya au roi un rapport sur la situation de la Nouvelle Espagne. Il soulignait les énormes inégalités économiques et sociales et affirmait qu’il fallait une réforme sociale au profit des plus pauvres si on ne voulait pas que la haine entre les castes continue à germer. Enfin, en 1806, le baron Alexandre Von Humboldt acheva de rassembler les informations en vue de la rédaction de son œuvre monumentale, Essai Politique sur le Royaume de la Nouvelle Espagne. Bien qu’elle fût publiée quinze ans plus tard, le diagnostic était exact: le Mexique était le pays des grandes inégalités économiques et des grandes opportunités, mais il fallait une réforme économique afin que la majorité du peuple puisse profiter de la prospérité.

 
Nobles visionnaires favorables à l’Amérique espagnole: le Baron Alexander von Humboldt (1769-1859) et le Comte d’Aranda (1719-1798).

Le premier rapport a été perçu comme alarmiste et n’a pas été écouté. Le second l’a été mais n’a, en fin de comptes, abouti à rien de concret. Quand au livre de Humboldt, il a paru lorsque le Mexique était déjà, virtuellement, indépendant, et n’a servi qu’à attirer l’attention des puissances sur les richesses du pays. En somme, la croissance économique au XVIIIe siècle, l’inégale distribution de la richesse et le manque de flexibilité politique du régime ont conduit les créoles à disputer aux espagnols de la métropole la jouissance des richesses du vaste territoire de la Nouvelle Espagne, comme le montre David Brading (5). C’est en réaction à l’absolutisme bourbon que ce qu’on a appelé le nationalisme créole, précurseur direct du nationalisme mexicain, a surgi, avec une force irrépressible, dans toute la Nouvelle Espagne. Ce nationalisme avait pour caractéristique un grand attachement au territoire de la Nouvelle Espagne et à ses habitants, mêlé à un esprit de libéralisme intellectuel et économique à caractère autonomiste.

Vers 1788, l’écroulement semble imminent. Charles IV accède au trône, où il se montre faible et encore moins intelligent que son père, à tel point qu’il permet à un parvenu, Manuel Godoy, son garde du corps et l’amant de sa femme, de tenir les rênes du pouvoir. Au cours de son règne, la position de l’Espagne face à l’Angleterre, d’un côté, et à la France, de l’autre, se fit moins avantageuse. Le résultat de ses politiques était inévitable : il entama une guerre contre l’Angleterre et une autre contre la France, toutes deux ruineuses pour le royaume. Charles IV dût céder à l’Angleterre l’île de la Trinité et subit une défaite à Trafalgar, le 21 octobre 1805, bataille au cours de laquelle l’amiral Nelson a démoli la flotte espagnole et française.

 
La décadence bourbonienne: Manuel Godoy Álvarez de Faría (1767-1851), Prince de la Paix”, Ministre principal du roi Charles III et amant de la femme de ce dernier, la reine Marie-Louise de Parme (1751-1819).

Pendant ce temps, la guerre entre la France et le Portugal a donné à Napoléon l’occasion, à laquelle il ne s’attendait pas, d’établir les meilleurs idéaux de la Révolution Française aussi bien dans la métropole espagnole que dans ses colonies, de l’autre côté de l’Atlantique. L’influence de Napoléon, qui bâtissait un puissant empire sur les décombres de la Révolution Française, ainsi que d’autres circonstances, ont jeté le discrédit sur Charles IV ainsi que sur la dynastie des Bourbon. Les nouvelles des brouilles conjugales de ce dernier, ainsi que de la corruption de Godoy et de son régime, sont arrivées au Mexique.

Il faut noter que, vers 1810, la Nouvelle Espagne avait une population d’environ six millions d’habitants: un million de créoles, quarante mille espagnols, trois millions et demi d’indiens purs, un million et demi de métis et un peu moins d’un demi-million de noirs. Le malaise de la population autochtone était alors évident. Il y avait à cela plusieurs causes : les anciens rois et empereurs de la Maison d’Autriche en Espagne, qui avaient conquis et apporté la civilisation au Nouveau Monde, avaient toujours considéré l’Amérique, et le Mexique en particulier, comme un royaume ou une province de la métropole espagnole. Les Bourbons, au contraire, à partir de 1699, avec Philippe V, l’ont tenue pour une colonie et l’ont traitée comme telle.

 

INTERLUDE: LA VOIX DE L’AUMÔNIER DU DIEU MARS

Waterloo a eu pour seul effet que le travail
révolutionnaire continue d’un autre côté

Víctor Hugo.

Pour parler la Liberté comme l’idéal caressé par les hommes de l’Amérique espagnole du XIXe siècle, ou pour parler de l’Indépendance comme l’émanation naturelle de l’esprit napoléonien, il faut évoquer un précédent et mentionner un personnage clé. S’il est un homme qui puisse être considéré comme l’idéologue attitré de Napoléon en ce qui concerne l’idée de l’indépendance du Mexique et de l’Amérique espagnole et de sa nécessité, cet homme est Dominique de Pradt.

Son intérêt pour le sort des colonies ainsi que pour leur avenir potentiel a été aussi sincère que constant tout au long de sa vie. Il n’a même pas attendu que l’Europe s’intéresse au thème. Dès 1798, Pradt affirmait dans ses œuvres que les colonies étaient les enfants des métropoles et c’est pourquoi, en grandissant, elles s’émancipaient, ce qui devait leur être accordé si elles avaient atteint la majorité.

Après la parution, en 1802, de son livre Les trois âges des colonies ou de leur état passé, présent et à venir, ce prêtre d’origine noble a réussi à influencer Napoléon et la mentalité de son temps. Ses analyses profondes sur le sort des Amériques en tant que nations indépendantes, ainsi que sur l’avenir prometteur qu’elles offriraient à la France et au monde, ont traversé les frontières et les océans. L’Empereur éprouva une profonde sympathie pour la vivacité de l’abbé, à tel point qu’il décida d’en faire son aumônier, l’appelant « mon petit aumônier »; à quoi l’abbé répondait en se désignant lui même comme « l’aumônier du dieu Mars » (6).

L’aumônier du dieu Mars: l’abbé Dominique de Pradt  (1759-1837), précédant à Francisco Primo Verdad y Ramos (1760-1808), et au vice-roi José de Iturrigaray y Aróstegui (1742-1815), précurseurs de l’Indépendance mexicaine.

L’un des faits les plus remarquables dans la vie de l’abbé a été sa participation aux négociations de Bayonne. Pradt raconte lui-même dans ses Mémoires historiques sur la révolution d’Espagne (1816) comment, étant à Poitiers, il reçut avec surprise l’ordre de l’Empereur de le suivre à Bayonne. Il affirme que sa mission consista à convaincre le Prince des Asturies d’abdiquer en faveur de son père, et qu’il alla même jusqu’à suggérer à Napoléon de nommer Ferdinand VII comme empereur de la Nouvelle Espagne afin de stimuler l’indépendance des colonies.

Ceci illustre clairement l’influence réciproque de l’abbé sur Napoléon et de l’esprit napoléonien sur l’œuvre du premier. On perçoit également l’influence de Montesquieu sur les deux hommes. L’auteur de L’esprit des lois a affirmé que l’indépendance des colonies était inscrite dans le cours inévitable des événements. Les Indes et l’Espagne « sont deux puissances gouvernées par un seul souverain, mais les Indes sont l’essentiel tandis que l’Espagne est l’accessoire. C’est en vain que la politique prétendra subordonner le principal au secondaire: ce n’est pas l’Espagne qui attire les Indes, ce sont les Indes qui attirent l’Espagne » (7).

La lecture des œuvres de l’abbé par les caudillos américains les plus éclairés, tels qu’Iturbide, Bolivar, San Martin et Pueyrredon, nous montre l’importance accordée par les patriotes au fait d’avoir un allié et un défenseur de leur cause en Europe même. Grâce à l’esprit napoléonien et à la présence idéologique de Pradt, nos libérateurs se sentent compris et légitimés face au monde.

Une idée prépondérante qui parcourt ses œuvres est la foi dans les constitutions et l’importance des institutions pour que l’homme agisse et se développe au mieux. Pour Pradt, il est évident que l’Espagne ne dispose d’aucun moyen pour retenir ses colonies américaines, car elle s’est transformée en une mère qui « extermine en même temps dans cette lutte... ses enfants d’Amérique pour ceux d’Europe... en un seul acte de suicide et de parricide » (8).

 
Avides lecteurs de Pradt, admirateurs de Napoleón I et amis libérateurs: Simon Bolivar et Agustin d’Iturbide en 1821.

Une fois l’indépendance des nouveaux pays acquise, ce qui inquiétait Pradt, de même que Napoléon, c’était l’incapacité des américains pour se gouverner, ce qui pouvait dériver en anarchie, ou en un nouvel esclavage aussi ignominieux que celui de la colonie, s’ils ne faisaient pas appel à l’expérience et aux institutions européennes: « Les uns voudront une monarchie, les autres une république, d’autres encore des chefs absolus: quelle multiplicité de choses, que de confusion, que de sang et de disgrâces avant qu’un arrangement bien cimenté ne parvienne à régler toutes ces difficultés... à excès d’oppression est suivi, bien souvent, peut-être toujours, de celui de liberté et le despotisme d’un seul du despotisme de plusieurs, qui est le pire de tous les despotismes » (9).

Il est indéniable que l’influence que l’abbé français, en tant que conseiller de Napoléon, a eu en Amérique en a fait un visionnaire, un précurseur et le « prophète » de l’émancipation pour beaucoup d’américains illustres. On voit que Bolivar a établi une correspondance cordiale avec lui ; le Chili, le Rio de la Plata, la Grande Colombie et d’autres pays l’ont tenu pour un défenseur de leur cause en Europe et pour un homme possédant le « feu sacré » tant loué par l’Empereur.

On peut néanmoins affirmer que c’est au Mexique, dans l’ancien Vice-royaume de la Nouvelle Espagne, où les desseins propres à l’esprit napoléonien et, par conséquent, à la pensée pradtienne, ont été menés à bien. Comme disait Fray Servando teresa Mier : « En août 1821 le vice-roi O’Donoju et Augustin de Iturbide ont signé les Traités de Cordoue. Ce nouveau document, comme le dit le préambule, a voulu délier sans les rompre les liens qui s’étaient établis entre l’Espagne et l’Amérique. Il reconnaissait l’indépendance absolue. Le gouvernement serait monarchique, constitutionnel modéré, et on ferait appel à Ferdinand pour occuper le trône. Pradt remportait là un triomphe” (10)