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Texto en castellano.
NAPOLÉON ET LA RELIGION
Text in English.
« Nulle société ne peut exister sans morale. Il n’y a pas de bonne morale sans religion. Il n’y a donc que la religion qui donne à l’Etat un appui ferme et durable. Une société sans religion est comme un vaisseau sans boussole »
Napoléon I.
 
Bonaparte restaurateur des cultes
Représentants des différentes religions se prosternent devant Dieu et remercient le Premier Consul de leur avoir rendu le libre exercice de leur culte. Estampe populaire.
Par
Lauréate de lAcadémie française et des Arts et des Lettres de France
P
résident du Comité Historique de
l’Institut Napoléonien Mexique-France
Sra. Renée Casin
Institut Napoléonien Mexique-France ©
Notes et commentaires établis par l’INMF, avec l’aimable approbation de Mme. Casin.
Cette page est disponible au public de manière gratuite et peut être reproduite à des fins non lucratives, pourvu qu’elle ne soit pas mutilée et que sa source intégrale soit citée, ainsi que son adresse électronique. Autrement, une autorisation préalable et par écrit de notre institution est nécessaire.
Napoléon avait fait sa Première Communion à Brienne; il garda une particulière reconnaissance au Père Charles Patrault qui l’avait préparé à ce grand acte. En allant prendre le commandement de l’Armée d’Italie, le Général Bonaparte croirait manquer à son devoir s’il ne le faisait appeler au relais pour lui serrer la main. Premier Consul, il lui envoie une pension de mille francs avec une lettre où il lui dit: « je n’ai pas oublié que c’est à votre vertueux exemple et à vos sages leçons que je dois la haute fortune à laquelle je suis arrivé. Sans la religion, il n’y a point de bonheur, point d’avenir possible. Je me recommande à vos prières ». Il dira plus tard d’une voix émue: « Brienne est ma patrie, j’étais heureux alors ».

Lors de la première campagne d’Italie, en 1796, passé le col de Cadibone, il fait une halte dans la première bourgade avec ses officiers. Sur a place, s’élève une église magnifique. A la stupeur de tous, il les quitte et pousse le portail. Pendant de longues minutes, il s’isole, médite, s’imprégnant de l’atmosphère sacrée, que la France venait de mettre à feu et à sang…
Le gouvernement du Directoire lui avait enjoint de « révolutionner » l’Italie. Or, une fois entré à Milan, il convoque les curés de toutes les paroisses pour les rassurer : « Un peuple sans religion est comme un vaisseau sans boussole!... » La pacification des âmes, voilà ce que désire le jeune général de 27ans.

« Aux meurtrières clameurs d’une liberté menteuse, la maison de Dieu est attaquée. La nation française se couvre d’un éternel déshonneur par les crimes les plus atroces [de la Révolution française]. La tête du plus doux des princes [Louis XVI], de ses proches, de ses amis, roule d’en haut dans le sang. Un gouffre de sang innocent est ouvert immense. Anges de la Gaule tremblants, comblez-le avec des montagnes et des collines. Notre Sauveur si pur est détrôné par une chair immonde. Une impitoyable envie de l’Enfer ! Horreur ! Exécration ! Dévastation !
Du sein de la Méditerranée, sort un capitaine illustre qui relève la Croix salutaire et recueille, en ses mains guerrières, les brebis du sceptre.
» – Prophétie attribuée à Saint Césaire d’Arles (vers 470-542), an 540, éd. 1525.

Sautons quelques années. Nous voilà au lendemain de ce qu’il est convenu d’appeler le « Coup d’Etat » des 18 et 19 Brumaire an VIII (9 et 10 novembre 1799). Dès les premiers jours, les églises –transformées en salles de réunions politiques par le Directoire – sont rouvertes ; et les prisons aussi. Il se rend lui-même symboliquement à la fameuse « prison de la Force » à Paris pour libérer les condamnés politiques du Directoire défunt…
En Guyane, croupissaient des centaines de prêtres déportés. Ils vont rentrer en France, ainsi que tous les prêtres « sac-au-dos » émigrés hors de nos frontières, qui lavaient leur linge dans les ruisseaux…

Puis le Premier Consul fit abolir la fameuse « Constitution Civile du Clérgé » qui, depuis 1790-91 obligeait chaque prêtre catholique à prêter serment à l’Etat, au détriment de la fidélité à Rome et prévoyait l’élection des prêtres et des évêques par les citoyens, fussent-ils protestants ou juifs!

Le Pape Pie VI, mort à Valence, prisonnier du Directoire et enterré quasi anonymement dans le cimetière de cette ville, fut transféré solennellement à Rome. Bonaparte appelle à l’union: « Venez à moi, mon gouvernement sera celui de la jeunesse et de l’esprit », écrit-il aux chefs de la rébellion vendéenne. En effet, tout l’Ouest de la France, après le « décret de dépopulation » de la Convention en 1793, avait été systématiquement ravagé. Et les enquêteurs du Premier Consul ont comptabilisé 500 000 morts, dont certains brûlés vifs dans les églises cadenassées, comme dans la commune des « Lucs » en Vendée. Oui, le Général de Gaulle a eu parfaitement raison lorsqu’il écrit: « Napoléon a ramassé la France À LA PETITE CUILLER ».

Massacre des enfants de Petit-Luc (Martyrs de Les Lucs-sur-Boulogne)
Vitrail à l’Église de Saint-Pierre de Les Lucs-sur-Boulogne par Lux Fournier
Le 2 août 1793, la Convention fait publier sur le Moniteur, organe officiel de l’état, le décret suivant: «Il sera envoyé en Vendée des matières combustibles de toutes sortes pour incendier les bois, les taillis et les genêts. Les forêts seront abattues, les repaires des rebelles anéantis, les récoltes coupées et les bestiaux saisis. La race rebelle sera exterminée, la Vendée détruite».
Un deuxième décret du 1er novembre 1793, ajoute que « toute ville qui recevra dans son sein des brigands ou qui ne les aura pas repoussés avec tous les moyens dont elle est capable, sera punie comme une ville rebelle, et en conséquence elle sera rasée. » En inventant des camps de concentration pour les prêtres réfractaires (Rochefort), les camps d’extermination pour les Vendéens (Noirmoutier) et les tanneries de peaux humaines (Pont-de-Cé), le gouvernement de la Convention, à travers ces décrets abominables, signe le début de ce qui constituera le premier génocide de l’ère moderne, préfigurant par l’extermination officielle et systématique du peuple vendéen les holocaustes perpétrés au XXème siècle par des régimes comme le Socialisme National allemand ou le Communisme (plus près de nous, au Mexique, le parallèle avec le drame des Cristeros est évident). A ce sujet, même l’historien juif Israël Eldad dira que «La dernière pierre que l’on arracha à la Bastille servit de première pierre aux chambres à gaz d’Auschwitz», paroles justifiées lorsqu’on sait que la Vendée, comme l’expliquait Gracchus Babeuf, n’était qu’un «laboratoire»; en effet, comme l’a démontré Vladimir Volkoff, l’extermination de la Bretagne et des Bretons était prévue à partir du mois de mai 1794. L’horreur et le crime se déclencheraient notamment avec les 12 Colonnes Mobiles dites «Infernales» du général Turreau, qui détruisent et exterminent méthodiquement la population de la région en janvier 1794. Les crimes et les exactions sont indicibles dans ce «grand cimetière national» décrit par Turreau, d’où il faut, toujours selon ses mots « purger entièrement le sol de la liberté de cette race maudite.» Non moins évocatrices sont les paroles du général François Westermann dans sa description du panorama: «Il n’y a plus de Vendée! Citoyens républicains, elle est morte sous notre sabre libre, avec ses femmes et ses enfants. Je viens de l’enterrer dans les marais de Savenay, suivant les ordres que vous m’avez donnés. J’ai écrasé les enfants sous les pieds de mes chevaux, massacré les femmes qui au moins pour celles là, n’enfanteront plus de brigands. Je n’ai pas un prisonnier à me reprocher. J’ai tout exterminé… Les routes sont semées de cadavres. Il y en a tant que sur plusieurs points, ils font des pyramides».
Pendant Thermidor, le jeune général Bonaparte d’à peine 25 ans avait reçu de la Convention l’ordre de se rendre en Vendée... Refusant avec un grand courage une directive aussi déshonorante que contraire à ses principes, il fut «rayé» des cadres de l’armée par le Comité de Salut Public, puis détenu en péril de passer à la guillotine par insubordination. Après son accession au pouvoir, le Premier Consul, acclamé par la foule vendéenne aux cris de «Vive le roi, vive Bonaparte » (15 Brumaire an VIII ) se consacre à mettre fin à cette «guerre impie» décrétant l’amnistie le 7 nivôse an VIII (28 décembre 1799) et multipliant les mesures d’apaisement: reconstruction de la région, réduction des arriérés fiscaux, livraison de matériel agricole, développement de l’enseignement secondaire et attribution d’un logement aux prêtres, à la charge des communes.
Peau Tannée de Chouan
Exposée au Muséum des Sciences Naturelles de Nantes

En 2003, une grande manifestation eut pour but – sans succès – de retirer cette pièce de l’exposition publique, ainsi que d’obtenir de l’Etat français qu’il reconnaisse officiellement le génocide des catholiques vendéens et bretons. En effet, douloureux épisode qui assombrit le cœur même du mythe fondateur de la République française, l’État n’a jamais voulu reconnaître l’hécatombe, fait acte de repentance, ni versé des dommages et intérêts aux ayants droits des victimes de cet effroyable holocauste.
Ultérieurement, l’Empereur Napoléon indemnisera les populations de la Vendée, ce «peuple de géants», en exemptant les localités d’impôts pendant 15 ans à partir de 1808. Cette même année, l’abbé Boursier, curé de Mouchamps, déclarera: «comme Siméon, ayant vu le rédempteur d’Israël, je puis mourir content, j’ai vu le pacificateur de la Vendée».

Les négociations avec Rome pour signer le CONCORDAT de 1801 (1) seront longues et délicates. Quelle joie sans mélange pour les Parisiens – alors que nos cathédrales avaient été « décrétées de démolition » et sauvés par d’héroïques citoyens, comme les marbres de Saint-Denis – d’entendre le bourdon de Notre-Dame le 9 avril 1802 pour un TE DEUM solennel en présence du Premier Consul et des plus hautes autorités de l’Etat. Les échos ne s’entendaient-ils pas à des dizaines de kilomètres à la ronde? En ce lieu même où des saturnales célébraient la « déesse Raison » figurée sur le maître-autel par une danseuse de l’Opéra, Bonaparte dut rappeler à l’ordre des membres de son entourage!

L’Eglise renonce définitivement à ses terres, vendues comme «biens nationaux» et, en compensation, le clergé sera payé par l’État. La Vendée est pacifiée. Et les paysans français en resteront légitimement reconnaissants à Napoléon. Les mêmes accords seront signés avec les protestants. Et le Premier Consul – puis l’Empereur – et son épouse Joséphine de Beauharnais, qui assistent à la messe chaque dimanche dans la chapelle restaurée des Tuileries, qu’en est-il de sa foi?
– «Vous ne croyez pas en Dieu!» s’exclame t-il parfois, lassé, à la fin d’une discussion.

Marie-Thérèse Davoux, surnommée Mademoiselle Maillard (1766-1856)

Imaginant un culte laïc incarné par la « déesse Raison », les révolutionnaires transforment les églises et cathédrales, lorsqu’ils ne les avaient pas rasées, en temples païens. La Convention Nationale avait officiellement succédé à l’Assemblée Législative le 21 septembre 1792. Pierre-Gaspard Chaumette, surnommé « Anaxagoras » (1763-1794), violent antichrétien, procureur-syndic de la Commune insurrectionnelle de Paris, institue la « fête de la Raison » le 20 brumaire an II, (10 novembre 1793). A Paris, Mademoiselle Maillart, cantatrice de l’Opéra, représenta la déesse Raison à Notre-Dame pour la première fois le 20 brumaire an II, (10 novembre 1793). Drapée dans un manteau bleu et coiffée du bonnet rouge de la liberté, elle fut portée dans un fauteuil entouré de guirlandes de chêne et installée sur le maître-autel d’une cathédrale de Notre-Dame pillée, dévastée, transformée et décorée en « temple de la philosophie ». Pour l’occasion, Chaumette prononça un discours embrasé: «Le peuple vient de faire un sacrifice à la Raison, dans la ci-devant église métropolitaine ; il vient en offrir un autre dans le sanctuaire de la loi... Nous n’avons point offert nos sacrifices à de vaines images, à des idoles inanimées. Non, c’est un chef d’œuvre de la nature que nous avons choisi pour la représenter, et cette image sacrée a enflammé tous les cœurs. Un seul vœu, un seul cri s’est fait entendre de toutes parts. Le peuple a dit: plus de prêtres, plus d’autres dieux que ceux que la nature nous offre».

« Portrait de Mademoiselle Maillard en Déesse de la Raison »,
Tableau de Jean-François Garneray (1755 - 1837)
Par la suite du rétablissement du culte catholique par Napoléon en 1802, disparus le culte des philosophes et de la populace de Paris, abandonnée de ses adorateurs, loin de l’encens et des actes de dévotion qu’on lui prodiguait, Davoux, sous le poids de sa conscience et constamment hantée par le spectre de la guillotine, échappa de la métropole française pour errer dans la province comme une vagabonde. Bien des années après, la vieille Davoux, édentée, impotente, courbée, s’appuyant sur un bâton, portant des haillons pour vêtements, en apercevant la soutane du curé de l’endroit, joignait les mains et, baissant la tête, s’exclamait: « Que Jésus-Christ soit loué! ». Après avoir reçu la bénédiction du prêtre, elle poursuivait son chemin et, comme tous les jours, s’en allait mendier un morceau de pain chez une famille charitable, puis s’en retournait à la solitude de sa chaumière, une chambre misérable de quatre murs surmontés d’un toit en ruine. On dit que pendant bon nombre d’années on la voyait porter brusquement la main à son cou, frappée de l’épouvante de la lame fatale dont elle se croyait marquée. Adolphe Thiers n’a t-il pas dit que le culte insensé de la déesse Raison a pris naissance au pied de l’échafaud? Consumée d’effroi, écrasée par cet horrible souvenir pendant de longues années, elle finit ses jours assistée par la bienfaisance catholique; à l’heure ultime, un prêtre était là pour adoucir ses derniers moments; elle décéda le 30 septembre 1856, à l’âge de quatre-vingt-dix ans.

A la veille du Sacre, le 1er décembre 1804, M. de Ségur, ordonnateur de la cérémonie, lui transmet la question du Pape Pie VII: « Leurs Majestés communieront-elles? », et l’Empereur de répondre: « Nous ne croyons pas assez… mais nous croyons trop pour ne pas risquer un sacrilège ». Il pense à sa mère Laetitia, au Père Patrault certainement. Un souvenir de Brienne traverse son esprit: âgé d’une dizaine d’années, puni pour une sottise, il devait se mettre à genoux dans l’allée du réfectoire. Il se débat, refuse opiniâtrement et fait une crise nerveuse, en larmes: « On ne s’agenouille que devant Dieu, n’est-ce pas maman!? » et il s’écroule… Le Père Patrault, qui mangeait à la table des professeurs, se lève, accourt, et l’emporte…

Ils devaient se revoir, en mars 1815, une dernière fois, à Grenoble, lors du retour de l’île d’Elbe. Dans ses « Mémoires », le valet de chambre, Saint-Denis – surnommé Ali, en souvenir du Mameluk déserteur – surprend des éclats de voix et des rires dans la pièce voisine. Puis, la porte s’ouvre et deux hommes pleins d’émotion surgissent: l’Empereur et un prêtre, le père Patrault… qui avait fait le voyage depuis Brienne, pour revoir son «élève».
Que d’anecdotes émouvantes pourrait-on évoquer sans fin, lorsqu’on connaît tant soit peu l’époque et la vie du héros!

Se promenant un soir avec son ami Junot dans le parc, à Malmaison, il entendit une cloche sonnant l’Angélus. «Cela m’émeut», dit-il au futur duc. Leur amitié datait du siège de Toulon en 1793. Lorsque, sous le gouvernement indigne du Directoire, les Parisiens les plus modestes mouraient de faim et fouillaient les poubelles des «nouveaux riches» scandaleux qui devaient leur fortune à des vols et pillages, Bonaparte et Junot, les jours de «paye», grimpaient sous les combles, au 6ème, dans les «galetas», porter argent et provisions…

 
S.S. Giovanni Angelo Braschi, Pie VI (1717-1799)
Tableau de Pompeo Batoni, 1775.
Avant d’être enlevé et emmené prisonnier en France par ordre du Directoire, les révolutionnaires « se mirent à la tache de voler et piller Rome à loisir, sans même respecter l’appartement privé du Pape et ainsi, devant les yeux mêmes de Pie VI, qui se trouvait malade et alité, tous ses vêtements furent volés et même sa bague lui fût ôtée du doigt. Ils n’emmenèrent pas seulement du Vatican de l’argent, des objets précieux, des trésors d’art, des tableaux, des habits sacerdotaux et des tapisseries, mais encore allèrent-ils jusqu’à arracher même les serrures des portes. Des objets d’art qu’ils volèrent, 500 caisses furent envoyées à Paris, qui pesaient plus de 30 000 quintaux. De cette façon le pillage dépassa de telle manière toute mesure que le Directoire lui-même se lassa, et même les hommes de confiance du gouvernement firent observer que ce n’était pas légal, ni politiquement prudent, de pousser les choses à de tels extrêmes: que tout devait avoir une limite, même le droit de conquête ». Mgr. Wilmoz Tower, Ce que les biographes de Napoléon taisent.
Le Général Bonaparte
Tableau de Louis Bacler D’Albe
« S’il écoutait les suggestions du Directoire, le vainqueur de Rivoli irait à Rome même pour y détruire le “culte romain”, le “fanatisme”, et “l’inquisition”. Il n’a qu’un ordre à donner pour renverser et ruiner tout à fait le pouvoir pontifical. Cet ordre, il ne le donne pas. Et non seulement il ne le donne pas, non seulement il ne se mêle à la négociation ni à la théologie, ni les affaires de l’Eglise, mais il ose se prononcer aux populations croyantes comme le “protecteur de la religion” (…)
Dans les légations enlevées au Saint-Siège, il se rallie l’évêque d’Immola, le cardinal Chiaramonti qui sera Pie VII, le Pape de son couronnement. Il va plus loin. Par un mouvement de générosité habile, il s’abstient de persécuter les prêtres français émigrés qui s’étaient réfugiés en terre pontificale. La politique qu’il applique en Italie, il semble qu’il la médite déjà pour la France ». Jacques de Bainville, Napoléon.

La volonté de DÉCHRISTIANISATION ourdi par une Franc-maçonnerie active et alimentée par l’OR ANGLAIS, était manifeste. Non seulement destructions matérielles et massacres, mais se manifestant dans tous les domaines. Le nouveau «calendrier révolutionnaire» qui sévissait, avait remplacé le calendrier grégorien. Plus de saints, plus de semaine de sept jours, mais des «décades», le dimanche chrétien (qui signifie DIES DOMINICI: jour du Seigneur) est remplacé par le « décadi ». Les mois ont 3 décades de 10 jours bien sûr, et les 15 jours restants devaient être jours de fête. Le poète Fabre d’Eglantine, à qui on avait confié cette tâche, remplaça les «ci-devant» saints par des fruits et légumes… pissenlit… topinambour… Les mois portent les noms poétiques de «Prairial»… «Floréal»… «Ventôse»… «Pluviôse» etc.

Si on voulait dresser un bilan précis de cette période – ce fut établi par tous les historiens sérieux – on serait saisi: la ville de Lyon, par exemple, 12 000 ateliers de «soyeux» ont disparu sur 15 000. La ville n’ayant pas admis la «Terreur», est CONDAMNÉE À MORT par la convention dont le décret du 12 octobre 1793 est dans toutes les mémoires: - LA VILLE DE LYON SERA DÉTRUITE ET SON NOM EFFACÉ DU TABLEAU DES VILLES DE LA RÉPUBLIQUE.

Enlèvement du Pape Pie VI par les révolutionnaires (20 février 1798) suivi de Mort de Pie VI (29 août 1799).
Dessins de Joseph-Toussaint Rossignon (1781-1862).
«Ils firent sortir de Rome ce pauvre vieillard de 81 ans et gravement malade, l’emmenèrent à travers les Alpes inaccessibles, tantôt en voiture, tantôt à pied jusqu’à Valence (Drôme). Durant le voyage on [les révolutionnaires] le traita avec grande dureté parce qu’ils étaient irrités de voir que partout où il passait les gens couraient pour le voir, le saluer, et demander sa bénédiction. A Valence on le logea dans la Citadelle, où 32 prêtres se trouvaient enfermés en qualité de prisonniers politiques, et bien qu’ils demandèrent d’être présentés au Pape, on ne leur permit même pas de le voir. C’est enfermé dans cette forteresse que Pie VI mourut, des suites des grandes fatigues et des nombreuses souffrances physiques et morales, prisonnier de la France, le 29 août 1799, à l’âge de 82 ans; et même après sa mort le courroux de ses ennemis ne s’est point apaisé, et le peu de vêtements qu’il lui restaient furent vendus en tant que «propriété de la nation»; son cadavre fût tout d’abord laissé sans sépulture, ensuite, enfermé dans une caisse de plomb, il fût emmené dans une maison particulière et placé dans un sous-sol plein de souris répugnantes qui l’entouraient constamment, fouinant partout. Telle fût la fin, dans la misère la plus complète, prisonnier de ses ennemis, que connût ce pape que les non catholiques eux-mêmes avaient comparé à Titus, qu’ils appelaient délices du genre humain». Monseigneur Wilmoz Tower, Ce que les biographes de Napoléon taisent.

On commence à démolir en même temps que les massacres se généralisent. Place des Brotteaux, les condamnés entassés dans toutes les caves sont tirés vers la guillotine. La place entière est rouge et gluante. Sur d’autres places on canonne les victimes. Et la destruction de quartiers entiers se poursuit. Ce fut une vision terrible pour Bonaparte au retour d’Egypte, au milieu des acclamations. La ville sauvée le reçut plusieurs fois. En 1815, revenant de l’île d’Elbe, c’est du délire. Et sa proclamation, en quittant la ville, se termine par ses mots: « Lyonnais, je vous aime ».

Qu’on me pardonne ces digressions, qui me semblent éclairantes. Certes oui: «il a ramassé la France à la petite cuiller».

Le CONCORDAT signé avec l’Église Catholique et le Consistoire réformé sera appliqué jusqu’en 1905, date de sa rupture par les lois Combes, avec le drame des inventaires et les décrets d’exil des communautés. Mais ceci est un autre épisode.

Il est pourtant une autre partie de la population, honnie et persécutée jusqu’à l’action libératrice de Napoléon 1er, les Juifs. La question que nous allons expliquer ne figure dans AUCUN MANUEL SCOLAIRE, et ce silence « étourdissant » doit, une fois pour toutes, être rompu (2).

Statue funèbre du Pape Pie VI
Œuvre de Canova dans la Basilique de Saint Pierre, à Rome

Le 30 janvier 1800, 122 jours après la mort du Pape dans la Citadelle de Valence, Napoléon signa l’ordre qui permettait d’enterrer le cadavre dans le cimetière de Sainte-Catherine, dans cette ville. Le Consulat instauré, par un geste vertueux et méritoire, le Premier Consul renia les bassesses du Directoire à l’égard de Pie VI en ordonnant l’érection d’un monument à la mémoire du Saint-Père et ordonna le transport de ses restes à Rome, où il sera inhumé dans la Basilique de Saint Pierre, près du sépulcre de l’Apôtre. En fait, il était prévu qu’on érigeât un mausolée splendide en honneur de Pie VI, mais le pontife avait fait jadis la demande expresse qu’on se contentât de le représenter à genoux, en position de prière devant la confession de Saint Pierre, désir que Canova respecta fidèlement dans son œuvre, qui se caractérise tout à la fois par la magnificence, par l’humilité, et la douceur de son sujet, «sans compter la grande fidélité de la ressemblance», précise Quatremère de Quincy. Le peuple de France, désireux de réparer les hontes du passé, conservera elle-aussi une relique du saint prisonnier grâce à l’intermédiation de Mgr. Bécherel, évêque de Valence, qui à l’époque du Consulat, réclama pour sa ville épiscopale le cœur et les entrailles du pape martyr. Sur la demande de Cacault, son successeur, Pie VII, daigna accéder à ce désir; ramené en France, le cœur fut déposé dans la cathédrale de Valence, sur l’autel de la chapelle de la Sainte Épine, en attendant qu’il fût placé dans le petit mausolée qu’on préparait pour le recevoir.

Statue du Pape Pie VI par Canova

Instituto Napoleónico México-Francia.

Les premiers contacts de Napoléon avec les Juifs se produisirent pendant la première campagne de l’Italie, à Ancône. A son entrée dans la ville, il aperçut parmi la foule des personnes portant une étoile jaune sur leur manteau. « Qu’est-ce donc? - Ce sont des Juifs mon général ». Il les leur fit enlever et les libéra de leurs ghettos à Venise, Vérone et Padoue et plus tard à Rome. Puis, en 1798, l’occupation de Malte au passage vers l’Egypte lui donnera l’occasion d’en faire autant et de leur permettre de bâtir une synagogue. Le jour de Pâques 1799 devant Saint-Jean d’Acre, il fit une proclamation leur reconnaissant le droit à un Etat indépendant.

Ne croyons pas qu’en France tout fut facile. Comme l’abbé Grégoire devant l’Assemblée législative en 1791 face à une opposition opiniâtre, il dut affronter des adversaires très antisémites. Le maréchal Kellermann, Châteaubriand se déchaînent. Et lorsque l’Empereur libéra les Juifs par le décret de 1806, puis convoqua le GRAND SANHÉDRIN de 1807, puis le 26 juillet 1808 celui de Paris à l’Hôtel-de-Ville – 111 représentants de toute la France et de l’Italie du Nord – il eut la pénible surprise d’être désigné par le tsar Alexandre comme «l’antéchrist et l’ennemi de Dieu»! (3)
Et le Saint-Synode de Moscou déclara: «Dans le but de détruire les bases des Églises de la Chrétienté, l’Empereur des français a invité dans sa capitale toutes les synagogues judaïques et il a le projet de fonder un nouveau Sanhédrin hébreu, qui est le même tribunal qui a jadis condamné à la croix le Seigneur Jésus».

Le Grand Sanhédrin, qui se réunit du 9 février au 9 mars 1807

En 2008, nous restons sidérés, nous qui sommes si pénétrés, légitimement, des idées de liberté et d’égalité de tous les hommes. Idées que professait naturellement l’Empereur des Français, déclarant à l’Hôtel-de-Ville: «Mon seul souhait est de faire des juifs de France des citoyens utiles, de concilier leurs croyances avec leurs devoirs de Français, et d’éloigner les reproches qu’on a pu leur faire. Je veux que tous les hommes qui vivent en France soient égaux et bénéficient de l’ensemble de nos lois».

Mais il est intimement pénétré de son rôle de pacificateur et de réconciliateur dans une société désaxée par une décennie sanglante, qu’il va momentanément temporiser, pour apaiser cette dérive dangereuse. Le 17 mars 1808, ayant enfin réussi à signer une alliance avec le tzar de Russie – nous voyons combien, extérieurement, tout est complexe pour lui – il accepte de publier un décret restrictif qui limitait les libertés accordés aux Juifs. C’était contre sa conscience. Et lorsque le 11 avril 1808, il reçut une délégation venue de province présenter les réclamations de leurs concitoyens, il se reprit. Son décret fut annulé, d’abord dans treize départements, puis ensuite dans tout l’Empire. En 1811, la situation redevint normale. Et les juifs purent accéder à tous les emplois.

L’Almanach impérial de 1811 mentionne que la religion juive est une des trois religions officielles de France. Poursuivi par ce qui lui tient tant à cœur, il dira plus tard, à Sainte-Hélène, à son médecin O’Meara: «Je voulais libérer les juifs pour en faire des citoyens à part entière. Ils devaient bénéficier des mêmes avantages que les catholiques et les protestants. J’insistais pour qu’ils soient traités en FRÈRES, puisque nous sommes tous les héritiers du judaïsme».

Mais entraîné dans une guerre sans fin que l’Europe d’Ancien Régime, menée par l’Angleterre, livre à la France nouvelle dans sept coalitions successives, l’Empereur des Français entoure la France de glacis protecteurs, qu’il modernise…
Les français de 2008, à qui on ne l’a jamais appris, ignorent donc qu’en Europe, « tous les juifs voient en Napoléon leur Messie ». C’est un ennemi de la France, le ministre autrichien Metternich, qui l’avoue. Et partout, les juifs font des feux de joie avec et les portes et barrières qui fermaient leurs anciens « ghettos ». Mais en 1815, ghettos et étoiles jaunes réapparurent!

Je ne saurais mieux terminer ces quelques lignes révélatrices qu’en proposant des extraits de la «Prière des enfants d’Israël, citoyens de France et d’Italie» composée pour l’Empereur Napoléon le Grand dans le mois de Mar-Hechran année 5667 (1807):

Que nous sommes bienheureux, combien notre sort est agréable depuis que tu as placé Napoléon le Grand sur les trônes de France et d'Italie. Aucun autre homme n'est aussi digne de régner, et ne mérite autant d'honneurs et de reconnaissance; il dirige les peuples avec une autorité bienfaisante et toute la bonté de son cœur.
Quand les rois de la terre lui ont livré bataille, toi Dieu, tu lui as prodigué tes bienfaits, tu l'as protégé, tu lui as permis de soumettre ses ennemis. Ils lui ont demandé grâce et lui, dans sa générosité, la leur a accordée.
A présent, de nouveau, les rois se sont ligués pour trahir les traités et remplacer la paix par le sang de la guerre. Des armées se sont rassemblées pour combattre l'Empereur ; voici les ennemis qui s'avancent et que notre maître avec sa puissante armée, se prépare à repousser l'agression.
O Dieu! Maître de la grandeur, de la force, de la puissance et de la beauté, nous t'implorons de te tenir près de lui. Aide-le, soutiens-le, protège-le et sauve-le de tout mal. Dis-lui "Je suis ton sauveur" et donne-lui ta lumière et ta vérité pour le guider.
De grâce, déjoue les complots de tous ses ennemis. Que dans les décisions de l'Empereur apparaisse ta splendeur. Renforce et affermis ses légions et ses alliés, que tous ses mouvements soient empreints d'intelligence et de succès.
Donne-lui la victoire et oblige ses ennemis à s'incliner devant lui et à lui demander la paix. Cette paix, il la leur accordera car lui ne souhaite que la paix entre toutes les nations.
Dieu de clémence, Maître de la paix, implante dans le cœur des rois de la terre des sentiments pacifiques pour le plus grand bien de toute l'humanité. Ne permets pas au glaive de venir chez nous verser le sang de nos frères. Fais que toutes les nations vivent dans la paix et la prospérité éternelle.
Amen.

Ne serait-il pas bon que les Français s’interrogent au sujet de la façon sectaire et erronée dont on leur a appris l’histoire de France à l’école?
D
ans toutes les synagogues, on priait pour lui. Voilà comment se terminait en Vaucluse ce «cantique» composé par Moïse Milliaud, «député du département du Vauculuse à l’Assemblée des Citoyens français professant le culte de Moïse», à Paris, de l’Imprimerie impériale, 1806 (4) :

… Napoléon! C’est toi que le Seigneur a oint pour bander les plaies de ceux qui ont le cœur brisé: toutes mes alarmes sont calmées ; celui qui a fait des prodiges plus grands que ceux de Cyrus, fera aussi pour nous des miracles de bonté. Les restes de la maison de Juda vont pousser de profondes racines : ils vont se couvrir de fruits abondants. Ah! Que le Tout-puissant, terrible dans ses œuvres, ne m’a-t-il donné une langue éloquente pour célébrer tes louanges dans des chants qui passent à tous les siècles futurs, comme les oracles d’Isaïe ont immortalisé le nom de Cyrus! Mais aujourd’hui je suis contraint de t’adresser l’expression de mes vœux dans un autre langage, et de faire passer mes pensées dans une langue étrangère. Aucun séraphin n’a touché mes lèvres, et ne les a purifiées par un charbon ardent ; comment donc pourroit-il m’entendre, moi qui, dans les jours de ma jeunesse, ne me suis pas exercé à ce talent, et que n’ont pas instruit des maîtres habiles. Lorsque j’étois dans ma terre natale, il y a déjà quatre années, le jour où, par le choix de toute ta nation, tu reçus ô Napoléon! Le gouvernement pour toute la durée de ta vie, lorsque les cris de joie qui annonçoient cette heureuse nouvelle, retentirent à mes oreilles, de nouveaux transports s’emparèrent de mon âme; l’enthousiasme me saisit, et je commençai à chanter les grandes actions du Héros qui remplissoit la terre de sa renommée. Comment me tairois-je aujourd’hui au sein de la ville où réside sa majesté, lorsque je jouis de sa présence? Mais que puis-je ajouter de plus pour exprimer les sentiments qui m’animent? Jamais homme semblable à lui n’a paru sur la terre. Puissent toutes ses entreprises être couronnées du plus heureux succès! Puisse le ciel, favorable à mes vœux, lui accorder de longues années, et les enfants d’Israël soumis à ses lois, être inondés comme un fleuve de paix!

Ils n’étaient rien, émiettés dans toutes les nations du monde, N’AYANT MÊME PAS D’ÉTAT-CIVIL, décimés par de sanglants «pogroms» dans tant de pays, surtout en Europe orientale, et les voilà citoyens libres!

Instituto Napoleónico México-Francia.

Franchissons les années et les océans. Nous sommes à Sainte-Hélène, la « petite île », comme avait écrit l’écolier de Brienne sur son cahier de géographie à la fin d’un chapitre sur l’Empire britannique – qui rançonnait tous les navires étrangers croisés sur toutes les mers du globe. Le docteur O’Meara, cité plus haut, conquis par la bonté naturelle et l’intelligence lumineuse de son illustre patient, a été le premier à laisser deux gros tomes de «Mémoires» sur la captivité. Irlandais et officier de la «Royal Navy», il fut renvoyé par le gouverneur Hudson Lowe aux ordres de Bathurst, ministre des colonies. Décrivant les conditions de vie des Français à Longwood – toitures de papier goudronné laissant passer les pluies tropicales, invasion de rats énormes, etc. (5) – ses deux tomes de Mémoires ouvrirent les yeux au monde. Son renvoi de 1818 avait eu un précédent avec le docteur Warden qui soigna Napoléon à bord du «Northumberland», et qui fut expédié à Londres illico et dégradé.
Il y eut le troisième cas du docteur Stokoë, médecin à bord d’un des navires de guerre croisant autour de l’île, appelé en catastrophe lors d’une crise d’hépatite aigüe de l’Empereur. Il révéla aux Français que le 1/3 des équipages mourait d’hépatite aigüe (6). Renvoyé et dégradé, il dut regagner Londres lui aussi… et passer en Conseil de Guerre!

Lors de ses entretiens avec O’Meara, l’Empereur lui dit un jour: «Après Dieu, vous vous devez à votre patrie et à votre souverain, ensuite à vos semblables»; cela le 6 mai 1816. Ce qui nous ramène au cœur du sujet.

Les soirées sont longues à Longwood. Les sentinelles, surveillant l’entrée du jardin, les sentinelles, surveillant l’entrée du jardin, montent alors une garde rapprochée au ras des murs de la maison, du coucher au lever du soleil. Un officier anglais est d’ailleurs dans une chambre, à deux pas de l’Empereur et doit envoyer chaque jour son rapport au gouverneur…

Napoléon, lecteur insatiable, commente pour ses amis. Un soir, il apporte sa Bible. Donnons-lui la parole:

– «Je crois me connaître en hommes et je vous dis que Jésus-Christ n’était pas un homme». Et un autre soir:
– «Il est vrai que Jésus-Christ propose à notre foi une série de mystères, sans donner de raison que celle-ci: Je suis Dieu. Mais le caractère de divinité du Christ une fois admis, le christianisme se présente avec la précision et la clarté de l’algèbre… Appuyé sur la Bible, l’Evangile est éclairci et les dogmes s’y rapportent comme les anneaux scellés d’une chaîne. Le monde est une énigme. Or, acceptez Jésus-Christ et vous aurez une admirable solution de l’histoire de l’homme. L’Évangile possède une vertu secrète qui agit sur l’entendement et charme le cœur. Ce n’est pas un livre, c’est un être vivant, une action, une puissance qui envahit tout ce qui s’oppose à son extension»… (1821).

Le pinacle de la liberté
Caricature satirique de James Gillray, 1793
Célèbre image anglaise appartenant à la série « Le zénith de la Gloire française ». Dans cette « vue en perspective », le dessinateur fameux dénonce les exactions commises par les révolutionnaires sous la bannière de l’égalité et de la liberté, ainsi que le meurtre de « la religion, la justice, la loyauté… ». Plus tard, en 1799, l’ouvrier qui avait fermé le cercueil de Pie Vi s’était exclamé: « le dernier Pape est mort »; « la papauté est déjà finie et l’Eglise catholique est terminée », mais les catholiques anglais chantaient dans leurs églises: « Les trônes et les couronnes peuvent périr, Les royaumes peuvent surgir et choir, Mais Pierre ferme et alerte au gouvernail, Toujours les siècles devront regarder ». Et c’est qu’il était vrai que Pie VI était décédé, mais pas que le Pape fût mort.

En lisant ces lignes, ces mots prononcés si près de la mort, j’ai pensé à Blaise Pascal. Et ces mots rejoignent ce qu’il avait dit au comte de Ségur à la veille du Sacre: «La supériorité de la raison donne la foi».

Au lendemain de la mort de son ami d’enfance, Cipriani, à Longwood, il avait fallu faire appel au pasteur anglican de Jamestown, en 1818– «Ou`est son âme? Se demande l’Empereur. Peut-être est-elle allée à Rome pour voir sa femme et son enfant, avant d’entreprendre le long et dernier voyage».

A Rome, sa mère, Laetitia et son oncle, le cardinal Fesch, s’émeuvent. Les lettres sont rares et ouvertes par le cabinet britannique. Indignement trompés par une émissaire de Metternich, ils croient que Napoléon n’est plus à Sainte-Hélène, qu’il est délivré. Le Pape Pie VII, lui, sait, et son message au Congrès de Vienne, montre son cœur et sa lucidité:

– «Napoléon est malheureux, très malheureux, nous avons oublié ses torts (7). LÉGLISE NE DOIT JAMAIS OUBLIER SES SERVICES. Il a fait en faveur de son siège ce que nul autre peut-être, dans sa position, n’aurait eu le courage d’entreprendre. Nous ne lui serons pas ingrats. Savoir que cet infortuné souffrirait pour nous est déjà presque un supplice surtout au moment où il demande un prêtre pour se réconcilier avec Dieu. Nous ne voulons, nous ne pouvons, nous ne devons, nous ne devons participer en rien aux maux qu’il endure, nous désirons au contraire du plus profond de notre cœur qu’on les allège et qu’on lui rende la vie plus douce. Demandez cette grâce au prince régent d’Angleterre».

Aucune réponse, évidemment.

Le Pape Pie VII, par Auguste Garneray

Quand débarqua à Sainte-Hélène la petite caravane, en 1818, quelle déception!

Le docteur Antommarchi n’avait pas le grade de docteur, étant simplement prosecteur (dissections) à l’Académie de médecine de Florence. Et des deux prêtres, hommes simples et bons, les abbés Vignali et Buonavita, celui-ci, affaibli et perclus, dut être rembarqué pour l’Europe. Lorsque l’abbé Vignali dit sa première messe du dimanche à Longwood, l’Empereur eut un moment de joie: «Nous voilà redevenus chrétiens», dit-il.

Entre le départ d’O’Meara en 1818 et l’arrivée d’Antommarchi en 1819, il était resté sans médecin. On dut faire appel au Major Arnott, ses souffrances physiques devenant intolérables. Il se plaint amèrement du traitement que lui inflige le gouvernement britannique. Mais les majors Arnott, Harrison et Reade qui suivront son état de santé jusqu’en 1821 et enverront leurs rapports au gouverneur, obligatoirement, osent écrire: «le docteur Arnott pense que la maladie du général n’est pas sérieuse». Et Harrison écrit à Sir George Bingham: « Je commence à croire que toute cette histoire de sa maladie est une pure comédie». L’Angleterre dépasse les limites de la honte.

Vers qui se tourner sinon vers Dieu?
Les derniers mois, il suit la messe de son lit de camp; on ouvre la porte de la pièce voisine où les deux petits Bertrand, en vêtements liturgiques, servent à l’autel.

Naissance du Roi de Rome (Napoléon II)
Lithographie romantique.
« Faites-en un bon Français et un bon Chrétien : l’un ne va pas sans l’autre », dira l’Empereur Napoléon à la gouvernante de son fils, Madame de Montesquiou.

Toute correspondance lui étant interdite avec sa femme et son fils, ses nuits sont peuplées de rêves où il tente de les prendre dans ses bras et ils lui échappent, s’évanouissent…
Quand il s’éveille, c’est pour entendre les pas et les mots d’ordre des sentinelles et les galops des rats entre les doubles planches des cloisons… Parfois, il veut se lever et tombe, se roule par terre en gémissant, criant de douleur physique et morale…

– «La France m’a donné la couronne impériale, l’Italie la couronne de fer; l’Angleterre m’en donne une plus belle, celle du Sauveur: une couronne d’épines».

Et c’est son testament, écrit sur son lit de camp, un carton sur ses genoux:

– «Je meurs dans la religion catholique, apostolique et romaine, dans laquelle je suis né, il y a plus de cinquante ans… je désire que mes cendres reposent sur les bords de la Seine, au milieu de ce peuple que j’ai tant aimé…»

Monument où il n’oublie personne jusqu’aux plus humbles serviteurs, trésor de nos «Archives nationales». Il le confie à l’abbé Vignali sous le sceau de la confession. Le 5 mai 1821, à 17h49mn, il rend à Dieu sa grande âme. Le mouchoir qui essuya ses deux dernières larmes sera conservé dans sa famille, puis aux Invalides.
Sur le registre mortuaire du temple anglican de Jamestown, on peut lire, entre les noms de deux esclaves, noirs ou chinois:

« General Buonaparte: 5 mai 1821 »

Et sous la dalle sans nom, en 1840, on retrouvera son corps intact. Longwood était redevenu une ferme délabrée.

A l’annonce de sa mort en juillet, à Londres, les libéraux – les fameux «whigs» – appellent la population à porter le deuil du héros, derrière lord et lady Holland qui avaient tant essayé de le secourir. Ils invitent les admirateurs du héros à se signaler par un crêpe noir noué au revers. Ils sont légion. Au Parlement, lord Holland fustige ses adversaires: - «Craignez qu’on ne compare son sort à celui de Jeanne d’Arc».
Le sait-on?

Le 15 décembre 1840, aux Invalides, Mgr Affre, future victime des barricades de 1848, dit l’«Office des martyrs» devant son cercueil.
Le sait-on?

À Washington, dans le socle du monument fondateur de l’Union, a été scellé une pierre provenant du tombeau de Sainte-Hélène.
Le sait-on?

À Alise-Sainte-Reine, près de Dijon, – l’ancienne Alésia – est élevée la statue du héros des Gaules, Vercingétorix (8). Dans son socle, ont été déposés des coffrets de terres de Rouen, de Verdun, de Sainte-Hélène.
Le sait-on?

Et pourquoi ne pas terminer par deux citations remarquables, bien ignorées en France ?

BYRON: «Et moi, étranger à la France, compatriote des bourreaux de Napoléon, j’ai voulu jeter quelques fleurs sur sa tombe, pour cacher l’opprobre de mon pays».

Mgr. Denis-Auguste Affre (1793-1848)
Archevêque de Paris.

Et surtout BEETHOVEN, confiant à son ami Peters (Carnets de conversation): «il avait le sens de l’art et de la science, il DÉTESTAIT LES TÉNÈBRES. Il a été le protecteur du DROIT et des LOIS. Je n’ai pas pu le supporter autrefois, À PRÉSENT, JE PENSE TOUT AUTREMENT».
Témoignage capital que les auteurs de manuels scolaires en France, ignorent bien sûr totalement, quelle leçon!
Le sait-on ?

En 1951 fut commemoré à Jérusalem, au sanctuaire Sainte-Anne, le 130e anniversaire de la mort de l’Empereur en présence des religieux français et des représentants des rites orientaux.
Le sait-on ?

Et chaque dimanche, jusqu’en 2008 (9) et toujours, la Grande Messe à Notre Dame de Paris, se termine, aux grandes orgues, par une prière pour «l’Empereur Napoléon Ier».
Le sait-on ?

Pour conclure, je vais donner la parole à l’Empereur lui-même. Au cours des conversations et lectures du soir, à Longwood, près de ses derniers fidèles, et parfois Bible en main, comme je l’ai cité plus haut, quelqu’un lui demanda: «Quelle est la journée où vous avez été le plus heureux?».
Et lui, sans hésitation, au delà de son mariage, du Sacre ou d’Austerlitz et de la naissance de son fils… répondit: «le jour de ma première communion». (10)
Le sait-on ?

La boucle est bouclée. Nous rejoignons par-delà ces années uniques dans l’Histoire, le début de mon exposé. Que de découvertes pour nos bons Français qu’on a si indignement trompés !

Renée Casin.

La chapelle de Brienne

NOTES:

1) Nomination des évêques – artisans de la réconciliation et pacification nationales – par l’Etat ; le Pape leur conférant l’investiture spirituelle. Remaniement des diocèses à cause de l’organisation des départements.
2) [En complément à ce sujet], je vous livre donc in-extenso la petite étude que j’ai fait publier dans le mensuel «Chrétiens magazine» (nº 177) et qui a suscité bien des commentaires indignés des lecteurs: « on ne nous en a jamais parlé à l’école! » R.C.
3) A propos des surnoms tels que « l’Antéchist », « la Bête de l’Apocalypse » ou « le Diable corse » dont on affublait si souvent Napoléon, l’œuvre de l’Empereur en faveur du peuple juif suscita une authentique offensive de la presse internationale. Nous trouvons un bon exemple dans cet article du journal L’Ambigu: « A-t-il la prétention de se faire passer et reconnaître par eux pour le Messie qu'ils attendent depuis si longtemps? C'est ce que le temps nous développera. Il ne nous reste qu'à voir dans cet Antéchrist lutter contre les décrets éternels de la Divinité: ce doit être le dernier acte de son existence diabolique. » La rancune du clergé espagnol envers Napoléon est bien connue, cependant ce fut en Russie que les réactions furent le plus teintées de haine et de violence, avant même 1812. En effet, le Sanhédrin n’était pas encore inauguré que le Saint-Synode de Moscou répandit dans toutes les églises orthodoxes de l’Empire russe: « Pour achever d'avilir l’Eglise, Napoléon convoqua en France les synagogues judaïques, rendit aux rabbins leur dignité et fonda un nouveau Grand Sanhédrin hébreu, le même infâme tribunal qui jadis osa condamner à la croix Notre-Seigneur et Sauveur Jésus-Christ. Et maintenant il ose penser à réunir tous les Juifs que la colère de Dieu avait dispersés sur la face du monde et à les lancer tous à la destruction de l’Eglise du Christ, pour, ô audace indicible dépassant tous les forfaits, qu'ils proclament le Messie dans la personne de Napoléon. »
4) Document fourni par M. Ben Weider, colonel honoraire dans l’armée canadienne, qui a fondé des filiales de la Société Napoléonienne Internationale dans 35 nations du monde.
5) Le maréchal Bertrand fut mordu à la main pendant son sommeil. On en tuait 6 à 7 par jour.
6) Sur le « Conqueror »: 112 hommes sur 600.
7) En 1809, face à la marine anglaise menaçant Rome, le général Radet, sans ordres de Napoléon, enleva Pie VII du Vatican. L’Empereur fit alors transférer le Pape à Savone, puis à Fontainebleau. D’où la fronde de plusieurs cardinaux et la signature du Concordat de 1813, aussitôt désavoué par Pie VII. Napoléon ne le fit rentrer à Rome qu’en 1814. Pie VII avait refusé d’adhérer au Blocus Continental. Or, en 1807, la marine anglaise avait bombardé Copenhague (500 morts), le Danemark étant cependant pays neutre.
8) Visible au loin, quand on sait, de notre T.G.V.
9) Année de rédaction du présent article.
10) La Première Communion de Napoléon eût lieu le 14 mai 1783 à Brienne, et le service fut officié par l’abbé Geoffroi. «Je sens, avec un bonheur réel, écrivait-il son oncle Fesch, qu’à travers mes travaux et la carrière de l’épée où je m’engage, je marche catholique et dans la foi de mon père». Sa Confirmation se déroula le 15 mai suivant devant l’archevêque de Paris M. de Juigné, occasion qui suscita un épisode mémorable qui mérite sa place dans cet espace. Ne comprenant pas l’expression du petit Napoléon qui alors prononçait son nom en italien « Napoléoné », l’évêque le lui fit répéter plusieurs fois, ce qui fit répondre à l’enfant, quelque peu affligé : « Monsieur, c’est qu’il y a plus de saints que de jours, et le mien n’est pas dans le calendrier ». Ce souvenir était toujours présent dans l’esprit du Premier Consul qui, lorsqu’il promit au Pape Pie VII de rétablir le culte catholique en France ainsi que le calendrier grégorien, demanda à Sa Sainteté d’inclure saint Napoléon dans le sanctoral. Pie VII institua effectivement la Saint-Napoléon, le 15 août, jour de la naissance de l’Empereur et jour de l’Assomption de la Vierge. A ce sujet, il est bien connu que pour se préserver de la malchance, l’Empereur Napoléon avait recours à une coutume bien méditerranéenne qui consistait à faire deux signes de croix avant d’entreprendre de grandes choses ; plusieurs témoins mentionnèrent avoir vu Napoléon se signer de la sorte avant d’engager une bataille. Ce qu’on sait (et on dit) moins, c’est qu’une icône de la Vierge Marie accompagnait Napoléon toutes les nuits au moment de se coucher, placée sous son oreiller. Une de ces images mariales était jadis exposée au public dans la Chapelle de la Charité, à l’île d’Elbe.

* Quelques ouvrages de Renée Casin:
- Pour l’honneur de la France - Un combat chrétien pour la liberté.
- Jésus nous appelle
.
- Naufrageurs de la foi, du neutralisme à l’apostasie
.
- Un prophète de l’unité : le cardinal de Richelieu
.
- Du rôle des évêques dans la restauration du tissu chrétien
.
- Pierre ou la mort de Dieu
.
- Les catholiques et la Révolution française
.
- Législation anti-religieuse en U.R.S.S.

- Saint Thomas d’Aquin ou l’intelligence de la foi
.
- Le buisson de feu
.
- Précis d’histoire de l’Église - Mère de nos libertés
.
- Mensonges et silences sur Pie XII
.
- Si tu savais le don de Dieu
.
- La foi de notre baptême. Aux parents chrétiens
.
- Ni Dieu ni Pape ? ou le salut par l’absurde
.
- Face à face : Christianisme Marxisme
.

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Propos de l’Empereur Napoléon sur Jésus-Christ et l’Évangile.
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