LE
VIEUX DRAPEAU
1820
Air: Elle
aime à rire, elle
aime à boire.
1
De mes vieux
compagnons de gloire
Je viens de me voir entouré:
Nos souvenirs m'ont enivré,
Le vin m'a rendu la mémoire.
Fier de mes exploits et
des leurs,
J'ai mon drapeau dans ma
chaumière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
2
Il est caché
sous l'humble paille
Où je dors pauvre
et mutilé,
Lui qui, sûr de vaincre,
a volé
Vingt ans de bataille en
bataille!
Chargé de lauriers
et de fleurs,
Il brilla sur l'Europe entière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
3
Ce drapeau
payait à la France
Tout le sang qu'il nous
a coûté.
Sur le sein de la liberté
Nos fils jouaient avec sa
lance.
Qu'il prouve encore aux
oppresseurs
Combien la gloire est roturière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
4
Son aigle
est resté dans la
poudre,
Fatigué de lointains
exploits.
Rendons-lui le coq des Gaulois:
Il sut aussi lancer la foudre.
La France, oubliant ses
douleurs,
Le rebénira, libre
et fière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
5
Las d'errer
avec la Victoire,
Des lois il deviendra l'appui.
Chaque soldat fut, grâce
à lui,
Citoyen au bord de la Loire.
Seul il peut voiler nos
malheurs;
Déployons-le sur
la frontière.
Quand secouerai-je la poussière
Qui ternit ses nobles couleurs?
6
Mais il
est là près
de mes armes;
Un instant osons l'entrevoir.
Viens, mon drapeau, viens,
mon espoir!
C'est à toi d'essuyer
mes larmes.
D'un guerrier qui verse
des pleurs
Le ciel entendra la prière:
Oui, je secouerai la poussière
Qui ternit tes nobles couleurs.
Extrait
des Œuvres Complètes
de P. J de Béranger
- 1850 – pp. 218,
219 - Librairie Encyclopédique
de Périchon –
Bruxelles.