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LISTE
GÉNÉRALE DES
LAURÉATS DU PRIX MÉMORIAL
COMTE DE LAS CASES |
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PRÉSENTATION
Par le Pr. Eduardo Garzón-Sobrado
Président-fondateur
de l’Institut
Napoléonien Mexique-France
Fondateur et Directeur
Général
du Prix Mémorial
Comte de Las Cases
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«
Les peuples qui ne
reconnaissent pas leurs
véritables bienfaiteurs
ne sont pas dignes d'être
libres, et ne le seront
jamais ». Simon
Bolívar |
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C’est
un grand honneur pour nous que
de présenter l’écrit
suivant, essai lauréat
de notre II Prix Mémorial
Comte de Las Cases,
dans sa 2ème édition
2007.
Congratulé de manière
unanime par le jury international,
cette inestimable dissertation,
Le chemin vers
la Liberté,
revêt bien sûr un
intérêt particulier
en ce qui touche à son
contenu littéral, mais
possède aussi, sans aucun
doute, une valeur très
spéciale en étant
signalé à un moment
historique de grande importance
pour le Mexique, lorsque commencent
officiellement les préparatifs
pour la commémoration
du Bicentenaire du début
de la lutte pour l’Indépendance
de notre pays, qui sera célébrée
en 2010.
Dans ce contexte inégalable,
et face à l’avancée
malheureusement inévitable
de contre-mémoire
officialisée qui s’approche
de manière incontournable,
il nous apparaît comme
une nécessité
particulière, d’un
côté, de profiter
la conjoncture de ces célébrations
pour souligner fermement la
puissante influence qu’ont
exercés l’héritage
napoléonien, et à
travers lui l’ascendant
bénéfique de la
France généreuse,
sur les hommes et les évènements
qui à long terme ont
consommé notre Indépendance
en 1821, et qui ont donné
naissance à notre pays
en tant que nation libre et
souveraine. D’un autre
côté, et principalement,
il nous est nécessaire
de consolider et de revendiquer
la glorieuse mémoire
et l’immortel héritage
de S.M.I. Augustin I,
Empereur et libérateur
de notre Patrie, objectif que
notre texte – nous en
sommes convaincus – contribue
brillamment à atteindre.
En effet, à l’heure
ou notre pays traverse des moments
d’une forte crise identitaire,
proie des assauts continuels
de modèles culturels
et sociaux étrangers
qui remettent en question nos
valeurs et nos traditions essentielles,
il s’avère primordial
de tirer au clair et de diffuser
l’histoire de notre libérateur
et premier monarque, dont la
mémoire a été
brouillée et entachée
à travers tant de décennies
de désinformation et
d’iniquités. Dans
cette tâche essentielle
pour la récupération
et la revivification de cette
partie fondamentale de notre
patrimoine et de notre identité
nationaux, le débat historique,
l’analyse académique,
mais avant tout l’expression
libre, sont nos bases les plus
solides en faveur de la revendication
de la Patrie par le biais de
la juste rétribution
d’une dette d’honneur
que tous les Mexicains avons
vis-à-vis de la mémoire
du Père et libérateur
de notre pays.
Aussi, grâce à
cette union renouvelée,
et par dessus des idéologies
sectaires et les divisions partisanes
qui n’ont fait que déchirer
notre pays pendant deux siècles,
nous pourrons cimenter la réconciliation
de notre peuple avec son passé
le plus glorieux, un héritage
et une tradition toujours vivantes
et aujourd’hui incarnées
dans l’illustre personne
de S.A.I. le
Comte Maximilien de
Götzen-Iturbide,
Prince Impérial du Mexique.
Cela dit, cédons le pas
à notre auteur non sans
évoquer préalablement,
puisqu’ainsi l’exigent
la vérité et la
justice, les derniers mots que
le héros d’Iguala
exprima dans ses mémoires:
« Lorsque vous instruirez
vos enfants sur l’histoire
de la Patrie, inspirez-leur
de l’amour pour le chef
de l’Armée Trigarante
(...) qui employa le meilleur
temps de sa vie pour que vous
fussiez heureux ».
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S.M.I.
Don Agustín
I
Par la Divine
Providence, Empereur
Constitutionnel
du Mexique |
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| Armes
du Premier Empire du Mexique |
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“Comme celle-ci,
est l’histoire de beaucoup d’esprits
de notre temps,
nous croyons utile d’en suivre, pas à
pas, toutes les phases ”.
Víctor Hugo.
D’un
point de vue historique et social, le XIXe siècle
peut être défini comme la césure
qui marque l’avènement de l’Âge
Moderne. De grandes épopées et de
grands rêves ont retenti d’un côté
du monde et en ont atteint l’autre, que ce
soit à travers la plume, l’épée
ou le canon.
De
nouvelles idées sont nées, qui
ont forgé de nouveaux hommes. De grands
hommes en ont fait leur étendard, offrant
leur paix et jusqu’à leur vie
même afin qu’elles pussent se
transformer en œuvres palpables, sinon
parfaites, à l’usage des générations
présentes et futures, de leurs concitoyens
mais aussi des peuples étrangers.
La liberté,
source d’où jaillissent les plus
nobles principes, s’érige en
souveraine, et devient bientôt l’étendard
brandi par des êtres prodigues qui,
malgré les limites de leur espace,
parviennent à déceler, dans
la nuit des temps, une lueur grande et nouvelle.
Ceci n’est
ni fortuit ni contre nature. Chaque époque
se traduit en une série d’événements
finement enchaînés les uns aux
autres, où chaque maillon précède
l’autre: chaque pas détermine
le pas suivant, et même, par une étrange
subversion (qui, en réalité,
n’en est pas une), chaque pas en avant
qui est fait au nom du progrès des
nations comme du destin des peuples permet
en même temps de justifier les pas qui
le précèdent, donnant à
l’échelon suivant une plus grande
importance. C’est ainsi que l’Histoire
se forge.
Les hommes
sont les enfants de leur temps, voilà
une vérité irréfutable.
Mais, souvent, ceux qui croient en cet axiome
ont tendance à oublier une autre vérité,
aussi grande que la première et qui
en est inséparable: il y a des hommes
qui engendrent de nouveaux temps. C’est
à l’un de ces hommes qu’est
consacré cet essai.
Vainqueur,
restaurateur, réformateur et créateur,
génie singulier du verbe comme de l’action,
ces quelques pages sont consacrées
à un grand homme et à l’influence,
aussi vivante que palpable, qu’il a
eue dans l’esprit de l’Europe
et de l’Amérique.
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| S.M.I.
l’Empereur Augustin 1er du
Mexique |
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Dans le Vieux Continent,
il a remis sur pied la Nation Française sur
les ruines de l’Ancien Régime, et lui
a imprimé une splendeur qui, à son
époque et encore aujourd’hui, nous
semble incroyable. Mais il a été encore
plus prodigue, car il a consacré sa vie non
seulement à la grandeur de sa patrie, mais
à celle des nations auxquelles elle était
liée, y laissant cette grandeur et cet esprit
noble qui caractérise l’Europe que
nous connaissons aujourd’hui. Créateur
d’institutions inspirées du Siècle
des Lumières, aussi importantes qu’elles
l’ont été par le passé,
il a remporté des victoires bien au-delà
de l’honneur et du champ de bataille: dans
le monde des Arts, de la science et dans la pensée
de plusieurs générations.
En Amérique,
dans notre Amérique, sa voix a trouvé
un écho fertile dans les épopées
libératrices des peuples qui, privés
pendant trois cents ans de liberté d’expression,
avaient forgé une identité qui, de
par sa nature même, impliquait l’autonomie
et l’égalité pour tous ceux
qui naissaient sur son sol. Son image et sa gloire
ont également trouvé un digne reflet
dans le cœur de ces grands hommes (Iturbide,
Bolivar, San Martin) qui, par amour et pour la gloire
de leur patrie, ont lancé un défi
au monde entier et ont entrepris, avec héroïsme,
la lutte pour l’Indépendance, venant
à bout d’obstacles presque infranchissables.
Il fait, en effet,
partie de ces quelques géants à qui
nous devons le monde moderne tel que nous le connaissons.
L’évocation de son seul nom nous décrit
aussi bien son œuvre que sa personne: Napoléon
Ier.
Je voudrais dédier
ce texte au génie tutélaire de la
Nation Française ainsi qu’au Libérateur
de la Nation Mexicaine: Don Augustin I de Iturbide.
Je dédie
également ces pages à la mémoire
du Dr. Enrique (« Henri ») Sada Quiroga,
Mexicain décoré, en 1947, de la Médaille
de Bronze de la Reconnaissance Française,
qui, s’inspirant sans doute du grand homme
d’Austerlitz et poussé par l’amour
de la liberté, s’est joint à
l’effort de beaucoup d’hommes de son
temps pour briser le joug de l’usurpation
et de la tyrannie qui déchirait le cœur
et la grandeur du peuple français pendant
l’occupation allemande. C’est à
lui que s’adressent, également, ces
mots.
Torréon,
Coahuila-México, D.F.,
Le 18 mai 2007,
203ème anniversaire
de la proclamation impériale au trône
de France;
185ème anniversaire de la proclamation impériale
au trône du Mexique.

| L’ÈRE
NAPOLÉONIENNE: L’EUROPE
AU TOURNANT DU XIXe SIÈCLE |
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“Je veux
que vos descendants conservent mon souvenir
et disent: il est le régénérateur
de notre Patrie”
Napoléon.
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Napoléon
traversant les Alpes
Tableau de Jacques-Louis David.
Première version de Versailles
(détail). |
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Le
dernier tiers du XVIIIe siècle et le premier
du XIXe siècle ont vu la fin de l’Ancien
Régime et la transition vers l’âge
moderne. Les révolutions politiques qui ont
eu lieu durant cette période ont mis fin
à l’absolutisme et l’ont remplacé
par de nouvelles formes de gouvernement fondées
sur l’égalité devant la
loi, la démocratie et la liberté individuelle.
La France est l’exemple le plus clair de la
suppression des modèles ancestraux: elle
assiste à l’effondrement de ses institutions
sociales féodales caduques et voit la chute
violente de sa monarchie. Les raisons étaient
naturelles et évidentes.
Sur le plan légal,
la société française était
constituée comme une monarchie absolue, incarnée
par un roi « de droit divin » et un
État fortement centralisé qui s’appuyait
sur la division en états fondés sur
les privilèges et l’inégalité
sociale. Les seuls bénéficiaires de
cet ordre étaient la noblesse et le clergé,
tous deux détenteurs d’exemptions.
Face à ces deux groupes, il y en avait un
troisième qui était constitué
de bourgeois, artisans, paysans et autres groupements
marginaux qui regroupaient la grande majorité
de la population. C’est sur cet ensemble hétérogène
que pesaient les impôts et les autres charges
qui permettaient de financer l’État.
Mais, autour de
1789, cette forme d’organisation était
devenue obsolète, et l’appareil administratif
et judiciaire ne marchait plus correctement. Pour
beaucoup, une profonde réforme était
nécessaire, réforme à laquelle
les états privilégiés étaient
peu enclins. L’Illustration a souligné
ces contradictions, les a critiquées et dénoncées,
contribuant par là à miner les bases
sociales et politiques de l’Ancien Régime.
Les théories de Montesquieu et de Rousseau,
fondées sur la séparation des
pouvoirs, la souveraineté nationale et l’égalité
de tous les citoyens devant la loi, y ont contribué
particulièrement.
C’est ainsi
que le 14 juillet 1789 commence en France un soulèvement
qui servira d’exemple dans le monde ancien
: la prise de la Bastille marquera le début
de la Révolution française. Peu de
temps après, les bannières bourboniennes
seront remplacées par le drapeau tricolore
qui, empruntant les couleurs de la ville de Paris
(bleu et rouge), et en ajoutant le blanc royal,
incarnera désormais les garanties que le
peuple libre accueillera comme des droits fondamentaux
face au « despotisme »: Liberté,
Égalité et Fraternité.
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| Avant
et après: Napoléon
sur le pont d’Arcole
par le Baron Gros, et en Empereur
des français, représenté
ici sur le Trône impérial
de France, par Jean-Baptiste Ingres. |
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La Révolution
Française a été la première
révolution politique bourgeoise du continent
européen. Elle a permis l’établissement
du libéralisme, et elle a représenté
un coup décisif pour l’absolutisme
monarchique, qu’elle a remplacé par
des principes tels que la souveraineté nationale,
le partage des pouvoirs et la reconnaissance des
libertés individuelles. C’est l’abus
du pouvoir royal ainsi que la tyrannie d’une
noblesse décadente qui avaient provoqué
l’insurrection. Celle-ci entraînerait
à son tour, néanmoins, d’autres
réactions d’une nature aussi contradictoire
que désastreuse. La France est passée
de l’excès du pouvoir à l’excès
de la liberté, qui a bientôt dégénéré
en anarchie et mort avec l’instauration de
la période de la Terreur. Il n’y avait
pas d’issue. Ni le présent ni le passé
n’assuraient l’avenir: la révolution
semblait destinée à tyranniser et
à dévorer aussi bien le bas peuple
que ses propres enfants.
Malgré leurs
erreurs et leurs échecs, les gouvernements
très différents qui se sont succédé
au pouvoir entre 1789 et 1800 ont contribué
à quelque chose de positif: l’intégrité
et l’indépendance de la Nation Française
ont été préservées malgré
les assauts et les menaces des puissances européennes
voisines, qui voyaient en elle une menace en puissance;
le système féodal décadent
représenté par l’Ancien régime
a été annulé et les meilleurs
principes des Lumières ont pu être
diffusés dans de nombreux endroits. Cependant,
les institutions qui permettraient de sauvegarder
les principes et les intérêts du peuple
restaient à faire.
L’esprit de
Liberté tout juste jailli de la Révolution
faisait peur aussi bien aux peuples qu’aux
souverains. Mais la peur a pris fin lorsque cet
esprit, qui suivait les bataillons français,
a été brandi par un homme doué
de génie militaire, d’un grand talent
politique naturel et d’un courage sans égal:
Napoléon Bonaparte. C’est à
Arcole que commence l’épopée
d’une nouvelle ère. Elle continue d’un
pas rapide jusqu’aux campagnes d’Égypte
et retourne en France, qui attendait avec impatience
le retour de l’homme qui semblait le dépositaire
de la gloire et du triomphe.
Une fois au pouvoir
grâce au soutien du peuple, Napoléon
a procédé rapidement à l’abolition
de toutes les lois et les divisions sociales arbitraires.
Il a refermé les plaies, récompensé
le mérite ainsi que le courage individuel
et s’est tenu aux meilleurs idéaux
de la République, conduisant les français
à s’unir pour la grandeur et la prospérité
de leur Patrie. Au moment de paraître sur
scène, « il a compris qu’il devait
représenter aussi bien aux yeux de ses compatriotes
qu’à ceux du monde entier le rôle
d’exécuteur testamentaire des meilleurs
principes de la Révolution et de l’Illustration
» (1).
L’héritage
napoléonien s’est matérialisé
à différents niveaux: au niveau politico-social
et militaire, il a permis la diffusion des formes
révolutionnaires, des libertés civiles
(consacrées par le Code Civil de 1804) et
l’anéantissement définitif des
structures féodales. Cette œuvre s’est
concrétisée dans l’apparition
d’une série de constitutions libérales
modérées telles que la Constitution
de Bayonne, la montée de la bourgeoisie en
tant que nouvelle classe dominante face à
la noblesse et au clergé, l’introduction
du Droit moderne et des innovations dans les armées
et la tactique militaire. Ses réalisations
les plus remarquables se sont concrétisées
dans la création d’une administration
locale à la structure centralisée,
une organisation judiciaire où les juges
sont devenus des fonctionnaires et la restructuration
de l’appareil bureaucratique. Le corollaire
de cette politique apparaît dans son Code
Civil qui garantissait la liberté individuelle,
l’égalité devant la loi, la
propriété privée et la liberté
économique.
Le résultat
a été la création d’un
large empire en Europe conduit par la France, organisé
et gouverné en personne, ou à travers
des membres de sa famille ou des militaires qui
avaient sa confiance, avec la collaboration des
classes éclairées des pays conquis,
où des constitutions et des codes semblables
à ceux de la France ont été
promulgués.
Le nationalisme
aussi s’est vu renforcé. Face aux liens
personnels sur lesquels se fondait la loyauté
envers le seigneur féodal ou la soumission
au monarque absolu, il a ouvert la voie à
un nouveau genre de rapport: celui du citoyen libre
dans le cadre de l’État-nation, lequel
constituait une unité autour d’éléments
communs tels que la langue, la culture et l’histoire,
et où les limites territoriales étaient
le siège d’un État formé
par une collectivité nettement différente
des autres.
La Révolution
Française a renforcé cette tendance
comme un moyen d’exalter la nation face à
l’absolutisme. Napoléon a encouragé
les nationalismes: en Italie, il a critiqué
la présence des autrichiens et a soutenu
la création d’un royaume autonome de
Naples sous l’égide de Murat. Les promoteurs
de l’unification allemande ont invoqué
ce type de nationalisme qui, plus tard, serait également
brandi et adopté par les nations hispano-américaines,
et tout particulièrement par l’Empire
Mexicain au moment de proclamer son Indépendance
face à la vieille Espagne.
Il ne fait aucun
doute que l’Empereur a contribué plus
qu’aucun autre homme de son temps à
hâter le pas de la Liberté et de l’Égalité,
en préservant l’influence morale de
la Révolution et en atténuant les
craintes qu’elle pouvait susciter. Sans le
Consulat et sans l’Empire, celle-ci n’aurait
été qu’une secousse historique
et conséquente qui aurait laissé une
empreinte mais peu d’œuvres concrètes.
C’est grâce à la montée
de Napoléon, et au fait qu’il ait établi
solidement son pouvoir, que la révolution
a pu survivre et se propager en Europe et en Amérique.
Voilà la
raison pour laquelle (en plus du rétablissement
du culte religieux) la transition de la République
à l’Empire, loin de produire de l’incertitude
et de la méfiance, a établi la paix
et la sécurité, puisqu’elle
correspondait aux besoins et aux souhaits des masses.
C’est ainsi qu’on constate qu’ont
été introduits, comme jamais auparavant,
d’aussi grands changements avec si peu d’efforts.
Dans
le cas de Napoléon, il a fallu, pour
palier cette absence de stabilité et
de continuité nationale, constamment
menacée par les intérêts
de factions ou par le retour au passé,
instaurer un nouvel ordre héréditaire
dont le pouvoir devait se fonder sur l’esprit
démocratique. Il n’est donc pas
étonnant qu’un homme tel que
lui ait acquis aussi facilement un immense
ascendant, et cela pour deux raisons: parce
qu’il était nécessaire
dans l’ordre historique conséquent
et parce que personne ne pouvait représenter
mieux que lui les principes les plus positifs
du pouvoir ainsi que les meilleures idées
de son temps (2).
Les lois qui
ont régi l’Empire ainsi que les
nations qui étaient sous sa protection
se fondaient sur les principes suivants: l’égalité
civile, en accord avec les principes démocratiques;
et une hiérarchie en accord avec les
principes de l’ordre et de la stabilité.
Le pouvoir de la famille constituait alors
la seule dignité héréditaire,
aucun autre poste ou métier ne l’a
été au cours de cette période.
C’est la supériorité du
mérite, du courage et de la vertu personnelle
qui prévalait, comme en témoigne
la création de l’Ordre
de la Légion d'Honneur ; tous
les métiers, sans exception d’aucune
sorte, étaient donc à la portée
de tous les citoyens.
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| L’instauration
et la reconnaissance d’une
nouvelle noblesse
fondée sur le courage,
le mérite
et la vertu personnels
furent l’œuvre de l’inspiration
napoléonienne, adoptée
par l’empereur Augustin I
et l’Empire mexicain: L’Ordre
de la Légion d’Honneur
et l’Ordre Impérial
de Notre Dame de Guadeloupe;
sa divise: Religion, Indépendance,
Union. |
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Si on analyse l’esprit
des lois qui ont été créées
par la main d’un seul homme, à une
époque où les différends étaient
réglés davantage en fonction de l’esprit
de faction que de celui de justice, à un
moment où le reste du monde constituait une
menace pour les principes de Liberté et d’Égalité,
on constate que Napoléon avait pour projet
l’établissement d’un système
pluraliste, précurseur de nos démocraties
contemporaines, fondé sur des institutions
effectives et permanentes, qui constituait la meilleure
garantie pour les générations futures.
Le système
napoléonien hors de France a consisté
à convoquer le pouvoir ecclésiastique,
les magistratures, les administrations provinciales,
municipales, industrielles, académiques,
commerciales et même militaires, afin que
toutes les classes qui constituaient la société
se sentent représentées (3).
La politique napoléonienne
assurait ainsi la primauté du bien commun
sur les intérêts individuels et les
ambitions des factions, plaçant ces derniers
sous un même esprit, qui allait très
bientôt trouver écho dans la mentalité
des peuples hispano-américains en lutte pour
leur Liberté.
| LE
CRÉPUSCULE DE L’EMPIRE
ESPAGNOL |
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“La gloire
de l’Europe s’est éteinte à
tout jamais”
Edmund Burke.
À l’apogée de la France sous
l’Empire Napoléonien s’oppose,
en Europe, le crépuscule de l’Empire
Espagnol, drame historique qui deviendra la principale
cause de l’indépendance du Mexique
et du reste de l’Amérique. Certains
font remonter ce déclin au règne de
Philippe IV, qui commence à souffrir des
défaites militaires, ainsi qu’une perte
d’influence sur son propre territoire, après
la séparation du royaume du Portugal. Néanmoins,
les historiens –y compris les plus récalcitrants–
sont d’accord pour affirmer que le déclin
de l’Empire qui, autrefois, ne voyait jamais
le coucher du soleil, commence avec l’avènement
d’une nouvelle dynastie: les Bourbons.
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| Dans
notre première image, le
dernier des Autriche,
Charles II “l’ensorcelé”
(1665-1700),
face au despotisme sans lustre
(portraits suivants): les Bourbons
Charles
II (1665-1700), Charles
III (1716–1788),
Charles IV (1748-1819),
et Ferdinand VII
(1784-1833). |
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La mort de Charles
II, « l’ensorcelé », met
fin au chapitre glorieux de la maison des Habsbourg
espagnols. En raison de changements de dernière
minute, la succession au trône du royaume
d’Espagne retombe sur le duc d’Anjou,
qui sera connu plus tard comme Philippe V de Bourbon,
petit-fils de Louis XIV et premier de cette dynastie
à gouverner les deux mondes. Durant la première
moitié du XVIIe siècle, l’Empire
Espagnol, mis à part ses victoires sur le
royaume de Naples, restera dans une espèce
d’immobilité face à ses colonies
américaines, où les sciences, la production
et les arts commencent à se développer
et à rayonner devant le reste du monde, mettant
en évidence la naissance de ce qui constituera
plus tard une identité propre face à
celle de l’espagnol de la métropole,
identité que même le créole
ou espagnol né en Amérique, revendiquera.
Même si les privilèges dont jouissaient
les espagnols face aux créoles avaient déjà
donné lieu à des différends,
la situation s’aggrave après la mort
de Ferdinand VI, premier-né de Philippe V,
qui n’a pas de successeur, et l’accès
au trône de son demi-frère, Charles
VII, roi de Naples, qui sera désormais roi
d’Espagne et des Indes sous le nom de Charles
III.
Viendront
ensuite les réformes appelées
à tort « bourboniennes »,
d’origine maçonnique, maladroitement
promues par Charles III et ses ministres non
espagnols. Ces réformes limitaient,
d’un point de vue économique
et social, les colonies américaines,
leur imposant des restrictions productives
et des surcharges, face aux natifs de l’Espagne
métropolitaine. Elles ont été
mal accueillies et ont provoqué, quand
bien même elles n’ont pas toutes
été appliquées, la méfiance
et la suspicion des sujets américains,
qui y voyaient une certaine injustice. Mais
ceci n’était que le prélude
de ce qui devait arriver.
L’attitude
du roi et de ses ministres envers la Nouvelle
Espagne et les autres colonies, loin de se
corriger, empira après la désignation
de José de Gálvez comme Ministre
des Indes. Galvez n’a fait preuve, en
tant que visiteur et comme ministre, qu’une
profonde ignorance quant à l’importance
du Nouveau monde, et de la Nouvelle Espagne
en particulier, en tant que principal soutien
de l’Empire espagnol des deux côtés
de l’Atlantique. Il a également
montré un grand mépris envers
ses habitants. Il n’est pas étonnant
qu’il ait mis en place une politique
consistant à empêcher que les
créoles et les métis n’occupent
des postes importants dans l’administration.
L’une
des plus grandes offenses faites par Galvez
et les Bourbons fut l’expulsion des
jésuites et la suppression de la Compagnie
de Jésus dans le reste de l’Empire.
Cette mesure provoqua de graves dommages,
ainsi que le mécontentement de la population,
qui s’est vue privée non seulement
de soutien moral et spirituel, mais aussi
de quatre-vingt-dix pour cent des éducateurs
de la Nouvelle Espagne. Les missions furent
abandonnées et, avec elles, les progrès
civilisateurs qui avaient déjà
été accomplis auprès
des indiens barbares dans les lointaines provinces
Internes et d’Orient.
Le ban du
vice-roi Marques de Croix au moyen duquel
était exécutée la pragmatique
royale de Charles III n’a pas seulement
affligé les habitants de la Nouvelle
Espagne, il les a également offensés:
«Désormais, les sujets du grand
monarque qui occupe le trône d’Espagne
doivent savoir qu’ils sont nés
pour se taire et obéir, et non
pas pour discuter ni donner leur avis sur
les affaires du gouvernement» (4).
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José
de Gálvez y Gallardo
(1720-1787)
Marquis de Sonora, ministre
et sbire de Charles III, ennemi
naturel de l’Amérique
espagnole. |
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Vers la fin du XVIIIe
siècle, la situation générale
dans les colonies était inquiétante.
Divers facteurs convergeaient dans une situation
qui aller préparer le terrain à la
guerre d’indépendance. Trois observateurs
différents, particulièrement lucides,
nous ont laissé leur point de vue sur cette
période critique. En 1783, le Comte d’Aranda,
ambassadeur d’Espagne en France, écrivit
au roi un rapport secret sur la situation des colonies
après l’indépendance des Etats
Unis. Il avait l’impression que l’appareil
politique était affaibli et qu’une
réforme politique radicale était urgente
afin d’éviter que l’Espagne ne
perde de manière définitive sa souveraineté
sur ces territoires. Il anticipait également
que les États-Unis allaient devenir une menace
pour le monde hispanique, et plus spécifiquement
pour le Mexique.
En 1799, Monseigneur
Abad y Queipo, évêque de Valladolid,
envoya au roi un rapport sur la situation de la
Nouvelle Espagne. Il soulignait les énormes
inégalités économiques et sociales
et affirmait qu’il fallait une réforme
sociale au profit des plus pauvres si on ne voulait
pas que la haine entre les castes continue à
germer. Enfin, en 1806, le baron Alexandre Von Humboldt
acheva de rassembler les informations en vue de
la rédaction de son œuvre monumentale,
Essai Politique sur le Royaume de la Nouvelle
Espagne. Bien qu’elle fût publiée
quinze ans plus tard, le diagnostic était
exact: le Mexique était le pays des grandes
inégalités économiques et des
grandes opportunités, mais il fallait une
réforme économique afin que la majorité
du peuple puisse profiter de la prospérité.
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| Nobles
visionnaires favorables à
l’Amérique espagnole:
le Baron Alexander von
Humboldt (1769-1859)
et le Comte d’Aranda
(1719-1798). |
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Le premier rapport
a été perçu comme alarmiste
et n’a pas été écouté.
Le second l’a été mais n’a,
en fin de comptes, abouti à rien de concret.
Quand au livre de Humboldt, il a paru lorsque le
Mexique était déjà, virtuellement,
indépendant, et n’a servi qu’à
attirer l’attention des puissances sur les
richesses du pays. En somme, la croissance économique
au XVIIIe siècle, l’inégale
distribution de la richesse et le manque de flexibilité
politique du régime ont conduit les créoles
à disputer aux espagnols de la métropole
la jouissance des richesses du vaste territoire
de la Nouvelle Espagne, comme le montre David Brading
(5). C’est en réaction
à l’absolutisme bourbon que ce qu’on
a appelé le nationalisme créole,
précurseur direct du nationalisme mexicain,
a surgi, avec une force irrépressible, dans
toute la Nouvelle Espagne. Ce nationalisme avait
pour caractéristique un grand attachement
au territoire de la Nouvelle Espagne et à
ses habitants, mêlé à un esprit
de libéralisme intellectuel et économique
à caractère autonomiste.
Vers 1788, l’écroulement
semble imminent. Charles IV accède au trône,
où il se montre faible et encore moins intelligent
que son père, à tel point qu’il
permet à un parvenu, Manuel Godoy, son garde
du corps et l’amant de sa femme, de tenir
les rênes du pouvoir. Au cours de son règne,
la position de l’Espagne face à l’Angleterre,
d’un côté, et à la France,
de l’autre, se fit moins avantageuse. Le résultat
de ses politiques était inévitable
: il entama une guerre contre l’Angleterre
et une autre contre la France, toutes deux ruineuses
pour le royaume. Charles IV dût céder
à l’Angleterre l’île de
la Trinité et subit une défaite à
Trafalgar, le 21 octobre 1805, bataille au cours
de laquelle l’amiral Nelson a démoli
la flotte espagnole et française.
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 |
| La
décadence bourbonienne:
Manuel Godoy Álvarez
de Faría (1767-1851),
“Prince de
la Paix”, Ministre
principal du roi Charles III et
amant de la femme
de ce dernier, la reine
Marie-Louise de Parme
(1751-1819). |
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Pendant ce temps,
la guerre entre la France et le Portugal a donné
à Napoléon l’occasion, à
laquelle il ne s’attendait pas, d’établir
les meilleurs idéaux de la Révolution
Française aussi bien dans la métropole
espagnole que dans ses colonies, de l’autre
côté de l’Atlantique. L’influence
de Napoléon, qui bâtissait un puissant
empire sur les décombres de la Révolution
Française, ainsi que d’autres circonstances,
ont jeté le discrédit sur Charles
IV ainsi que sur la dynastie des Bourbon. Les nouvelles
des brouilles conjugales de ce dernier, ainsi que
de la corruption de Godoy et de son régime,
sont arrivées au Mexique.
Il faut noter que,
vers 1810, la Nouvelle Espagne avait une population
d’environ six millions d’habitants:
un million de créoles, quarante mille espagnols,
trois millions et demi d’indiens purs, un
million et demi de métis et un peu moins
d’un demi-million de noirs. Le malaise de
la population autochtone était alors évident.
Il y avait à cela plusieurs causes : les
anciens rois et empereurs de la Maison d’Autriche
en Espagne, qui avaient conquis et apporté
la civilisation au Nouveau Monde, avaient toujours
considéré l’Amérique,
et le Mexique en particulier, comme un royaume ou
une province de la métropole espagnole. Les
Bourbons, au contraire, à partir de 1699,
avec Philippe V, l’ont tenue pour une colonie
et l’ont traitée comme telle.
| INTERLUDE:
LA VOIX DE L’AUMÔNIER DU
DIEU MARS
|
|
“Waterloo
a eu pour seul effet que le travail
révolutionnaire continue d’un autre
côté ”
Víctor Hugo.
Pour parler la
Liberté comme l’idéal caressé
par les hommes de l’Amérique espagnole
du XIXe siècle, ou pour parler de l’Indépendance
comme l’émanation naturelle de l’esprit
napoléonien, il faut évoquer un précédent
et mentionner un personnage clé. S’il
est un homme qui puisse être considéré
comme l’idéologue attitré de
Napoléon en ce qui concerne l’idée
de l’indépendance du Mexique et de
l’Amérique espagnole et de sa nécessité,
cet homme est Dominique de Pradt.
Son intérêt
pour le sort des colonies ainsi que pour leur avenir
potentiel a été aussi sincère
que constant tout au long de sa vie. Il n’a
même pas attendu que l’Europe s’intéresse
au thème. Dès 1798, Pradt affirmait
dans ses œuvres que les colonies étaient
les enfants des métropoles et c’est
pourquoi, en grandissant, elles s’émancipaient,
ce qui devait leur être accordé si
elles avaient atteint la majorité.
Après la
parution, en 1802, de son livre Les trois âges
des colonies ou de leur état passé,
présent et à venir, ce prêtre
d’origine noble a réussi à influencer
Napoléon et la mentalité de son temps.
Ses analyses profondes sur le sort des Amériques
en tant que nations indépendantes, ainsi
que sur l’avenir prometteur qu’elles
offriraient à la France et au monde, ont
traversé les frontières et les océans.
L’Empereur éprouva une profonde sympathie
pour la vivacité de l’abbé,
à tel point qu’il décida d’en
faire son aumônier, l’appelant «
mon petit aumônier »; à quoi
l’abbé répondait en se désignant
lui même comme « l’aumônier
du dieu Mars » (6).
 |
 |
 |
| L’aumônier
du dieu Mars: l’abbé
Dominique de Pradt
(1759-1837),
précédant à
Francisco Primo Verdad y Ramos
(1760-1808), et au vice-roi
José de Iturrigaray y Aróstegui
(1742-1815),
précurseurs de l’Indépendance
mexicaine. |
|
L’un des faits
les plus remarquables dans la vie de l’abbé
a été sa participation aux négociations
de Bayonne. Pradt raconte lui-même dans ses
Mémoires historiques sur la révolution
d’Espagne (1816) comment, étant
à Poitiers, il reçut avec surprise
l’ordre de l’Empereur de le suivre à
Bayonne. Il affirme que sa mission consista à
convaincre le Prince des Asturies d’abdiquer
en faveur de son père, et qu’il alla
même jusqu’à suggérer
à Napoléon de nommer Ferdinand VII
comme empereur de la Nouvelle Espagne afin de stimuler
l’indépendance des colonies.
Ceci illustre clairement
l’influence réciproque de l’abbé
sur Napoléon et de l’esprit napoléonien
sur l’œuvre du premier. On perçoit
également l’influence de Montesquieu
sur les deux hommes. L’auteur de L’esprit
des lois a affirmé que l’indépendance
des colonies était inscrite dans le cours
inévitable des événements.
Les Indes et l’Espagne « sont deux puissances
gouvernées par un seul souverain, mais les
Indes sont l’essentiel tandis que l’Espagne
est l’accessoire. C’est en vain que
la politique prétendra subordonner le principal
au secondaire: ce n’est pas l’Espagne
qui attire les Indes, ce sont les Indes qui attirent
l’Espagne » (7).
La lecture des œuvres
de l’abbé par les caudillos
américains les plus éclairés,
tels qu’Iturbide, Bolivar, San Martin et Pueyrredon,
nous montre l’importance accordée par
les patriotes au fait d’avoir un allié
et un défenseur de leur cause en Europe même.
Grâce à l’esprit napoléonien
et à la présence idéologique
de Pradt, nos libérateurs se sentent compris
et légitimés face au monde.
Une idée
prépondérante qui parcourt ses œuvres
est la foi dans les constitutions et l’importance
des institutions pour que l’homme agisse et
se développe au mieux. Pour Pradt, il est
évident que l’Espagne ne dispose d’aucun
moyen pour retenir ses colonies américaines,
car elle s’est transformée en une mère
qui « extermine en même temps dans cette
lutte... ses enfants d’Amérique pour
ceux d’Europe... en un seul acte de suicide
et de parricide » (8).
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|
 |
| Avides
lecteurs de Pradt, admirateurs
de Napoleón I et amis libérateurs:
Simon Bolivar et
Agustin d’Iturbide en
1821. |
|
|
Une fois l’indépendance
des nouveaux pays acquise, ce qui inquiétait
Pradt, de même que Napoléon, c’était
l’incapacité des américains
pour se gouverner, ce qui pouvait dériver
en anarchie, ou en un nouvel esclavage aussi ignominieux
que celui de la colonie, s’ils ne faisaient
pas appel à l’expérience et
aux institutions européennes: « Les
uns voudront une monarchie, les autres une république,
d’autres encore des chefs absolus: quelle
multiplicité de choses, que de confusion,
que de sang et de disgrâces avant qu’un
arrangement bien cimenté ne parvienne à
régler toutes ces difficultés... à
excès d’oppression est suivi, bien
souvent, peut-être toujours, de celui de liberté
et le despotisme d’un seul du despotisme de
plusieurs, qui est le pire de tous les despotismes
» (9).
Il est indéniable
que l’influence que l’abbé français,
en tant que conseiller de Napoléon, a eu
en Amérique en a fait un visionnaire, un
précurseur et le « prophète
» de l’émancipation pour beaucoup
d’américains illustres. On voit que
Bolivar a établi une correspondance cordiale
avec lui ; le Chili, le Rio de la Plata, la Grande
Colombie et d’autres pays l’ont tenu
pour un défenseur de leur cause en Europe
et pour un homme possédant le « feu
sacré » tant loué par l’Empereur.
On peut néanmoins
affirmer que c’est au Mexique, dans l’ancien
Vice-royaume de la Nouvelle Espagne, où les
desseins propres à l’esprit napoléonien
et, par conséquent, à la pensée
pradtienne, ont été menés à
bien. Comme disait Fray Servando teresa Mier : «
En août 1821 le vice-roi O’Donoju et
Augustin de Iturbide ont signé les Traités
de Cordoue. Ce nouveau document, comme le dit le
préambule, a voulu délier sans les
rompre les liens qui s’étaient établis
entre l’Espagne et l’Amérique.
Il reconnaissait l’indépendance absolue.
Le gouvernement serait monarchique, constitutionnel
modéré, et on ferait appel à
Ferdinand pour occuper le trône. Pradt remportait
là un triomphe” (10).
“Ferdinand,
avec toute sa furie, essaiera de conserver son sceptre,
mais un de ces matins, il lui échappera des
mains comme une anguille”.
Napoléon.
 |
L’Empire
Mexicain
Armes sur fond de motifs allégoriques |
|
L’épique
qui débutera avec le processus de l’indépendance
mexicaine fut le reflet de tous les conflits et
les projets sous-jacents qui subsistaient dans le
Vieux Monde, essentiellement, la lutte entre le
libéralisme et l’absolutisme. Il est
évident que l’héritage de l’empereur
français, les idées de Montesquieu
et les idéologues des Lumières pénétrèrent
dans la Vice-royauté à travers les
nouvelles et les livres qui étaient bien
reçus par les créoles et par les métisses.
Néanmoins, on a remarqué que la pensé
antireligieuse de la Révolution française
ne fut pas admis par les caudillos hispano-américains
de l’indépendance, qui adoptèrent
seulement les idées politiques. Il faudrait
ajouter à ce qui précède le
fait de l’apport que représenta la
tradition chrétienne-catholique et espagnole
dans le sens des idées fondamentales pour
la formation des critères politiques tels
que l’égalité essentielle des
êtres humains, la croyance que chaque personne
est libre et que sa vie n’est pas fatalement
prédéterminée, parmi plusieurs
autres.
Toutefois, les
maux qui menaçaient le peuple mexicain dans
ses hauts intérêts, davantage moraux
que matériels, firent craindre l’Eglise
elle aussi. C’est la raison pour laquelle
les penseurs virent clairement que la séparation
de l’Espagne était le seul moyen de
nous en libérer, puisque la Métropole
se trouvait depuis le débuts du XIXe Siècle
dans un état de décrépitude
si évident dans les scandales et les abus
où encourait la famille royale espagnole
avec Godoy, qui allaient de pair avec la corruption
et le discrédit du gouvernement royal à
l’intérieur de l’Espagne elle-même
et aux yeux du monde.
Précisément
parce que les curés éclairés
participaient aux juntas où les projets d’émancipation
étaient discutés, ils s’écrasaient
contre un obstacle d’ordre moral: la rébellion
contre l’autorité légitime des
rois d’Espagne, rébellion qu’ils
supposaient être nécessaire pour le
seul genre d’indépendance efficace.
Cette situation était exprimée dans
le principe que le roi, dans la qualité du
prince chrétien qu’il était,
“peut obliger ses sujets infidèles
à l’observance de la loi naturelle”
(11). Heureusement, ce point
finit par se résoudre tout seul ave le cours
des évènements, juste au moment et
par là où l’on s’y attendait
le moins: parce que la Couronne d’Espagne
avait cessé d’exister.
La décomposition
monarchique espagnole est en train d’atteindre
son maximum et les espoirs nationalistes sont mis
dans le prince des Asturies. En octobre 1807 Charles
IV découvre les éléments d’une
conjuration et ordonne l’arrêt de son
fils. Ferdinand, accusé de projeter la mort
de son père et d’avoir demandé
l’aide de Napoléon, en donnant des
preuves de la bassesse que son règne confirmera,
dénonce tous ses compagnons de conspiration:
même son épouse défunte. Le
roi pardonne à son fils et au milieu d’un
jugement de farce, tous les inculpés sont
absous.
 |
| “Religión,
Yndependencia y Unión”:
Les Trois Garanties du Plan d’Iguala,
qui représentent la nationalité
mexicaines, fraternisées
dans leur essence avec la France
Napoléonienne en 1821.
De gauche à droite: Pavillon
des Trois Garanties; Aigle Impérial
du Mexique; Armes du Premier Empire
du Mexique; Aigle Impérial
de France. |
|
|
Murat est aux portes
de Madrid et Ferdinand croit qu’on lui apporte
la couronne, mais craintif que son père parle
avec Napoléon avant lui, il s’anticipe
et se présente à Bayonne ou, une fois
réunie toute la famille royale, Godoy inclu,
devait se produire un des spectacles les plus honteux
de l’histoire: au milieu d’un échange
d’insultes et d’accusations entre le
père, la mère et le fils, ceux-ci
exigent de Napoléon qu’il soit leur
arbitre afin de régler leur différends.
Charles abdique devant Napoléon le 5 mai,
en lui remettant les royaumes espagnols et ses propriétés
en échange du palais de Compiègne,
du château de Chambord et d’une rente
à vie qu’il ne recevrait pas. Le lendemain,
Ferdinand abdique en faveur de Charles IV, ignorant
la démission de ce dernier.
Dans de notes viles,
le prince des Asturies félicite Napoléon
pour les victoires répétées
en Espagne en y signant au pied comme « le
sujet le plus humble de sa majesté Impériale
et Royale, dont la Providence couronne l’auguste
front ». Il demande à Napoléon
la main d’une nièce, première
née de Joseph Bonaparte « afin
d’ôter à un peuple aveugle et
furieux le prétexte pour continuer à
couvrir de sang la patrie ». Si par la
suite on en arriva à disqualifier avec le
sobriquet d’afrancesado ces Espagnols qui
soutinrent l’ingérence napoléonienne
dans la péninsule ibérique, on peut
bien parler de Ferdinand VII lui-même comme
le premier afrancesado d’Espagne si nous nous
en tenons aux faits et aux phrases que celui-ci
énonça lors de son séjour à
Valençay. Si se sentir “respectueux”,
“amoureux de Napoléon”
et “fier de se trouver sous sa protection”
peuvent être des paroles considérées
propres d’une prise de parti pro-français
politique littéral, il est évident
que le premier francisé fut le prince des
Asturies et futur roi d’Espagne lui-même,
qui adressa ces paroles et tant d’autres à
l’Empereur jusqu’en 1813. (12)
L’Empereur,
même surpris et indigné, connaissait
déjà le peu de valeur morale
autant du père que du fils lorsque
les deux Bourbons, de la manière la
plus basse, mirent la couronne d’Espagne
à ses pieds. Pour se justifier, Ferdinand
signa le 12 mai de la même année
un décret où figuraient les
paroles suivantes: “Absolvant les
Espagnols de leurs obligations dans cette
partie (le fait d’être des
sujets de sa personne) et les exhortant
à se tenir tranquilles, en attendant
leur bonheur des sages dispositions de l’Empereur
Napoléon”. (13)
En analysant
ce qui précède, le roi déliait
tous ses sujets du serment
de soumission qui lui était dû
et les exhortait seulement, sans le commander,
à ce qu’ils se soumettent à
Napoléon. Ainsi, Ferdinand VII, de
par son attitude, par le fait d’abandonner
son trône et même par ses propres
paroles, laissait ses peuples en pleine liberté
d’élire eux-mêmes et leur
forme et leur personnel de gouvernement. Dans
ces conditions, la Junte Gouvernementale que
l’Empereur disposa comme unique, et
dans cette qualité autorisée
par Charles IV et par Ferdinand VII, ensemble
avec le Conseil de Castille, le Conseil Municipal
de Madrid, et jusqu’à l’ancienne
Sainte Inquisition elle-même, considérèrent
valides les démissions des Bourbons
au trône espagnol.
L’autorité
fut reconnue dans la personne de Joseph I
de Bonaparte, frère de Napoléon,
mais face à celle-ci se dressa une
fourmilière de juntes régionales
qui s’appelaient elles-mêmes “de
gouvernement” qui prétendaient
régir l’Espagne et l’Amérique
au même temps, se disputant par ailleurs
l’autorité entre elles-mêmes,
et sans jamais se mettre d’accord. Sur
la base de cette situation, on pouvait très
bien inférer que le même pouvoir
qu’eurent les différents royaumes
d’Espagne pour établir leur juntes,
le Nouveau Monde le possédait lui aussi
pour formuler la sienne. La dénommée
“Junta Central” émanée
de Séville, qui sur des bases aussi
faibles que aléatoires, fut formée
en septembre 1808, ne pouvait non plus exiger
nulle soumission aux Amériques puisqu’aucun
des royaumes d’outremer ne prit part
ni ne se vit, en aucune façon, ne fût-ce
que représenté au sein de la
même. Napoléon et Murat, au moment
de former leurs Cortes et la Constitution
de Bayonne, avaient encore eu la déférence
ainsi que la délicatesse de faire appel
à deux américains en guise de
représentants des royaumes d’outremer,
ce qui ne fut même pas procuré
dans celle d’Aranjuez. Et tout cela,
comme on pouvait s’y attendre, se sut
au Mexique.
|
 |
| Une
option régénératrice:
Joseph I (1768-1844),
Roi d’Espagne et des Indes
en 1808 |
|
|
Le mouvement juntiste
de la métropole aurait un écho au
Mexique. Après que les évènements
en Espagne furent connus, le vice-roi Iturrigaray
et le licencié Primo Verdad entamèrent
le débat avec les auditeurs et les membres
du Consulat au Mexique. Francisco Primo Verdad,
un avocat très instruit, Mexicain de naissance
et syndic du Conseil municipal métropolitain,
exposa dans son célèbre discours que
la faculté pour former une Junte autonome
était basée sur ce que, le gouvernement
péninsulaire ayant disparu, le peuple, en
tant que source de la souveraineté, devait
la réassumer pour la déposer dans
un gouvernement provisionnel qui occupât le
vide causé par l’absence, le détrônement
volontaire et en apparemment perpétuel, des
rois d’Espagne. Il appuyait sa thèse
également sur la « Ley de partidas
» que prévenait sur l’absence
d’un roi.
Malgré ce
qui précède, les auditeurs espagnols
refusèrent ce qu’ils jugèrent
contraire à leurs intérêts,
et manifestèrent clairement une phrase tellement
offensive à l’honneur de tout homme
né en Amérique, qui résumait
si bien les pires sentiments qu’ils éprouvaient
depuis ce vieil apophtegme bourbonien qui débitait
“callar y obedecer” – on se
tait, et on obéit –, à
présent sur les lèvres de l’auditeur
Aguirre: “Si l’Espagne succombe
et rien qu’un chat n’y restât,
tous les américains devraient y être
soumis” (14). Le
sentiment de ces maux était arrivé
à son comble: l’Américain, et
le Mexicain en particulier, sentait non seulement
que le roi d’Espagne commandait sur lui, mais
encore que chaque Espagnol le considérait
comme un sujet et un esclave.
| PROJETS
ULTÉRIEURS:
|
| LE
MOUVEMENT D’INSURRECTION ET LA
CONFÉDÉRATION NAPOLÉONIENNE |
|
“Eh bien,
j’irai au Mexique: là bas, je trouverai
des patriotes,
et me mettrai à leur tête pour fonder
un nouvel empire”.
Napoléon.
A Bayonne, tandis
que Napoléon était occupé à
délibérer sur combien la permanence
des Bourbons comme monarques espagnols était
inconvenante, il commença orienter son regard
du côté du Nouveau Monde.
L’Empereur
considérait qu’une des grandes gloires
de la France avait consisté à pourvoir
l’aide et la reconnaissance indispensables
afin qu’une confédération des
colonies anglaises, les Etats Unis, obtinrent leur
Indépendance de la Grande Bretagne. Par conséquent,
le chemin à suivre était très
clair: il serait aussi un nouveau grand artisan
de l’autre côté de la mer. Il
ferait pour les colonies espagnoles la même
chose que Louis XVI avait faite en faveur des colonies
anglo-américaines. Afin de réaliser
ce projet, à partir de l’année
1809 il envoya des frégates avec des agents
français aux principales capitales d’Amérique
afin qu’ils pussent,
en établissant un contact et des rapports,
communiquer aux patriotes dans chaque région
qu’il souhaitait les libérer du despotisme
et de la décadence bourbonienne, et dans
ce but il leur offrait des troupes, du matériel
et son soutien moral de telle sorte qu’ils
réussissent à reconquérir leur
indépendance. Les agents de Napoléon
annonçaient un “grand progrès
au Mexique”, surtout l’un d’entre
eux: le général D’Almivart,
qui eut un entretien rien moins qu’avec le
curé Miguel Hidalgo dans “La petite
France”, nom dont sa maison du village de
Dolorès était connu en 1809. (15)
 |
|
 |
| “Grand
progrès au Mexique”:
le curé de Dolorès,
Dom Miguel Hidalgo, contact du
Général Gaëtan Souchet
D’Almivart, agent de Napoléon
en 1809.
À droite, l’étendard
de la Vierge de Guadeloupe
que le curé Hidalgo prit à
Atotonilco, l’adoptant comme bannière
du mouvement d’insurrection. |
|
Ce fût lorsque
l’Empereur semblait avoir un contrôle
absolu de l’Espagne, et que seule la dénommée
Junte de Cadix défiait l’ordre établi,
qu’il annonça son soutien à
la cause indépendantiste: “Si
les peuples du Mexique et du Pérou souhaitent
rester unis à la mère patrie ou s’élever
aux hauteurs de la noble indépendance, la
France ne s’opposera jamais à leurs
vœux pourvu qu’ils n’établissent
pas des rapports avec l’Angleterre”
(16). C’est ainsi qu’il
le réaffirma dans son message du 12 décembre
1809: “c’est
dans l’ordre nécessaire des évènements,
c’est dans la justice, c’est dans l’intérêt
bien compris des puissances”
(17). L’impact de cette déclaration
devait se sentir au Mexique ainsi que dans le reste
de l’Amérique peu avant 1810. Preuve
en est l’éclatement en rien accidentel
de toutes les révolutions d’indépendance.
Tout comme les conspirateurs
autonomistes et afrancesados du Mexique,
Allende et Hidalgo croyaient que “toute
la grandeur de l’Espagne était inclinée,
ou encore mieux, décidée par Bonaparte”
et que la péninsule était perdue;
que les autorités étaient faites à
la mesure du temps de Manuel Godoy et par conséquent
on ne pouvait y faire confiance (18).
Ceci n’est pas tout à fait censurable,
si nous considérons que même dans la
péninsule de grands personnages comme Félix
Amat, évêque distingué et confesseur
de Charles IV lui-même justifia théologiquement
sa prise de parti en faveur de Napoléon et
de Joseph Bonaparte comme roi d’Espagne en
signalant que la main de Dieu avait décidé
le sort du trône et que le fait d’accepter
Joseph I épargnerait “à
présent à l’Espagne de souffrir
les horreurs des guerres civiles, les bûchers,
les ravages et les mortalités qu’elle
subit lors de l’introduction de cette dynastie
(la bourbonienne)”. (19)
A partir de ce
moment, l’indépendance des colonies
se transforma en un objectif stratégique
pour Napoléon. Malgré le revers dans
la péninsule ibérique et le désastre
de la campagne de Russie, l’Amérique
espagnole, le Mexique très en particulier,
demeurèrent une priorité car il était
pleinement convaincu que son indépendance,
qui était inévitable, serait “l’évènement
le plus important du siècle” et que
ce même évènement par lui même
“changerait à jamais la politique mondiale”.
 |
| Le
Général
Baron Charles Lallemand (1774-1839):
Promoteur de la Confédération
Napoléonienne au Mexique. |
|
|
Contrairement
à la politique machiavélique
qu’entretenaient l’Angleterre
et les États Unis envers l’Indépendance
hispano-américaine, Napoléon
maintint invariable son soutien à
la cause de la Liberté. Son abdication
au trône de France en 1814 et sa défaite
définitive à Waterloo en 1815
laissa les insurgeants sans leur principal
soutien et promoteur. Même vaincu
et exilé, Napoléon n’avait
pas oublié son grand rêve américain
puisque, autant à Elbe qu’à
Sainte-Hélène, il lui arriva
d’avouer à plusieurs personnes
qu’il avait toujours un “grand
projet pour le Mexique”. Autour de
cette option, l’Empereur avait exprimé
que si jamais il parvenait au Mexique il
se mettrait à la tête de ses
patriotes pour fonder un nouvel empire.
Lorsque
Don Luís de Onís, Ambassadeur
d’Espagne aux Etats Unis, apprit que
l’Empereur avait été
confiné à Sainte-Hélène
sous la garde du gouvernement anglais, il
reçut ces nouvelles avec un grand
soulagement: il crût que le grand
homme déposé et exilé
n’interviendrait plus jamais de son
influence en faveur de l’indépendance
dans les colonies espagnoles. Le temps devait
lui démontrer tout le contraire.
Déjà en août 1815 le
diplomate espagnol découvre que le
bonapartiste général Humbert
s’était allié avec José
Álvarez de Toledo et avec Jean Laffite
pour envahir la province du Texas. Le plan
combinait une contre-offensive qui, conjointement
avec les forces insurgées du curé
José María Morelos, devaient
battre les forces régulières
espagnoles. Il fallait ajouter à
cela un autre évènement majeur:
Joseph Bonaparte, Joseph I, bref Roi d’Espagne
et des Indes, avait débarqué
à New York pour y fixer sa résidence
ainsi que celle du reste de la famille impériale
sur le sol américain. Tout ceci,
ajoutés aux rumeurs constantes que
“quelques maréchaux de Napoléon
viendraient pour se mettre à la tête
de la conquête du Mexique” seraient
pour Onís le prélude d’un
long cauchemar. (20)
|
Lord Holland, un
autre des fervents partisans de l’Indépendance
de l’Amérique espagnole et parmi les
plus exaltés bonapartistes anglais, considérait
que la politique de non-intervention directe de
la part du gouvernement anglais était antilibérale
et contraire autant à l’Angleterre
qu’au reste du monde libre, raison pour laquelle
il tenta, avec Lord Cochrane, de la corriger depuis
le Parlement. Dès lors Holland avait pris
sous sa protection un Francisco Xavier Mina, jeune
guerrillero espagnol. Les antécédents
révolutionnaires de Mina étaient impeccables:
il avait combattu les forces françaises dans
la péninsule ibérique et fut emprisonné
en France jusqu’à première abdication
de Napoléon. Peu après son retour
en Espagne, Mina se rendit compte que Ferdinand
VII était un gouvernant bien plus despotique
et pire que Joseph Bonaparte. Poursuivi par ses
idées libérales, il s’enfuit
en France. Selon l’Empereur lui-même,
en mars 1815 “plusieurs Espagnols qui
s’étaient opposés le plus résolument
à mon invasion, qui avaient acquis de la
renommée dans la résistance, m’ont
appelé immédiatement: ils avaient
combattu contre moi, ont-ils dit, comme un tyran;
et à présent ils venaient m’implorer
que je fusse leur libérateur”.
Parmi ceux-là il identifia Mina comme un
de ceux qui sollicitèrent son soutien afin
de détrôner Ferdinand VII. (21)
Dans ces moments
Joseph et ses généraux analysaient
plusieurs options pour faire du rêve américain
de Napoléon une réalité palpable.
Mina rencontra Joseph Bonaparte à Philadelphie
et reçut son soutien économique et
militaire pour son expédition. En partant
vers Galveston, Mina emmenait avec lui deux des
hommes les plus proches du jadis Joseph I: Noboa,
en guise d’agent négociateur avec les
insurgés mexicains, et Jean Arago, vétéran
de l’armée napoléonienne. Les
journaux étasuniens rendirent publics les
projets de Mina faire l’Indépendance
du Royaume du Mexique, raison pour laquelle l’ambassadeur
Onís les plaça sous surveillance.
 |
|
 |
Bonapartistes
et compagnons d’armes:
Le légendaire Amiral
Lord Thomas Cochrane
Comte de Dundonald (1775-1860)
et
le guérillero navarrais
Francisco Xavier Mina
(1789-1817)
projetèrent, avec Joseph
Bonaparte, la libération
de Napoléon et l’offre
du trône d’un Mexique
indépendant et puissant
comme faisant partie du projet
de la Confédération
Napoléonienne,
entre 1815 et 1820. |
|
|
En 1817, Napoléon
avait reçu une communication secrète
de la part de son frère Joseph, qui l’informait
que les insurgés mexicains lui avaient proposé
la couronne du Mexique. Cette nouvelle égaya
l’humeur de l’Empereur dans son exil,
mais celle qu’il devait recevoir quelques
mois plus tard l’encouragea davantage. Selon
Montholon, les patriotes mexicains étendirent
la même offre directement à Napoléon.
“Ils avaient prévu tous les obstacles
qui résultaient de la captivité de
l’Empereur et n’avaient rien oublié
en vue de s’assurer du succès de leur
plan”. (22)
Vers la fin du
mois d’août, Hyde de Neuville, ambassadeur
de Louis XVIII aux États Unis, intercepta
la correspondance qu’impliquait Joseph Bonaparte
dans une vaste conspiration qui visait à
créer la redoutée Confédération
Napoléonienne à partir de l’ouest
du Mississipi. Le plan était le même:
placer Joseph sur le trône du Mexique. Craignant
qu’il ne fût trop tard, le diplomate
exprimait sa frustration: “Je peux essayer
de frustrer les intrigues Napoléoniennes
dans le Nouveau Monde, mais celles ayant rapport
à Sainte-Hélène ne peuvent
être freinées qu’en Europe…
on dit que Napoléon se tient bien mais qu’il
refuse de voir quiconque… Avec un officier
naval, rien ne lui empêcherait de se trouver
dans une latitude accordée d’avance
avec un vaisseau ami procédant d’Amérique…
Où irons-nous si cet homme prodigieux arrive
à un Mexique déjà conquis?”.
(23)
 |
| Lord
Holland (1773–1840),
par François-Xavier
Fabre (1795) |
Homme
politique anglais, neveu de Charles
James Fox, il fut membre du parti
Whig d’opposition dès
1797. Opposé à la
politique
belligène et purement mercantile
de l’Angleterre, il
travailla à l’émancipation
des catholiques et fut partisan
d’une politique de conciliation
avec la France napoléonienne,
souscrivant à la vision
de Lord Byron pour qui la restauration
des Bourbons représentait
« le triomphe de la
mansuétude sur le talent
». Le 3 août
1822, il adressa au Parlement
les paroles suivantes, en évoquant
la mort de l’Empereur: «
Les personnes mêmes
qui détestèrent
ce grand homme ont reconnu que
depuis dix siècles il n’avait
point paru sur la terre un personnage
plus extraordinaire. L’Europe
entière a porté
le deuil du héros; et ceux
qui ont contribué à
ce grand sacrifice sont voués
aux exécrations des générations
présentes aussi bien qu’à
celui de la postérité.
» |
|
|
De ce fait,
Luís de Onís avisa les autorités
vice-royales autant au Mexique qu’à
Cuba, en les prévenant opportunément
de la menace que représentait pour
leurs intérêts cette expédition
de presqu’un millier d’hommes,
dirigée par les généraux
les plus célèbres de Napoléon,
qui étaient prêtes à
envahir le royaume du Mexique avec le soutien
de Joseph Bonaparte, qui espérait
être proclamé roi. (24)
L’intervention
de Mina dans sa campagne pour libérer
le Mexique et son attitude avaient suscité
des questionnements chez les historiographes
académiques puisqu’il avait
exprimé lui-même que “Je
n’aime les Mexicains ni peu ni beaucoup”
(25). Cette phrase
trouve sa raison presque deux siècles
après: Mina luttait pour réaliser
l’Indépendance du Mexique davantage
en vertu de questions idéologiques,
de sa loyauté envers Napoléon
et le grand projet de la Confédération
Napoléonienne de Joseph Bonaparte,
qu’il partageait avec Lord
Holland et Lord Cochrane
depuis l’Angleterre.
On ne sera
pas étonné que des hommes
à Mina comme Juan Davis Bradburn,
James Wilkinson, et la gent de Morelos comme
José Manuel Herrera, fussent parmi
les plus fidèles partisans d’Iturbide,
hommes de sa confiance même après
son abdication. Bradburn serait le lien
de rapprochement entre Iturbide et Guerrero
et finirait par être le conseiller
et le premier aide-de-camp de l’empereur
du Mexique. Wilkinson serait conseiller
d’affaires et de colonisation, proposant
un projet où la Province de Coahuila-Texas
serait peuplée pour la protéger
des incursions étatsuniennes, et
appelée “Provincia de Yturbide”
(26). Don José
Manuel Herrera, rédacteur de la Constitution
d’Apatzingán et lien entre
Morelos et Joseph Bonaparte, serait Ministre
de Relations extérieures de l’Empire,
partisan d’Iturbide jusqu’à
sa mort, et qui prévint à
temps le Libertador (« Libérateur
») sur les ambitions expansionnistes
des Etats Unis, qui, à travers Poinsett,
conditionnaient la reconnaissance du Mexique
et d’Iturbide comme empereur en échange
de la vente ou de la cession des Provinces
du Texas, du Nouveau Mexique et de la Californie.
Lord Cochrane, de son côté,
eut la charge personnelle d’Iturbide
pour libérer San Juan de Ulúa,
ultime réduit espagnol sur le sol
mexicain. Mais la mort du Libertador
empêcha que ce projet se réalisât.
(27)
L’expédition
de Mina échoua à cause de
son imprévision, tout comme l’expédition
bonapartiste de José Álvarez
de Toledo et celle de Mariano Renovales.
La différence de l’échec
avec ces derniers fut très simple:
Toledo et Renovales étaient des agents
infiltrés du gouvernement espagnol.
Ils trahirent même avant Joseph Bonaparte
tout comme ses compagnons contre de l’argent,
et en échange du pardon des Bourbons
espagnols à travers Luis de Onís
lui-même, et Hyde de Neuville. (28)
|
Une fois de plus,
vers la fin de 1818 une nouvelle expédition
commandée par les mêmes se préparait
au Galveston à la requête du général
Lallemand depuis sa position occupée au Champ
d’Asile, dans les marges de la province du
Texas. De là, ils projetaient de débarquer
à Tampico, en suivant la même route
que son compagnon Francisco Xavier Mina. Onís
ne chômait pas en matière d’envoi
de dépêches diplomatiques, convaincu
que le véritable auteur de tout ceci n’était
autre que Napoléon lui-même, et il
ne se trompait pas. De Sainte-Hélène,
tantôt à travers des messages chiffrés
qui étaient publiés dans de journaux
comme l’Anti-Gallican à Londres,
tantôt par le biais de dépêches
via des envoyés ou des admirateurs qui s’approchaient
de l’île, parmi lesquels les anglais
abondaient, l’Empereur entretenait un réseau
de communications qui lui rendait tout aussi facile
d’émettre des messages que de les recevoir,
avec les nouvelles de diverses parties du monde.
En 1819, plusieurs
journaux londoniens annonçaient qu’aux
forces du général Lallemand au Mexique
s’ajouteraient bientôt celles du légendaire
et libéral Lord Cochrane, l’Amiral
qui peu après devait aussi consolider l’indépendance
de l’Amérique du Sud dans sa campagne
libératrice par voie de mer. On parlait ouvertement
également de ce que les insurgés mexicains
avaient signé un pacte d’union avec
les forces napoléoniennes du Champ d’Asile
pour offrir la couronne du Mexique à Joseph
Bonaparte. (29)
En 1820, Napoléon
perdait déjà l’espoir de son
grand projet au Mexique et se contentait de lire
Pradt. Les plans de son frère et du général
Lallemand avaient été frustrés
de nouveau à cause d’une nouvelle intervention
de l’ambassadeur espagnol aux Etats Unis.
Grâce à la signature du Traité
Adams-Onís, l’Espagne vendait la Floride
aux Etats Unis et s’alliait avec ce pays afin
d’empêcher que cette république
ne soutint les insurgés.
“Bonaparte
en Europe et Iturbide en Amérique,
sont les deux hommes les plus prodigieux,
chacun dans son genre, que présente l’histoire
moderne”.
Simon Bolivar.
 |
L’Empire
du Mexique sous le règne
de l’empereur Augustin I
Suite à l’écroulement
de l’Empire, le pays, divisé
en factions et en partis antagonistes,
s’engouffra dans un chaos dont il
ne se relèvera plus. Négligé
et mal entretenu, le territoire immense
de l’empire se verrait drastiquement
modifié suite aux invasions étasuniennes,
en 1836 et en 1846-1847, lorsque le Mexique,
agressé à ses frontières
et déchiré dans son sein
par les intérêts de partis
et les guerres intestines, fut vendu,
humillié et amputé à
tout jamais. |
|
À la fin
de l’année 1820, contrairement à
l’Amérique du Sud, la cause de l’indépendance
mexicaine paraissait complètement perdue
d’un côté comme de l’autre
de la mer. Napoléon avait déjà
renoncé à ses projets en partie à
cause de l’état délicat de sa
santé, et en partie parce qu’il espérait
qu’avec se mort prochaine, son fils, le
petit Napoléon, occupât le trône
de France. Au Mexique la plupart des insurgés
s’étaient accommodés à
la grâce vice royale et le pays était
pacifié. Mais alors auront lieu une série
d’évènements inattendus; une
émeute militaire en Espagne oblige Ferdinand
VII à rétablir la Constitution de
Cadix, mais cette-fois déjà avec un
radical contenu libéral. La nouvelle fut
accueillie au Mexique avec des sentiments opposés.
Les commerçants espagnols de Veracruz et
les franc-maçons le soutinrent, mais en général
la population vit d’un mauvais œil la
constitution à cause de son anticléricalisme
radical, tout comme de par son inégalité
raciale et sociale marquée.
Malgré la
fatigue apparente du pays, malgré la conduite
humaine et politique du vice-roi d’Apodaca,
l’idée de l’Indépendance
s’était généralisée
encore plus. Dans la masse du peuple, elle était
un instinct; chez les hommes cultivés elle
était déjà un droit, et par
conséquent, ils jugeaient un devoir de soutenir
la nationalité de leur patrie. Ce fut ainsi
que, dans l’enceinte du temple de Profesa,
dans la capitale de la vice-royauté, un plan
fut forgé dans le but de rendre le Mexique
indépendant en le maintenant sous la forme
d’une monarchie loyale à Ferdinand
VII. On avait besoin d’un militaire de prestige
pour diriger le mouvement, et l’on pensa à
un homme: Don Agustín de Iturbide.
Les plans d’Indépendance
étaient déjà anciens chez lui:
comme la plupart des créoles, il était
d’accord pour l’atteindre depuis le
temps où il était un colonel royaliste.
Hidalgo lui-même, qui était son parent
y connaissait sa valeur, lui conféra lorsqu’il
était encore très jeune le bandeau
de lieutenant général, distinction
qu’il refusa car il n’était pas
d’accord avec le manque de plans et désapprouvait
les méthodes des premiers insurgés
qu’il combattit. La désolation, la
guerre raciale, les meurtres et le pillage furent
les seuls résultats visibles de la première
insurrection. Ceci explique pourquoi une grande
quantité de partisans de l’indépendance
lui retirèrent leur soutien et ont préféré
soutenir le vice-roi face au danger que supposait
pour leurs vies, pour leur honneur et pour leur
propriétés, le pas d’une foule
sans tête (30). Néanmoins,
ce serait lors l’héroïque assaut
du fort du Cóporo, en 1814, qu’Iturbide
confiera au général Vicente Filisola
son idée de réussir l’Indépendance
sans verser du sang, en réunissant sous un
même pavillon et les royalistes et les insurgés.
 |
| À
gauche,
pavillons et drapeaux
de compagnie et de bataillon napoléoniens,
modèles qui inspirèrent
sans doute Iturbide dans l’élaboration
du drapeau national mexicain. |
|
|
A l’instar
de Napoléon, Iturbide, dans sa condition
de général invaincu dans les luttes
contre l’anarchie et le brigandage, offrait
non seulement la garantie d’une émancipation
couronnée par le triomphe mais aussi une
indépendance consommée dans l’ordre
et dans le respect de la vie et des possessions
de tous les Mexicains “en vertu de l’honneur
qu’il savait imprimer dans tous et chacun
de ses actes”, selon le référa
Vicente Guerrero lui-même en expliquant la
raison pour laquelle il s’assujettit à
son commandement et le reconnut comme Chef, Libérateur
et Empereur. Abad y Queipo lui-même, visionnaire
comme toujours, prédisait au vice-roi Calleja
quelques années avant 1821 que le seul homme
capable de faire l’Indépendance du
Mexique était Iturbide: “ne vous étonnez
pas qu’avec le temps il réalise la
liberté de sa patrie”. (31)
Iturbide se présenta
à la réunion de la Profesa, mais seulement
pour se convaincre que la réaction anticonstitutionnelle
provoquerait une nouvelle et encore plus sanglante
guerre civile parmi ses compatriotes. La conspiration
tomberait à l’eau bientôt, mais
Iturbide prît son nouveau commandement comme
Général des Armées du Sud avec
un plan conçu par lui-même, destiné
à rendre le Mexique indépendant de
l’Espagne. Le mérite du grand génie
iturbidiste consista dans le fait de savoir amalgamer
les clameurs de la Patrie sans un esprit sectaire
ou de faction dans un plan moderne, réalisable,
conciliateur et pacifique pour tous; fondé
sur les idées suivantes: L’Indépendance
absolue de l’Espagne, l’établissement
d’un nouvel empire souverain, la vigueur d’un
ordre constitutionnel moderne propre et caractéristique
qui établît les limites au pouvoir
et garantît les droits de l’homme, la
protection de la Religion Catholique avec les droits
de l’Eglise, l’Union de tous les habitants
du nouvel empire et la plus absolue égalité
juridique entre ses habitants, sans importer leur
origine ethnique, économique ou sociale:
créoles, espagnols, métisses, indiens,
castes, nègres et asiatiques.
Le
plus remarquable de ce plan était sa
signification politique, puisque, loin de
s’écarter de la voie constitutionnelle,
ou de la refuser, il exigeait une Constitution
propre. En outre, Iturbide conçut lui-même
un projet politiquement viable et admirable
qui conjuguait toutes les volontés
et répondait aux aspirations générales
de paix, avec une vision idéologique
qui plongeait dans l’admiration les
polémistes mexicains de son temps:
“En lisant Pradt, qui s’est vendu
très bien en paragraphes à Puebla,
on constatera que le sérénissime
sieur Iturbide sût profiter de sa lecture
et de celle d’autres de sa stature,
du temps, et de l’ordre des choses ;
aussi est-il digne des plus grands éloges”
(32).
Le Libérateur
du Mexique déploya une habile campagne
diplomatique et épistolaire qui, dans
un laps de six mois, et sans versement de
sang, obtint ce que dix ans de guerre civile
désastreuse n’avaient réalisé.
Le Plan d’Iguala était
à ce point bien réalisé,
qu’il réussit l’adhésion
pratiquement de tous les commandements et
de toutes les troupes royalistes et insurgées
avec lesquels Iturbide, qui accepta le titre
de Premier Chef, forma l’Armée
Impériale des Trois Garanties,
donnant ainsi naissance à l’Armée
Mexicaine.
Le 24 février
1821 un drapeau tricolore conçu par
Iturbide, très similaire aux drapeaux
napoléoniens, (incarnant les couleurs
blanc, vert et rouge, avec une modification
ultérieure dans l’ordre plus
l’inclusion de l’aigle impérial
mexicain) pourvu de trois franges en diagonale
et d’une étoile de six branches
dans chacune d’elles, ondoya, représentant
depuis lors les Trois Garanties consacrées
dans le Plan d’Iguala, principes qui
furent jurés ce jour-là, et
sur lesquels était fondé le
nouveau pays: Le vert est l’Indépendance,
le blanc, la pureté de la Religion
Catholique, et le rouge, l’Union
de tous; insurgés et royalistes, Mexicains
et Espagnols, blancs, diverses castes et indiens.
|
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| Acte
d’Indépendance de l’Empire
du Mexique |
|
|
Les arguments pour
justifier l’Indépendance furent établis
par Iturbide dans des termes très conciliateurs,
et qui révèlent un bagage philosophique
propre ainsi que l’influence de Napoléon
et de Pradt: “Les nations qui se disent
grandes dans l’extension du globe, furent
dominées par d’autres; et jusqu’à
ce que leur lumières ne leur permirent de
fixer leur propre opinion, elles ne s’émancipèrent
point… [mais une fois] les populations
et leurs lumières accrues,… [surmontés]
les dommages que génère la distance
du centre de leur unité, et que déjà
la branche est égale au tronc, l’opinion
publique et l’opinion générale
de tous les peuples est celle de l’Indépendance
absolue de l’Espagne et de toute autre nation”
(33).
 |
|
 |
| Juan
O’Donojú (1762
-1821), dernier vice-roi de la
Nouvelle Espagne, signe les Traités
de Cordoue avec le Premier Chef
de l’Armée Impériale
des Trois Garanties:
Augustin d’Iturbide. |
|
|
Lorsqu’en
août 1821 le nouveau vice-roi Juan de O’Donojú
débarqua à Veracruz, il accepta le
fait consommé et signa avec Iturbide les
Traités de Cordoue, qui reconnaissaient l’Indépendance.
Le 27 septembre
fut le jour le plus heureux et glorieux dans l’histoire
nationale du Mexique. L’armée Trigarante
fit son entrée triomphale dans la capitale
au milieu de la joie de la population, et le 28
septembre l’Acte d’Indépendance
de l’Empire Mexicain fut, finalement,
proclamé formellement. Ce fut ainsi que le
pronostic de Humboldt, le rêve de Napoléon
et le souhait de Pradt devenaient une réalité:
Un empire, l’Empire Mexicain, établirait
ses limites depuis l’Orégon, le Mississipi
et les Antilles jusqu’au Panama. Trois ans
plus tard, dans ses mémoires, le Libérateur
du Mexique se rappelait encore avec fierté:
“Six mois suffirent pour défaire
le nœud serré qui reliait les deux mondes.
Sans sang, sans incendies, sans vols ni déprédations,
sans malheurs et pour une fois sans pleurs et sans
deuils, ma patrie fut libre et transformée
de colonie en grand empire” (34).
 |
|
 |
| Entrée
pacífique et festive d’Iturbide
avec l’Armée Trigarante
dans la capitale le 27
Septembre 1821: Jour de l’Indépendance
de l’Empire Mexicain. |
|
|
Le fait que le Mexique
se construisît comme un empire doit être
souligné. Le système de gouvernement
prévu et accepté de tous fut la Monarchie
Constitutionnelle, mais le monarque acquît
le titre d’Empereur de la même manière
que cela se produisit au Brésil. Les énormes
dimensions du territoire étaient un argument
valide pour justifier la dénomination ainsi
que l’indubitable influence de Napoléon
le Grand qui, en 1804, établit et éleva
la Nation Française au rang d’un Empire
monarchique constitutionnel. De son initiative des
possibilités s’ouvrirent qui permirent
d’établir des empires nationaux tout
au long du monde occidental. Finalement, l’État
major de la région du royaume du Guatemala
déclara son indépendance et manifesta
sa volonté de s’intégrer à
l’Empire Mexicain naissant, le 2 janvier 1822,
avec l’incorporation du Guatemala, le Nicaragua,
l’Honduras, le Costa Rica et El Salvador.
Dans les plans
à Iturbide l’incorporation de Cuba,
Puerto Rico et Saint-Domingue est même envisagée,
dans le but de construire un empire immense de quatre
millions de kilomètres carrés, qui
serait le maître du Golfe du Mexique et de
la mer Caraïbe, à quoi s’ajouterait
une très vaste côte dans le Pacifique,
qui s’étendrait du nord de la Californie
jusqu’au Panama. Avec une grande vision, Iturbide
entretint une communication constante avec ces provinces
afin de fortifier une union qui paralysât
le démembrement et mît fin à
l’expansionnisme étasunien, déjà
manifeste.
Les
premiers rapports reçus aux États
Unis sur l’Indépendance du Mexique
et son auteur furent transmis fidèlement
au Secrétaire d’Etat par l’agent
extraordinaire James Smith Wilcox. Malgré
qu’il était un agent au service
de son gouvernement, Wilcox s’obstina
à narrer en tant que témoin
oculaire la situation qui était vécue
dans l’Empire sans préjugés
ni contre-vérités (ce que ne
feraient pas ceux qui le succéderaient
dans cette tâche) afin que son pays
reconnût immédiatement le Gouvernement
du Mexique: “Monsieur, l’amour
envers mon pays, source de chaque sentiment
noble et de toute action généreuse,
m’induisent à me mettre en contact
avec vous, pour informer le Président,
et en tenant en compte le bénéfice
qui peut en résulter pour le gouvernement
et pour les citoyens des Etats Unis, des nouvelles
suivantes, circonstancielles et exactes de
l’heureuse rébellion qui s’est
développée dernièrement
dans ce royaume de la Nouvelle Espagne qui,
avec la bénédiction de Dieu,
s’est terminée dans la plus complète
et absolue émancipation grâce
à l’intrépidité,
le courage et l’effort de son chef patriotique,
le général don Agustín
de Iturbide” (35).
Dans sa qualité de témoin oculaire
des faits qui par ailleurs rencontra le premier
Ministre de Relations extérieures du
Mexique, Wilcox se montre ému dans
son rapport; en faisant l’éloge
de la manière pacifique et patriotique
du mouvement il va même jusqu’à
proclamer, à la surprise de ses chefs:
“Plus mon admiration croît plus
je me sens tenté d’exclamer que
l’Amérique a produit deux des
plus grands héros qui ont existé:
Washington et Iturbide” (36). |
 |
| Allégorie
du couronnement de S.M.I.
l’Empereur Augustin I,
célébré à
la Cathédrale de Mexico le
21 juillet 1822. |
|
|
Après un
si grand éloge pour la gloire du Mexique,
et pour la crainte des Etats Unis, Wilcox réfère
la joie du peuple mexicain par rapport à
son Libérateur et la réticence de
ce dernier pour accepter la couronne qui, depuis
le départ déjà, on lui proposait.
Il termine son rapport avec l’annexe d’une
copie traduite à l’anglais des Traités
de Cordoue où se scellait l’Indépendance
du Mexique.
Nous devons ajouter
à ce qui précède que face au
concept de noblesse propre de l’Ancien Régime,
Iturbide établit la primauté d’une
nouvelle noblesse reconnue non sur la base de l’hérédité,
mais en vertu du mérite et de la vertu personnelle.
Pour cela, le 21 février 1822, il institua
la Nacional y Distinguida Orden Imperial
de Nuestra Señora de Guadalupe,
distinction avec laquelle l’identité
nationale était réaffirmée
et l’on accomplissait l’esprit de la
justice, en conférant la due reconnaissance
et en récompensant la valeur individuelle
des Mexicains.
 |
 |
| Augustin
I fut proclamé empereur
dans la nuit du 18 mai 1822, même
jour de la proclamation impériale
de Napoléon le Grand. Comme lui,
le Libérateur du Mexique bénéficiait
de trois légitimités
irréfutables: Constitutionnelle,
Pontificale, et Populaire.
Sur nos images nous voyons Napoléon
I lors de son couronnement comme
Roi d’Italie, par Appiani; à
droite, Augustin I en
manteau impérial. Dans ce tableau
comme dans tant d’autres de facture
mexicaine nous observons l’évidente
influence napoléonienne dans l’inspiration
des artistes de l’époque. |
|
La geste libératrice
s’achèverait une nuit de mai 1822:
lorsqu’on apprit que les Cortès espagnoles
ne reconnaissaient pas l’Indépendance
du Mexique en réfutant les Traités
de Cordoue et face au mépris de Ferdinand
VII. A ceci s’ajoutait l’interdiction
que ce monarque fît à ses parents d’accepter
la couronne mexicaine, tandis que Metternich étendait
la même proscription à la Maison d’Autriche;
l’histoire fît alors un tour juste et
insoupçonné. Le peuple et l’armée,
unis comme ils ne devaient plus jamais l’être
par la suite, affluèrent au Palais d’Iturbide
dans la nuit du 18 mai en répétant
le même cri que les foules avaient clamé
à Puebla depuis le 2 août 1821: “Vive
Augustin Premier, Empereur du Mexique”.
Le Congrès
se réunit pour délibérer, et
par voix de majorité nomma le Libérateur
premier Empereur Constitutionnel du Mexique. Quelques
jours plus tard, la décision serait ratifiée,
cette fois à l’unanimité.
Ce sera le 21 juillet 1822, au milieu du faste et
de l’enjouement d’une nation reconnaissante,
qu’il sera couronné sous le titre d’Augustin
Premier, par la Divine Providence, Empereur Constitutionnel
du Mexique. Iturbide, tout comme Napoléon,
n’eût jamais le souhait personnel ni
le besoin de ceindre la couronne de l’Empire
Mexicain; il la refusa depuis toujours. Nonobstant,
celle-ci lui fut imposée par le peuple en
vertu de la même raison que Francisco Bulnes
sied avec tant d’autres historiens nationaux
et étrangers: “Iturbide fut empereur
par la volonté unanime du peuple… Il
était l’orgueil national devenu chair”.
(37)
Les paroles qu’Iturbide
prononcera dans sa célèbre harangue
civique du 27 septembre 1821 acquéraient
un sens encore plus grand au moment de son couronnement.
Elles étaient une espérance mais au
même temps un avertissement, dans le plus
pur style des adieux de Fontainebleu: “Mexicains:
vous êtes déjà en situation
de saluer la Patrie Indépendante, ainsi que
je vous l’annonçai à Iguala…
Vous savez à présent le moyen d’être
libres; c’est à vous de choisir d’être
heureux”.
| ÉPILOGUE
ANECDOTIQUE: L’HÉRITAGE
VIVANT |
|
“Nous devons
obéir à notre destinée;
tout est écrit dans les cieux”.
Napoléon.
 |
|
 |
| Armoiries
de l’Empire
Français
(1804), précédant
celles de l’Imperio
Mexicano (1821). |
|
|
La voix terrible
qui résonna à Dolorès, comme
l’évoqua Lucas Alamán, fut éteinte
par le cri noble du génie qui proclama la
véritable Liberté à Iguala:
Iturbide, en suivant Napoléon comme l’esprit
dominant de son temps, garantît l’égalité
de tous les Mexicains sous la Loi, il supprima l’esclavage
et l’inégalité raciale, il établit
une division de pouvoirs lorsqu’il pût
facilement retenir le pouvoir en sa personne, il
installa les bases d’une démocratie
à travers le plébiscite ou la consulte
interne aux provinces lorsque celles-ci n’avaient
jamais été tenues en compte, il proposa
un système électoral adroit pour ces
dernières en seyant les bases que seul l’esprit
de faction postérieur à sa mort ont
refusé de voir au Mexique, contrairement
à l’étranger. En outre, il instaura
une Monarchie constitutionnelle modérée,
en devançant dans cet aspect et dans tout
ce qui précède l’Europe et l’Espagne
elle-même, qui se targuait d’être
libérale.
Lorenzo de Zavala
rend justice en indiquant que le vœu d’Iturbide,
tout comme celui de Bolivar: “fut de se
proposer comme modèle l’homme extraordinaire
qui venait de disparaître à Sainte-Hélène”
(38). S’il est un homme
au Mexique qui fut capable de concevoir et de réaliser
une politique en accord avec le moment historique
et les intérêts légitimes des
peuples hispano-américains, celui-là
fut le Héros d’Iguala. Il arrive à
William Spence Robertson, qui en bon étasunien
n’est pas précisément un apologiste
du Libérateur-Empereur du Mexique, d’avouer
que ce dernier bénéficie de titres
qui lui permettent d’occuper une place parmi
les hommes les plus remarquables de son époque,
et le range à la hauteur d’une galaxie
de ses contemporains: John Quincy Adams, James Monroe,
Metternich, Simon Bolivar, George Canning, José
de San Martín, Chateaubriand, le Tzar Alexandre
I et, bien entendu, Napoléon lui-même.
(39)
 |
|
 |
| Fraternisation
de l’époque entre le Mexique
et la France: Augustin
I Libérateur, et Napoléon
I le Grand dans son cabinet
de travail, par Jacques-Louis David. |
|
Son emploi de la
diplomatie à travers sa personne ou même
via la parole écrite demeure merveilleusement
sis dans ses Trois Garanties, dans l’élaboration
du Plan d’Iguala et dans la signature des
Traités de Cordoue, à tel point qu’ils
éveillèrent l’admiration parmi
les hommes de son temps. Sans doute auraient-ils
émerveillé et réjoui Napoléon
à Sainte-Hélène autant que
les historiens académiques d’aujourd’hui.
(40)
On a voulu comparer
Napoléon à Louis XIV ainsi qu’Iturbide
à Napoléon afin de diminuer du mérite
à tous les deux. Cependant, une telle comparaison,
loin de diminuer la gloire de l’un et de l’autre,
contribue en réalité à leur
donner un plus grand éclat. Napoléon
et Iturbide ont crée à partir du néant:
ils forgèrent un ordre nouveau, ils créèrent
des institutions et un système propre sans
l’hériter de personne, ils construisirent
sur les ruines, édifièrent sur des
décombres et éteignirent les cendres
qui brûlaient encore, en imprimant leur gloire
et leur cachet personnel autant dans l’œuvre
de leur mains comme sur ceux qui ont collaboré
à l’érection de celle-ci.
À cause de
ceci, les Etats Unis, contrairement à l’Angleterre
et au reste de l’Amérique, ne célébrèrent
pas l’œuvre et le génie du Libérateur
du Mexique: ils la virent avec crainte et mésestime.
Iturbide leur rappelait Napoléon dans tous
les sens, selon ce qui découle des conversations
entre Thomas Jefferson et le Président James
Monroe, car ils savaient qu’un tel homme,
soit comme Premier Chef, comme Régent ou
comme Empereur, serait non seulement un obstacle
pour les plans expansionnistes qu’ils ourdissaient
sur le Mexique et Cuba, il leur apparaissait également
comme une menace pour leur intégrité
territoriale et leur système de gouvernement.
(41)
L’Empire
Napoléonien, et ce qui plus est, l’ère
Napoléonienne, fut l’ère des
gestes libératrices. Aussi, il refléta
la lutte acharnée entre la permanence de
ce qu’il y avait de pire dans le système
féodal européen et les meilleurs idéaux
des Lumières. L’Ancien Régime
prévalut sur l’homme qui eut le courage
de l’effacer, mais sa victoire fut éphémère:
même du loin d’un rocher qui fut sa
prison et son échafaud, même après
sa mort, l’esprit visionnaire d’un seul
homme avait triomphé en vérité,
car il avait blessé de mort le despotisme
et la tyrannie, en signalant le chemin à
suivre pour les peuples. La Liberté ne put
être effacée. Même dans l’exil,
Napoléon était convaincu qu’après
son trépas les idéaux démocratiques
de la Révolution française triompheraient
et que son nom serait le symbole même de la
lutte pour les droits de l’homme. Ceux qui
furent ses vainqueurs n’empêchèrent
pas la propagation de ses idées et de son
souvenir; ceux qui le suivirent, autant dans le
Vieux que dans le Nouveau Mondes, adoptèrent
ses institutions, ses symboles, et en embrassèrent
l’esprit même après que le soleil
se fût couché sur Sainte-Hélène,
puisqu’ils étaient la meilleure garantie
de l’ordre, de la paix et du progrès,
même de nos jours.

NOTES:
1) Louis Napoléon
III, Idées Napoléoniennes.
2) Quand le peuple français a proclamé
Napoléon empereur, la France était
si lasse des désordres et des changements
continuels que la majorité n’a pas
hésité à investir celui qui
était à la tête de l’État
de la dignité du pouvoir héréditaire.
Napoléon n’avait aucune raison pour
en avoir l’ambition. De même que l’opinion
a d’abord souhaité réduire le
pouvoir exécutif, lorsqu’elle le considérait
hostile, de même a-t-elle demandé à
l’augmenter, lorsqu’elle a constaté,
avec satisfaction, que le pouvoir exécutif
était, dans ce cas, tutélaire et réparateur.
3) Une fois mis en place, le système a très
bien marché dans des pays comme l’Italie
et la Suisse, mais a été un échec
en Espagne.
4) Guadalupe Jiménez Codinach, México:
su tiempo de nacer (1750-1821), México,
Fondo Editorial Banamex, 2001, pp. 33-5.
5) David Brading, Auge y ocaso del Imperio español,
México, Editorial Clío, 1995, p. 12.
6) Lors du sacre de Napoléon (événement
qui est suivi par Simon Bolivar), l’abbé
est maître de cérémonies. À
cette occasion, Napoléon donna à son
aumônier le titre de Baron de l’Empire
avec une pension de 50 mille francs. Deux mois plus
tard, il le fit nommer évêque de Poitiers.
En 1805, Pradt accompagna l’Empereur en Italie
et officia à Milan la messe au cours de laquelle
Napoléon a été couronné
roi de ce pays.
7) Montesquieu, Del espíritu de las leyes,
México, Porrúa, p. 250.
8) Guadalupe Jiménez Codinach, México
en 1821: el abate Pradt y el Plan de Iguala,
México, Ediciones Caballito / Universidad
Iberoamericana, 1984, pp. 70-71.
9) Dans cette phrase, en particulier, Pradt ne fait
que citer directement le grand homme exilé
à Sainte-Hélène, lorsqu’il
dit: « S’il y a pire que la tyrannie
d’un seul homme, c’est la tyrannie de
plusieurs hommes ».
10) Fray Servando Teresa de Mier, prologue
et notes d’Edmundo O’Gorman, México,
UNAM, 1945, p. XXXVIII.
11) Instrucciones Catequistas de la Doctrina
Cristiana. R.P. Fr Antonio de Jesús María,
Definidor general, Misionero Apostólico,
y Escritor general en su Religión de Trinitarios
Descalzos. Madrid: Imprenta de Repullés,
Plazuela del Angel. 1818. pp 110 y 111.
12) Luis Ruora Aulinas. El drama de los afrancesados.
¿Patriotas o traidores? Clío,
2007.pp 67-72.
13) Mariano Cuevas. Historia de la Nación
Mexicana. Editorial Porrúa, 1987, p
391.
14) Cuevas, Ibidem, p. 395. Observons qu’au
delà de son sens premier, le vocable “gato”
(chat) est employé dans la langue colloquiale
mexicaine pour désigner les domestiques.
NdT.
15) Jacques Houdaille Gaëtan Souchet D’Alvimart:
The alleged envoy of Napoleon to Mexico, 1807-1809.
The Americas, Vol. 16, No. 2 (Oct., 1959), pp. 109-131.
16) Le Moniteur Universel, París,
diciembre 14, 1809.
17) Carlos Alvear Acevedo. Historia de México.
Editorial Jus. 1994, pp. 209-211.
18) Causa instruida contra el Generalísimo
D. Ignacio de Allende y Unzaga, 10 de mayo-29 de
junio de 1811. Documentos históricos
mexicanos, Colección Genaro García,
INHERM, V: 60-61.
19) Luís Ruora Aulinas, op cit, p. 71.
20) “La Confédération Napoléonienne.
El Desempeño de los conspiradores militares
y las sociedades secretas en la Independencia de
México” Guadalupe Jiménez
Codinach en La revolución de independencia.
Lecturas de historia mexicana. (Compilación
de Virginia Guerrea). México: El Colegio
de México, 1995, pp. 130-155.
21) Barry O’Meara, A Voice Of Saint Helena,
Vol. I, p. 211. London, 4th Edition, 1822.
22) Montholon. History of the Captivity,
Vol II. , pp. 471-472.
23) Emilio Ocampo, La última campaña
del Emperador, Editorial Claridad, Buenos Aires,
2007. páginas 198 y 199.
24) Archivo General de Indias; Estado, 31 (50).
25) Cuevas, op cit, p. 473.
26) Herbert E. Bolton. General James Wilkinson
as Advisor to Emperor Iturbide. The Hispanic
American Historical Review, Vol. 1, No. 2 (May,
1918), pp. 163-180.
27) Rafael Heliodoro Valle. Iturbide: Varón
de Dios. Artes de México, No. 146, año
XVIII, 1971, p. 95.
28) Parte de virrey Apodaca, Conde de Venadito,
sobre la situación de las Provincias Internas
y proyectos de extranjeros contra ellas. 1819.
Archivo General de Indias, Estado, 33(34).
29) La última campaña del Emperador,
p. 343.
30) Enrique Sada Sandoval. Iturbide: ¿Libertador
de México? Acequias. Universidad Iberoamericana.
México. Año 5, Otoño 2001,
No. 17, pp. 56-57.
31) De cette référence d’Abad
y Queipo avec Calleja, on dit de ce dernier qu’une
fois embarqué à Veracruz en destination
de Cadix, on l’entendit dire que “le
seul capable de mener à bout l’Indépendance
de la Nouvelle Espagne était le colonel Iturbide”.
Et quelques années après, lorsqu’il
sût qu’Iturbide dirigeait le mouvement
libérateur, il estima perdue la cause du
roi. Mariano Cuevas. El Libertador: Documentos
selectos de Don Agustín de Iturbide.
Editorial Patria, México, 1947, p. 25.
32) Fray Juan de Quatemoctzin Rosillo de Mier, Manifiesto
sobre la inutilidad de los provinciales de las religiones
en América, Puebla, Imprenta de D. Pedro
de la Rosa, 1821.
33) Jaime del Arenal Fenochio. Agustín
de Iturbide. Colección: Grandes protagonistas
de la Historia Mexicana. Editorial Planeta DeAgostini.
México. 2002, p. 77.
34) S.M.I. Don Agustín I de Iturbide.
A statement of some of the principal events in the
public life of Agustín de Iturbide, written
by himself. With a preface by the translator,
and an appendix of documents. London: John Murray,
Albermarle-Street. MDCCCXXIV, pp. 17 y 18.
35) James Smith Wilcox to the Secretary of State
of the United States of America, Mexico, October
25, 1821. American State Papers, Index
to Foreign Relations, Vol. VI.
36) Ibidem.
37) Enrique Sada Sandoval., op cit, p 58.
38) Enrique González Pedrero. País
de un solo hombre: El México de Santa Anna.
Vol. I: La Ronda de los contrarios. Fondo de Cultura
Económica, México, 1993, p. 167.
39) William Spence Robertson. Iturbide of Mexico.
Durham, N.C. Duke University Press, 1952, p. 314.
40) Entre estos figuran Timothy E. Anna, Brian Hamnett,
Nettie Lee Benson, Jaime del Arenal Fenochio, Guadalupe
Jiménez Codinach y Juan Balansó, entre
muchos otros.
41) Pour cette raison même, ils se réservaient
la tutelle du continent américain comme un
clos de leur exclusivité, conspirant au Mexique
contre l’Empereur ainsi qu’ils l’avaient
fait préalablement en Argentine et au Chili
contre le Libérateur José de San Martín;
tout comme ils le feraient avec Bolivar: l’autre
grand Libérateur, admirateur d’Iturbide
et émule de Napoléon, qu’ils
mèneraient à sa mort, non sans lui
faire témoigner de la mort en vie de sa gloire:
la Grande Colombie.