apoléon!
Du
loin des océans infinis, du haut du granit
éternel de son exil, par delà les
frontières du temps et de l’espace,
ce mot aux accents étranges et poétiques
résonne encore, et parvient jusque dans
nos ouïes étonnées!
« J’ai refermé le gouffre anarchique
et débrouillé le chaos. J’ai dessouillé
la Révolution, ennobli les peuples et raffermi
les rois. J’ai excité toutes les émulations,
récompensé les mérites et reculé
les limites de la Gloire ».
Faut-il
dire davantage pour évoquer le souvenir du
grand Empereur dont l’image, se dressant toujours
dans le ciel d’un Occident crépusculaire,
nous illumine pourtant encore de tout l’éclat
de sa gloire?
Napoléon,
l’homme du Destin.
Le
2 avril 1821 - nous signale son médecin, Francesco
Antommarchi - les domestiques rapportent qu’ils
ont observé une comète filant vers l’Orient.
«
Une comète! - s’écrie l’Empereur
avec émotion - ce fût le signe précurseur
de la mort de César... Je suis à
bout, tout me l’annonce! ».
Selon
l’astronome Faye, le 5 mai, jour de la mort de Napoléon,
« cette comète devait toujours être
visible de l’île de Sainte-Hélène,
en s’éloignant chaque jour davantage de la
terre »...
Rejetons
d’un Occident désenchanté et sans
espoir apparent, nous traversâmes avec effroi les
abîmes du XXème siècle, cette ère
de fer et de feu, cherchant dans les ténèbres
ce fil fin de lumière qui pût nous guider
vers les régions où seul notre espoir défaillant
nous laissait deviner un peu de consolation.
Ce
fût un temps où l’on pouvait croire
tout perdu; cependant, pouvait-on penser pour autant que
l’œuvre de Napoléon se fût évanoui,
qu’il eût disparu? Le pouvons-nous toujours?
N’était-il donc qu’un nuage passager,
qu’un fantôme dérisoire?
Cette oeuvre immense que tant de poètes –
et parmi eux les plus illustres, les plus insignes - ont
chanté, n’aurait-il donc été
qu’un rêve, qu’une vague illusion?
Non!
Car si la comète était partie, s’éloignant
de nous lentement, peu à peu, irrémédiablement,
son sillage luminescent était pourtant là
pour nous guider, traçant de son vibrantéclat
une voie resplendissante dans l’étendue profonde
du firmament!
En
mettant fin à la terreur de l’orage révolutionnaire
et en léguant au monde son Code immortel, première
législation universelle de la modernité,
l’Empereur projeta dans l’avenir une lance
vengeresse, porteuse d’espoir, de justice, d’équité
et de liberté pour tous les hommes et pour tous
les peuples.
Ces fondements, qui furent ceux de l’Empire, furent
aussi l’ossement, l’échafaudage et
la structure qui permirent au monde de résister
aux assauts meurtriers des projets exterminateurs du Socialisme
National, de l’horreur nihiliste du Communisme,
tyrannies funestes qui marquèrent notre siècle
d’une tache indélébile de larmes,
de sueur et de sang.
Puis,
le siècle s’est achevé, et un rideau
sombre est tombé sur cette scène parsemée
de cendres et de fumée...
Colossal
spectacle dans un théâtre tout aussi gigantesque!
Die
Welt als Vorstellung
Ces
grands penseurs que furent Kant et après lui Schopenhauer
nous apprirent que le monde n’est qu’une représentation,
qu'une tragédie illusoire, qu'un vaste jeu dionysiaque.
Dans
ce jeu, figure au premier plan Napoléon - Commediante,
Tragediante - selon le mot célèbre
du Pape Pie VII.
Dans
cette pièce improbable, l’Empereur est le
poète, l’acteur et le héros; cette
pièce, il la crée et la recrée; il
recompose les actes, renouvelle les scènes, conçoit
les plus spectaculaires et inattendus coups de théâtre,
et du haut de son rocher fatal il s’écrie
encore:
«
Dans la Vallée du Mexique, Archimède
eût trouvé son centre de gravité;
de là, je pouvais encore faire trembler le monde
».
Ce
jeu, en dieu Démiurge, il le crée, il
le représente, il y meurt!
Napoléon
est ce Tragediante de la Comédie Humaine;
il est ce Commediante de la Divine Comédie
qui, s’élevant tantôt dans les nuées
azurées, s’engouffrant ensuite dans les abîmes
sans fond, élément primitif de la nature,
essence première du héros mythique et littéraire,
traverse et franchit tel Ulysse-Odisséus les océans
de l’espace et du temps, déchirant dans son
parcours ce voile de Maya qui couvre de son illusion
trompeuse la scène de notre tragédie.
Car
ce serait une grave erreur que de penser que le grand
Empereur eût été la victime de cette
farce de la raison.
A
l’encontre des philosophies du néant et des
gourous de la négation qui séduisent
tant notre époque aboulique, Napoléon le
Grand, comme le Grand Goethe, constitue le pôle
contraire, l’exact opposé de ces égarements
fallacieux, de ces tromperies fourvoyantes de l’esprit
qui submergent aujourd’hui notre pensée occidentale
flétrie, comme le lierre sèche le tronc
qu’il absorbe!
Napoléon
est le héros de la Volonté, le caractère
devenu force qui transforme le monde; il est l’esprit
de la création et de l’affirmation perpétuelle,
l’expression temporelle, à notre échelle
modestement humaine, de l’éternel:
Alles
Vergängliche
Ist nur ein Gleichniss
Le
rideau se lève sur la scène d’un nouveau
siècle, et les premiers moments de l’acte
initial, au son des trompettes fatales nous dévoilent
les spectres grimaçants des nouveaux tyrans qui
nous menacent.
Parmi
des sifflements et des grincements stridents, Méphistophélès,
der Geist der Stets verneint – l’esprit
qui nie tout - fait son apparition avec pompe et fracas,
devant un public ébloui et fasciné par l’éclat
fantastique de son allure aux attraits mirifiques et chatoyants;
l’audience émue est séduite par le
timbre mélodique de ses phrases mielleuses et pleines
d’affectation et d’une emphase ampoulée;
médusés, les spectateurs admirent le rictus
goguenard de son masque affable et plein de bonhomie,
mais derrière lequel se dissimulent des crocs acérés
et emplis de poison.
Aujourd’hui,
à l’aube du nouveau millénaire, sur
le fond terne de la défaillance et du désenchantement
généralisés, du manque de foi, du
conformisme béat, de la passivité complaisante,
de l'athéisme érigé en totem, de
nouvelles forces d’oppression ressurgissent et se
déploient cherchant à nous projeter définitivement
dans le gouffre de la fatuité, de l’impersonnalité
et du néant spirituel, en s’écriant
avec rage et fierté, comme l’apostat antique:
« Tu as vaincu, Galilée! ».
A
l’heure actuelle, lorsque nous assistons à
la mise au point de nouveaux régimes de tyrannie
qui mettent en oeuvre les procédés que nous
connaissons si bien, et auxquels nous espérions
pourtant avoir échappé, lentement, le crime
se transforme en vertu, le vice en principe, et le mensonge
en fondement.
La pensée unique - terne veau d'or de
notre opaque modernité - s’installe; la corruption,
l’extorsion, la dissolution des valeurs, l’annihilation
de la morale, les persécutions, la terreur, sont
autant de mécanismes délétères
qui pointent à l’horizon, et semblent donner
la tonalité à ce siècle qui déjà
s’annonce sous les teintes lugubres d’une
ténèbre renouvelée.
C’est
en ces moments cruciaux, aujourd’hui plus que jamais,
que revient à la mémoire le souvenir du
grand Empereur, et nous divisons sa silhouette vaillante
qui se dresse parmi la brume pour nous rappeler que nous
devons lever les yeux et chercher dans l’immensité
la trace céleste de l’astre au fil d’argent
qui, des confins de l’espace, du temps et de l’histoire,
nous appelle et nous transmet au loin son message impérissable
d’espoir, d’équité et de liberté.
Pr.
Eduardo Garzón-Sobrado
Président-Fondateur
Institut Napoléonien Mexique-France
INMF
